Locarno consacre le radical Pedro Costa

Festival de Locarno«Vitalina Varela» a remporté le Léopard d’or samedi soir au Tessin.

Le réalisateur portugais Pedro Costa a remporté le Léopard d’or pour «Vitalina Varela», samedi soir à Locarno.

Le réalisateur portugais Pedro Costa a remporté le Léopard d’or pour «Vitalina Varela», samedi soir à Locarno. Image: KEYSTONE

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C’est un palmarès rigoureux, exigeant et quelque part très sec qu’a délivré le jury du 72e Locarno Film Festival samedi soir, présidé par une Catherine Breillat qui n’avait pas l’intention de s’en laisser conter.


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C’est donc le Portugais Pedro Costa qui a remporté le Léopard d’or pour «Vitalina Varela». Pedro Costa, le cinéaste le plus connu de la compétition, le seul à s’être déjà frotté aux concours de Cannes ou Venise, et précédemment au moins deux fois à Locarno, sans jamais rien y recevoir de majeur. Pedro Costa et sa démarche incantatoire, sans concessions, fruit d’un travail de trente ans. Pedro Costa et son aura de maître, de grand auteur irréductible, adoré par des thuriféraires ne jurant que par lui, tantôt comparé à Beckett mais affilié aux Straub, qu’il a filmés.

Chant funèbre

Drapé de noir, ce Léopard d’or sombre et menaçant se profile comme le portrait d’une femme, cette Vitalina Varela qui lui donne son titre et son corps – elle joue ce qu’elle est, et a aussi remporté le Prix d’interprétation féminine –, Cap-Verdienne de 55 ans revenue à Lisbonne pour y enterrer son époux, mais y arrivant trop tard. C’est un film contemplatif où dominent les ténèbres, une sorte de chant funèbre pétri dans la glaise de corps réduits à eux-mêmes. C’est à la fois cela et son inverse, puisque Costa, dans chacun de ses films, d’«Ossos» à «En avant, jeunesse!» met en scène la déliquescence d’un monde, et peut-être du monde, composant avec le temps (la lenteur), là où il s’agit de puiser l’essence même du cinéma.

Pour qui connaît le cinéma de Costa, résumer ainsi son opus en livre déjà beaucoup. On ignore si ce Léopard d’or marqué du sceau de la cinéphilie moderne sortira, mais il faudra être attentif du côté du off, qui ne devrait pas le laisser passer.

La suite du palmarès est-elle écrasée par ce film qui était devenu le favori locarnais ces quelques derniers jours, même si on aurait adoré que le Lausannois et Portugais Basil da Cunha ait les faveurs du jury pour son incroyable «O fim do mundo», qu’on détaillera de près à sa sortie? C’est un peu le cas. «Pa-go» du Coréen du Nord Park Jung-bum remporte un Prix spécial du jury qui nous désarçonne un peu. L’ascétisme composé de cette tentative de renouvellement du film de genre nous a laissés fort perplexe. Même constat pour «Les enfants d’Isadora» de Damien Manivel, dans lequel quatre femmes se penchent sur l’héritage artistique d’Isadora Duncan. Le film a décroché un Prix de la mise en scène discutable.

Multiplicité des prix

Quant au Prix d’interprétation masculine, il revient au comédien Regis Myrupu pour «A febre», production brésilienne de Maya Da-Rin passée inaperçue depuis le premier jour. Le fascinant «The Science of Fictions», métrage signé Yosep Anggi Noen qui nous vient d’Indonésie, a eu droit à une mention. Tout comme le film italien «Maternal» de Maura Delpero. Quelques titres brillent par leur absence. Celui de Basil Da Cunha, on l’a dit, mais aussi le surprenant «The Last Black Man in San Francisco» de Joe Talbot, tout comme le drolatique «Technoboss» de Joao Nicolau, singulier métrage portugais qu’on aurait aussi bien vu sur le podium.

La multiplicité des prix permet à chacun de s’y retrouver – quelques-uns des oubliés de l’officiel sont rattrapés ailleurs – mais l’impression d’injustice, notamment pour Basil Da Cunha, que même la presse française donnait comme favori, laisse un léger goût amer dans la gorge.

Du côté de la Piazza Grande, c’est «Camille», de Boris Lojkine, qui a remporté les faveurs d’un public chaque soir aussi nombreux. Quant aux Léopards de

demain, c’est «Mama Rosa» de Dejan Barac, film de fin d’études de la HSLU de Lucerne, qui a décroché le Pardino d’oro. Fort dommage pour l’excellent «Aline», de Simon Guélat, l’un de nos coups de cœur 2019.

Créé: 18.08.2019, 20h47

L’équilibre délicat d’une sélection réussie dans l’ensemble

Une compétition avec de bons films et d’autres moins, et un concours cohérent dans sa volonté d’abstraction. Peu de films à sujet, peu de fictions racontant des histoires, comme si le récit tel que le XXe siècle le concevait appartenait désormais au passé, et davantage de recherche. Derrière cette aridité, ou plutôt cette exigence parfaitement reflétée par le palmarès, se profile une ligne éditoriale qu’on ne peut que saluer. Son de cloche légèrement différent pour la Piazza Grande, où la programmation doit slalomer entre un cinéma d’auteur au sens large et une sorte de minimum vital des exigences de ceux qui forment le grand public. Miracle, l’alchimie s’est pratiquement produite durant les onze soirées locarnaises. Non que les films nous aient tous séduit – «Instinct», par exemple, était un portrait psychologique raté –, mais dans leur globalité, ils ont su créer ce délicat équilibre qui atteste de la réussite d’un ensemble. Constat valable dans toutes les sections, sauf la VR (accueil catastrophique), où tout est à revoir. Lili Hinstin a douze mois pour continuer sur cette lancée et viser toujours plus haut. P.G.

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