Ludivine Ribeiro exalte la luxuriance des mots

LittératureLa Genevoise publie un premier roman empreint de sensualité et de nostalgie, «Le même ciel», chez JC Lattès.

Ludivine Ribeiro, journaliste pour la presse féminine, créatrice d’«Edelweiss», passe aujourd'hui à l’écriture romanesque.

Ludivine Ribeiro, journaliste pour la presse féminine, créatrice d’«Edelweiss», passe aujourd'hui à l’écriture romanesque. Image: Laurent Guiraud

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A 9 ans, elle tape à deux doigts Mystère à Casablanca. Rédige plusieurs récits à l’adolescence, «avant que ne sévisse l’autocensure», puis écrit pour des magazines féminins: Femme d’aujourd’hui qu’elle dirige, Edelweiss qu’elle crée. Lorsqu’elle gagne le concours d’écriture de l’Alliance française, Jacques Chessex, président du jury, lui enjoint: «Ecrivez! je vous aiderai.» Ludivine Ribeiro ne l’a pas pris au mot, Chessex est mort, le temps a passé.

Aujourd’hui, la Genevoise publie son premier roman. Le même ciel, c’est, résume-t-elle, «vingt ans de gestation et deux ans de rédaction à plein temps». Pour écrire, elle se cache de tous, même de son époux: «Je voulais absolument éviter qu’on me demande à chaque rencontre: «Alors, ce livre?» Du coup, c’était amusant: le soir, régulièrement, mon mari me disait: «Tu devrais te mettre à ton roman… »

Par quel bout commencer?

Avant de s’y atteler, la journaliste écoute toutes les émissions et lit toutes les interviews d’écrivains racontant leur expérience. Comment font les auteurs? Par quel bout commencer? «Un seul conseil m’aura été utile: soigner la qualité de la colle à répandre sur sa chaise! Parfois je restais une matinée entière assise à écouter les oiseaux sans toucher la page. Mais je me disais: je suis en train d’écrire, là. Parfois je retravaillais une phrase pendant des heures. Le premier chapitre du roman, j’ai bien dû le retoucher cent fois. Ecrire est extrêmement difficile pour moi, je ne suis jamais contente. Même un petit papier sur une crème de beauté était une souffrance, lorsque j’étais journaliste.»

Le jeu en vaut la chandelle. Le même ciel fait vibrer la beauté de la langue avec une intensité étonnante. Au fond l’intrigue, très simple, importe peu. La psychologie des personnages, basique, également. Seule compte cette luxuriante convocation de tous les sens. «Ce qui m’intéresse dans l’écriture, c’est la musique des mots», explique l’auteure. Et Nils, son personnage, de s’interroger: «Boca Raton. Bemidji, Minnesota. Sugar Magnolia. Botramarmi. Et si ce n’était rien d’autre que ça, la littérature? Choisir des mots, les assembler, les placer dans un certain ordre, trouver l’agencement qui suscite la magie, l’émotion, l’émerveillement.»

Ludivine Ribeiro écrit sans filet: ni fiches, ni plan. «Je n’avais pas d’histoire, juste des images, très puissantes. Des scènes qui m’habitaient depuis vingt ans. Je ressentais exactement ce que décrit Patrick Modiano, mon modèle: écrire, c’est rouler dans le brouillard au volant d’une voiture tous phares éteints.»

Des personnages qui attendent derrière une vitre

S’imposaient aussi à l’auteure des personnages: «Je savais qu’il y aurait Vanina Silver dans sa robe verte, le chien Avocado Schrimp, et un homme nommé Lupo. C’est un peu comme si je leur avais donné vie et qu’ils attendaient derrière une vitre que je m’occupe d’eux.»

Un jour, elle s’y met. Pose un décor à la Jacques Deray pour le film La Piscine. Des gens désœuvrés se croisent sous le même ciel sans se toucher, presque sans se voir. Mais l’eau du bassin a tourné, la pourriture couve, la perte à géométrie variable s’invite à la Villa Ombrosa.

Des filles disparaissent, la jeunesse meurt, la beauté se transforme. La nostalgie est sacrée personnage principal. Ludivine Ribeiro: «Tout est éphémère, alors j’écris pour enfermer les choses, revivre les émotions et les partager. J’écris contre le temps, même si je sais que ce bras de fer, je vais le perdre. Je suis aussi une photographe obsessionnelle. A 7 ans déjà, je n’arrêtais pas…»

«Des romans sur le gril»

Le même ciel est en librairie depuis quelques jours et les ventes marchent bien. La Genevoise, tout étonnée, en assure la promotion en se faisant violence: «Je déteste les mondanités, les photos.» Elle ne s’est pas encore remise à écrire, mais cela ne saurait tarder car Ludivine Ribeiro a «plusieurs autres romans sur le gril et des personnages plein les tiroirs» qui ne demandent qu’à vivre leur vie.

"Le même ciel" de Ludivine Ribeiro, Editions JC Lattès, 295 pages.

(TDG)

Créé: 17.02.2016, 15h39

Ombra dolorosa

Une Villa Ombrosa écrasée de soleil. La mer, métallique et sournoise, aveuglante hélas. Un jardin saturé de parfums et de sons.

Dans cette jungle se croisent six personnages: Tessa et Nils, unis et usés; Line, leur fille adolescente au bord d’être femme; leur fils Tom, habité de questions poétiques; Lupo, le séducteur vieillissant qui s’offre un bol de sang frais chaque fois qu’il glisse une jeunesse dans son lit; et son chien Avocado Schrimp, auquel il ne manque même pas la parole.

Entre eux se creuse une absence féminine et multiple: Lya, Joy, Vanina Silver, où sont-elles toutes passées? L’annonce de la tragédie mûrit à son rythme dans la chaleur de juillet. Chairs et végétaux en décomposition exhalent une odeur entêtante. Le drame, lui, a déjà eu lieu.

Dans Le même ciel, chaque mot est peint avec délicatesse et exubérance à la fois. On le voit, on l’entend. Il est suave sous la langue comme un bonbon longuement poli, soyeux au toucher, odorant.

Ludivine Ribeiro jette de la poudre aux yeux de son lecteur, une poudre dorée qui sent bon et fait mal. Villa Ombrosa, vita dolorosa.





























































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