Loustal prend Maigret en filature

LittératureLe dessinateur signe dix couvertures originales pour une intégrale éditée à l’occasion des 30 ans de la mort de Simenon.

Une des illustrations (fragment) réalisées par Loustal 
pour «Tout Maigret». Le dessinateur a opté pour un format panoramique, qui se découvre en dépliant les couvertures à rabats de chaque volume.

Une des illustrations (fragment) réalisées par Loustal pour «Tout Maigret». Le dessinateur a opté pour un format panoramique, qui se découvre en dépliant les couvertures à rabats de chaque volume. Image: OMNIBUS/LOUSTAL

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«Qu’est-ce que vous avez voulu faire? Vos romans ne sont pas de vrais romans policiers!» Même si sa colère est feinte, l’éditeur Joseph-Arthème Fayard ne mâche pas ses mots. Quand Georges Simenon lui présente les quatre premiers tapuscrits de Maigret, il joue les Cassandre. «Vous n’aurez pas mille lecteurs», claironne le patron des Éditions Fayard, avant d’ajouter: «Nous allons perdre beaucoup d’argent, mais je veux tenter l’expérience.» Publiés en février 1931, les deux premiers Maigret, «Monsieur Gallet, décédé» et «Le pendu de Saint-Pholien», rencontrent un succès immédiat.

Héros de 75 romans et 28 nouvelles, le bougon commissaire amateur de pipe est devenu universel. À l’occasion du trentième anniversaire de la mort de Georges Simenon (le 4 septembre 1989), les éditions Omnibus publient une nouvelle édition de «Tout Maigret». Point fort: des préfaces inédites d’écrivains et de personnalités, parmi lesquels Pierre Assouline, Douglas Kennedy et Bertrand Tavernier. Mais aussi de superbes couvertures originales signées Jacques de Loustal.

Le dessinateur de «Barney et la note bleue» connaît son Simenon sur le bout des doigts. Depuis 1998, il a mis en images plusieurs romans et nouvelles de l’écrivain belge décédé à Lausanne. «J’aime le style de Simenon. Je suis très sensible à l’économie de son écriture, aux choix de ses mots et aux atmosphères qu’il a su créer», explique Loustal au bout du fil, depuis son atelier parisien, dans le XIXe arrondissement.

L’auteur du «Bourgmestre de Furnes», «La veuve Couderc» et autres «Trois chambres à Manhattan», Loustal le fréquente depuis toujours, ou presque. «J’ai vraiment commencé à lire Simenon pendant que je passais mon diplôme d’architecture, consacré aux canaux. Il a écrit plusieurs romans sur ce thème, dont «La maison du canal» et «L’écluse No 1». Ça a été une sorte de révélation par rapport à ce que j’aimais dessiner, ce qui m’inspirait. Par la suite, j’ai embrayé sur tous ses livres liés au voyage, notamment ceux situés en Afrique.»

Quand l’éditeur Étienne Robial, au milieu des années 1980, lui demande d’illustrer un livre pour la collection qu’il chapeaute chez Futuropolis/Gallimard, Loustal propose immédiatement un Simenon. «J’hésitais entre des titres comme «Quartier nègre», «Long cours» et «Coup de lune», quelque chose dans cette veine.» Las… pour des questions de droits, il lui faudra renoncer. Quelques années plus tard pourtant, un coup de fil de Mylène Demongeot va tout changer. Belle-fille de l’écrivain à la suite de son mariage avec Marc, l’aîné de ses enfants, l’actrice lui propose au nom de la famille Simenon de mettre en images le roman de son choix. «J’ai opté pour «Touriste de bananes».

Maigret, Loustal l’a pris en filature progressivement. Sans enthousiasme au début. «Les enquêtes policières ne me passionnent pas trop. Mais je dois reconnaître que Simenon garde la même écriture, et que la description qu’il fait de la société ne varie pas d’un roman «dur» à un Maigret. La grande différence, c’est la structure littéraire et l’uniformité des décors.»

En couverture du «Tout Maigret» édité par Omnibus, Loustal a imaginé des images génériques, sans rapport particulier avec les titres publiés. «Pour le premier tome, j’ai représenté une ambiance attendue: la silhouette d’un homme à la pipe, le quai des Orfèvres, la nuit à Paris. Il fallait un tel dessin, c’était obligatoire. Mais je ne voulais pas le décliner à dix reprises. Pour en avoir lu un certain nombre, je sais qu’il y a des Maigret plus solaires que d’autres. J’ai cherché à établir un équilibre entre les atmosphères parisiennes et la banlieue, les canaux, les ports de la Manche.»

À ses commanditaires, Loustal a proposé un format panoramique, impliquant des couvertures à rabats. Proche du cinémascope, ce gabarit particulier lui a donné du fil à retordre. «Ce n’est pas facile de composer ce type d’images, de véritables rubans. Je m’en suis un peu mordu les doigts. Heureusement, je me sens assez à l’aise dans ce genre de dimensions, que j’ai expérimentées à plusieurs reprises dans les années 1980-1990 avec certaines couvertures d’albums de bande dessinée («Cœurs de sable», «Barney et la note bleue», «Les frères Adamov»).» Techniquement, le dessinateur a travaillé à la plume et à l’aquarelle, rehaussant le trait à la pierre noire.

Mais comment représenter Maigret? À l’écran, le célèbre commissaire a connu de nombreux visages. L’un d’entre eux a-t-il influencé Loustal? «Le premier qui me vient en tête, c’est Jean Gabin, dans «Maigret voit rouge» et «L’affaire Saint-Fiacre». J’aime aussi beaucoup la série télé avec Bruno Cremer. En revanche, je n’ai jamais vu les versions avec Michel Simon ou Pierre Renoir. Initialement, je me suis dit que je n’allais pas le représenter, me contentant d’une petite silhouette. Finalement, j’ai trouvé que cela limitait trop le dessin. Du coup, je l’ai imaginé tel que je l’avais montré pour six petites nouvelles, au début des années 2000. Simenon ne l’a pas tellement décrit. On sait qu’il a un certain âge, le visage un peu lourd. Je lui ai mis des sourcils blancs, des cheveux blancs. Il est venu très vite au fil du crayon.»

«Tout Maigret», par Georges Simenon. Illustrations de Loustal. Éd. Omnibus. Tomes I à VI disponibles.

Créé: 15.02.2019, 09h42

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