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«Madame», portrait intime pour un coming out

Le cinéaste genevois Stéphane Riethauser se raconte dans un documentaire unique en son genre.

L’une des photos de famille apparaissant dans le film de Stéphane Riethauser, double portrait de l’auteur et de sa grand-mère.
L’une des photos de famille apparaissant dans le film de Stéphane Riethauser, double portrait de l’auteur et de sa grand-mère.
DR

On l’a découvert à Nyon, revu à Locarno, et dans l’intervalle, son film voyage partout, séduisant les festivals de l’Europe, voire du monde entier. «Madame» de Stéphane Riethauser, Genevois exilé à Berlin depuis quelques années, n’en finit pas de conquérir de nouveaux publics. Était-ce gagné d’avance? Pas du tout. Portrait de la grand-mère aujourd’hui disparue du cinéaste, et histoire du coming out et de la révélation de l’homosexualité de ce dernier, «Madame» parvient pourtant à glisser du particulier à l’universel. Et c’est ce qui en fait un documentaire de premier rang, dans lequel tout le monde pourra apercevoir le reflet de sa jeunesse ou de son adolescence. Un petit miracle, en somme, que «Madame». Alors que le long-métrage débarque dans les salles, on a appelé Stéphane Riethauser à Berlin.

Lorsque vous avez commencé à filmer votre grand-mère, il y a une quinzaine d’années, aviez-vous déjà en tête d’en faire un long-métrage?

C’était même il y a vingt ans, en 1999. Pas vraiment, je dois dire. J’ai commencé à la filmer pour préserver sa mémoire. Ne pas oublier ce qu’elle me disait, ce qu’elle me révélait. Elle m’avait offert une caméra DV en me disant que je pourrais faire un film sur sa vie. Mais je l’ai filmée à titre privé. Pas pour réaliser un portrait et encore moins pour me mettre en avant dans le film.

Reste-t-il des images que vous n’avez pas montées?

Bien sûr. Mais je dois préciser que le hasard a fait qu’elle est décédée le jour où j’ai terminé mon stage à la RTS. Ce n’est que dix ans après que je me suis dit que j’allais regarder toutes ces cassettes. Puis j’ai cherché un angle. J’ai mis longtemps à le trouver. Il consistait à parler de moi.

N’est-ce pas douloureux de repasser toute sa vie en revue?

C’est un sentiment ambigu. J’ai la chance d’avoir de belles images de mon enfance, et cela m’a aussi aidé. J’ai redécouvert beaucoup de choses. Me confronter à certaines d’entre elles a été dur, surtout à mon coming out. Ce film a été une grande bataille avec moi-même.

Quelles ont été les réactions des personnes citées dans le film?

Je leur ai demandé leur avis avant. Toutes les personnes importantes pour la narration ont joué le jeu, même si j’avais quelque appréhension par rapport à ma famille. Et mon père m’a toujours soutenu, même si ma révélation détruisait son idéal de virilité.

Est-il facile de se revoir jeune, plus de vingt ans avant?

De temps en temps, je n’en pouvais plus de voir ma gueule. La production du film a elle-même duré cinq ans. De temps à autre, j’avais plaisir à m’imaginer petit garçon. Mon souci était de ne pas réaliser un film trop narcissique.

Qu’est-ce que le film vous a appris sur vous-même?

J’en oubliais parfois ma vraie vie. Le film m’a permis de mieux me connaître. Mais il me joue aussi des mauvais tours, puisqu’il y a des personnes importantes qui ne sont pas citées du tout. J’ai d’ailleurs beaucoup résumé. Avant de faire le film, c’est sur moi que j’ai fait un travail. Avec les rushes qui me restent, je ferai de petits films qui seront des bonus sur le DVD.

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