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Yves Laplace se raconte tout en réveillant «L’Exécrable»

Dans son nouveau livre, l'écrivain se confie à ses lecteurs.

L'écrivain genevois Yves Laplace.
L'écrivain genevois Yves Laplace.
DR

Yves Laplace est chez Fayard depuis «Plaine des héros», son roman récompensé en 2015 par le Prix Alice Rivaz et le Prix suisse de littérature. Il y réveillait le souvenir du tribun genevois d’extrême droite, Georges Oltramare (1896-1960). Cette fois-ci, la même maison d’édition parisienne publie «L’Exécrable», un récit aux multiples entrées, contenu dans un volume à la couverture illustrée d’une intrigante photo de 1941. Elle représente une statue exposée cet automne-là à Paris, au palais Berlitz, dans le cadre de l’exposition antisémite «Le Juif et la France».

L’œuvre s’appelle «La France nouvelle se libérant de l’emprise juive». Cette exposition est une opération de propagande orchestrée par l’occupant allemand avec la caution «scientifique» d’un professeur à l’École d’anthropologie de Paris d’origine suisse. Ce théoricien du racisme, Georges Montandon, né à Cortaillod près de Neuchâtel en 1879, est l’exécrable qui a donné son titre au livre de Laplace. Sa brochure «Comment reconnaître le Juif?» ne pouvait qu’inciter le Commissariat général aux questions juives à impliquer Montandon dans l’exposition du palais Berlitz.

Ce n’est pas la biographie de cet anthropologue de sinistre mémoire qu’Yves Laplace propose à ses lecteurs. Ni un tableau de Paris sous l’Occupation. L’auteur veut se raconter lui-même – ses parents, ses frères et sœurs, ses amis d’enfance – tout autant qu’il souhaite jeter des ponts entre les époques et les personnalités. Le tout au départ de Genève, sa ville natale, d’où une profusion de souvenirs de jeunesse et plus récents – sa mère en maison pour personnes âgées, son ami Mathieu atteint de la maladie d’Alzheimer. Laplace procède par associations d’idées, parentés entre les mots, passerelles inattendues ou non entre auteurs – Duras, Céline, l’affreux Montandon – au cours d’un va-et-vient qui n’exclut pas l’exécrable actuel: le fanatisme mortifère du terrorisme international. Cela rend la lecture compliquée car la pensée de l’écrivain va vite et part dans bien des directions. Le lecteur doit s’accrocher, parfois dérape et lâche prise.

Les derniers mots du livre sont: «Longtemps encore, Montandon m’empêchera de dormir.» C’est donc bien cet homme et ce qu’il incarne qui forment le cœur de ce récit. Même si l’humeur voyageuse de Laplace fait faire le saut entre Le Grand-Saconnex et Pékin. Le voyage se termine par le récit de l’assassinat de Montandon, le 3août1944, par des résistants. Assiégé puis abattu dans sa maison de Clamart, comme Mohammed Merah, l’auteur des tueries de Toulouse et de Montauban, l’a été par le RAID le 22 mars 2012. L’exécrable est mort, vive l’exécrable, semble suggérer cet inquiétant parallèle.

«L’Exécrable» par Yves Laplace, Librairie Arthème Fayard, 344 p.

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