Zep: «Dans «Happy Sex», je ne me fixe aucune limite»

Bande dessinéeVidéo exclusive: Dix ans après, l’auteur genevois explore à nouveau le thème de l’intimité. Irrésistible!

Un extrait de «Happy Sex 2». Zep présente volontiers cet album comme un «Titeuf pour les grands».

Un extrait de «Happy Sex 2». Zep présente volontiers cet album comme un «Titeuf pour les grands». Image: ed. delcourt

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Chaud bouillant! Dix ans après un premier album de «Happy Sex», Zep revient avec un second volume «réservé aux adultes», comme l’indique très clairement une pastille apposée sur la couverture. «Une sorte de Titeuf pour les grands», confie le dessinateur genevois dans son atelier, sur la Rive droite, entre une reproduction géante d’un distributeur Pez à son effigie, un lot de guitares et un beau portrait en noir et blanc de Bob Dylan, son idole. Obsédé, Zep? Pas tant que ça. Car s’il couche sur le papier une galerie émoustillante de personnages plus ou moins portés sur la chose, c’est toujours avec un humour complice. «Parvenir à rire de ses attentes ou de ses ratages, c’est une bonne manière d’y mettre un peu de légèreté», raconte-t-il en feuilletant cet album aussi irrésistible qu’explicite, publié en Suisse une semaine avant sa sortie en France. Rencontre.

Pourquoi avoir attendu dix ans pour publier un second tome de «Happy Sex»?
Je n’avais pas du tout prévu d’en réaliser un deuxième. Comme je conçois toujours beaucoup plus de pages de scénarios que nécessaire, il me restait un petit stock d’idées sur lequel je suis tombé en effectuant du rangement. En relisant ces gags laissés pour compte, j’ai ri et je me suis dit qu’il y aurait sans doute encore des choses à raconter. Guy Delcourt, mon éditeur, a immédiatement été partant. J’ai pris une semaine pour y réfléchir. En quelques jours, j’ai trouvé 40 idées à exploiter. Je me suis dit que je pouvais me lancer.

Difficile de renouveler le thème?
De nouveaux sujets sont apparus. Cela m’intéressait de voir ce que je pouvais écrire sur les nouvelles pratiques sexuelles, avec notamment tous les sites de rencontre, le fait de pouvoir consommer le sexe différemment.

En une décennie, les mentalités ont-elles évolué?
Il y a eu le mouvement #MeToo, une prise de parole plus forte des femmes par rapport au plaisir, également. D’une manière générale, je pense qu’on peut aborder davantage de sujets aujourd’hui qu’il y a dix ans. De toute façon, je pars du principe qu’on se trouve entre adultes. Le titre est explicite. Dans le livre, comme dans une chambre, on peut tout se permettre. Pour l’illustration de couverture, c’est plus délicat. Il y a plus de crainte qu’en 2009 sur ce qu’on peut montrer ou non.

Jusqu’où pousser le curseur?
Dans mes pages, je ne me fixe aucune limite. Je ne me pose qu’une seule question: est-ce que ça fait rire ou pas? Du coup, je teste préalablement mes gags sur mon éditeur, ainsi que sur ma femme. J’imagine aussi graphiquement ce que cela peut donner.

Plusieurs scènes montrent qu’en termes de désir, les hommes et les femmes ne sont pas vraiment sur la même longueur d’onde…
C’est le moteur même du gag et la source numéro un des problèmes sexuels. Dans le couple, les attentes s’avèrent différentes. Même si on s’est énormément libéré par rapport à l’image ou au ton, on éprouve encore souvent de la peine à se (re)trouver. Les femmes suivent un cycle hormonal, nous pas. Pas évident pour un homme de constater que ce qui a fonctionné un jour peut ne plus faire d’effet le surlendemain.

«Happy Sex 2» évoque la présence croissante de nouvelles technologies dans la vie amoureuse. Une tendance irrémédiable?
On ne peut pas y échapper. Dans la manière de se rencontrer, c’est même devenu essentiel. Par ailleurs, les gadgets sexuels ont pris pas mal de place et se sont démocratisés.

Vous dessinez un sex-toy en forme de Titeuf. Ça existe?
Non! Il y a eu pas mal de propositions de merchandising débile autour de Titeuf, mais celle-là, je ne l’ai encore jamais reçue. Qui sait? Cela donnera peut-être des idées à quelqu’un…

Un gag montre un homme mesurant ses performances sexuelles par le biais d’une application. Pure fiction?
Pour l’instant oui, mais je pense qu’on n’est pas très loin d’y arriver. Il existe déjà ce genre d’application dans le domaine sportif. Ça pourrait fonctionner avec le sexe, dans la mesure où l’homme reste souvent prisonnier de l’idée de la performance.

Le sexe connecté a-t-il complètement changé les comportements?
Cela reste anecdotique. Beaucoup plus de gens qu’autrefois tentent l’expérience. Mais je ne pense pas que le sexe connecté se substitue à une sexualité normale. C’est un peu comme parler à Siri. S’il s’agit de votre seul ami, la vie va rapidement devenir ennuyeuse.

Vous vous dessinez en train d’écouter discrètement une conversation de bistrot. Bon plan pour se documenter?
Une histoire intime ne débouche pas forcément sur de l’universel. Il faut un peu la bricoler pour qu’elle parle à tout le monde. J’ai souvent une oreille qui traîne. Et les gens sont de moins en moins souvent pudiques. Tout le monde téléphone à haute voix partout, raconte sa vie à qui veut l’entendre. Il y a des éléments assez marrants à glaner. Mais il faut les recomposer. Aucune histoire dans cet album ne provient d’une anecdote entendue telle quelle. J’ai aussi consulté différents forums, sur internet. Il existe toutes sortes de tutoriels expliquant comment bien faire l’amour, comment jouir, comment faire jouir son ou sa partenaire. C’est souvent assez drôle.

Arrive-t-il que des lecteurs s’étonnent que l’auteur de Titeuf soit également celui de «Happy Sex»?
On ne m’a jamais fait ce genre de remarque. Quand le premier «Happy Sex» est sorti, je n’ai reçu aucun courrier agressif. Alors qu’avec Titeuf, beaucoup plus. Les seules plaintes que j’ai entendues provenaient d’enfants lors de séances de dédicaces, qui me demandaient pourquoi ils n’avaient pas le droit d’acheter l’album!

Vous dessinez aussi des histoires en style réaliste. «Happy Sex» reprend le même graphisme que celui de Titeuf. Nécessaire pour installer un décalage avec le propos?
Je crois, oui. Le style de dessin fait comprendre tout de suite qu’on se trouve dans un registre comique. Cela évacue l’aspect embarrassant de certaines situations. C’est tout le problème avec le cinéma. Depuis huit ans, plusieurs tentatives d’adaptation de «Happy Sex» sur grand écran ont eu lieu, sans aboutir. Filmer un homme en érection prend vite une notation pornographique, alors qu’en bande dessinée, c’est juste marrant.

A commencer par ceux de Titeuf, il est souvent question de sexe à l’intérieur de vos albums. Un sujet inspirant?
Je dirais important. Comme l’incompréhension entre les filles et les garçons, le fait de grandir, de devenir un homme. Je pense que cela vient aussi du fait que j’ai grandi dans les années 70. A cette époque, la sexualité était perçue comme quelque chose de joyeux, d'épanouissant. Mes 16 ans ont correspondu à l’arrivée du sida. Pas de bol en terme de timing. Tout à coup, le discours a complètement changé. Le sexe est devenu synonyme de péril mortel. A travers le personnage de Titeuf, je parle volontiers de la prévention, des dangers liés au sexe. Mais je ne pense pas qu’il ne faut qu’on dise que ça. Sinon, c’est hyper anxiogène. On se trouve déconnecté du plaisir et de l’amour.

Dans votre prochain livre, vous allez rhabiller vos personnages?
J’ai trois projets en chantier, sans savoir pour l’heure lequel je vais privilégier. Mais ce sera dans un autre registre, assurément. Il y a un côté hyperludique de dessiner des gens qui font l’amour. Au bout d’un moment pourtant, j’en ai assez. J’ai envie de représenter autre chose que des canapés, des lits et des testicules.

«Happy Sex 2», Zep, Éd. Delcourt, 64 p.

Créé: 09.09.2019, 17h08

Avec Valott, Zep réinterprète des héros de BD fameux

C’est l’histoire d’amis de plus de trente ans, animés par la même passion. En 1986, le jeune Zep débarque dans la chambre-atelier-bibliothèque d’Alexandrie du jeune Valott. Entre un crâne de Néandertal et l’intégrale d’Achille Talon, les deux débutants parlent bande dessinée, chacun se révélant intarissable sur le sujet. Un peu plus tard, ils rendront visite ensemble à André Franquin (Spirou, Gaston), qui les abreuvera d’anecdotes et d’alcool de genièvre. Un peu plus tard encore, Valott se démènera pour présenter les premières pages de son pote à différents journalistes et rédacteurs en chef de sa connaissance. Aucun n’aimera les premiers pas de Titeuf!

Zep et Valott ont fait leur chemin depuis. Ils adorent toujours la BD. La preuve en images à la Galerie du Marché, à Lausanne. Chacun dans son style, les deux hommes ont réinterprété une ribambelle de personnages fameux du neuvième art. Babar y côtoie Corto Maltese, Mickey fait de l’œil à Olive, la fiancée de Popeye, Blueberry dégaine plus vite que Lucky Luke. Certains dessins ont été réalisés récemment, spécialement pour cette exposition. D’autres, inédits, conçus il y a quelques années, pour des couvertures de magazines. À découvrir… et à acquérir. Pour Zep, les prix oscillent entre 1200 et 10 000 francs, suivant le format. Pour Valott, comptez 1500 francs. PH.M.

«Quelques héros de bande dessinée». Zep et Valott. Expo-vente du 12 septembre au 2 novembre, Galerie du Marché, Lausanne. Beau catalogue

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Après les frappes iraniennes sur l'Arabie saoudite
Plus...