Tout, tout, tout, vous saurez tout sur les grands prix

CompétitionL’Académie française ouvre le bal jeudi, les autres grandes récompenses suivent la semaine prochaine. Nouveauté, la création d’un «Goncourt suisse».

Michel Houellebecq en 2010, lorsqu'il remportait Prix Goncourt pour son roman «La carte et le territoire».

Michel Houellebecq en 2010, lorsqu'il remportait Prix Goncourt pour son roman «La carte et le territoire». Image: THIBAULT CAMUS/AP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est le rêve de tous les écrivains francophones. Et le rendez-vous le plus attendu des mordus de littérature actuelle. Bienvenue dans la valse des prix littéraires. Jeudi, le Grand Prix de l’Académie française ouvre le bal, suivi la semaine prochaine par le Goncourt, le Renaudot, le Femina et consorts. Vieux de plus de cent ans pour certains, les prix ont peu changé de cadence: deux ou trois sélections qui vont se resserrant avant l’annonce de l’heureux lauréat. Sauf pour le Renaudot qui n’en fait qu’à sa tête et ajoute parfois un nouveau candidat à ses listes. Le nombre d’exemplaires vendus prenant l’ascenseur après l’attribution d’un prix, l’enjeu est capital pour les éditeurs. Cette année, quelques nouveautés notables voient le jour côté Goncourt, qui s’étoffe de deux prix satellites. A l’initiative de l’ambassade de France en Suisse, un «Goncourt helvétique» est lancé sous l’appellation «Liste Goncourt/Le choix de la Suisse» sera décerné à Berne le 12 novembre. Dans les faits, des étudiants en lettres des Universités de Fribourg, de Neuchâtel et du Tessin élisent leurs favoris parmi les quinze romans de la première liste du Goncourt, révélée le 3 septembre dernier. Le fonctionnement s’inspire du Goncourt des lycéens en France. Le second prix lancé, à savoir «Le choix de la Tunisie», sera quant à lui décerné le 19 décembre. Le roman du lauréat se verra traduit en arabe. Signal fort, c’est depuis le musée national du Bardo à Tunis que le jury du Goncourt a révélé hier sa troisième et dernière sélection.

Petit tour d’horizon des principales distinctions qui seront remises ces prochains jours:

1. Le Grand prix du Roman de l’Académie française: 29 octobre

C’est ce jeudi que le lauréat 2015 sera révélé. Restent en lice la fable futuriste 2084 de Boualem Sansal, Les Prépondérants de Hédi Kaddour et Ce cœur changeant d’Agnès Desarthe. Lancé en 1918, la récompense honore «l’auteur du roman que l’Académie a jugé le meilleur de l’année», nous apprend la page web de l’institution, d’un âge aussi honorable que les immortels. Doté de 7500 euros, le Grand prix du roman est remis par Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle, après avoir été élu par les membres de l’Académie. En 2012, c’est le Genevois Joël Dicker qui s’était vu remettre le prix pour La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert.

2. Le Goncourt: 3 novembre

Décerné pour la première fois en 1903, le Goncourt est doté d’un prix symbolique de 10 euros*, mais les ventes qui découlent du prix assurent à l’auteur un revenu conséquent (voir encadré ci-contre). Dans le dernier carré révélé hier restent en lice Titus n’aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai, Boussole de Mathias Enard, Les Prépondérants de Hédi Kaddour et Ce pays qui te ressemble de Tobie Nathan. Composé de dix membres – dont Bernard Pivot, Pierre Assouline, Patrick Rambaud et Paule Constant – le jury proclamera son champion mardi 3 novembre au café Drouant à Paris. Jacques Chessex est le seul Suisse à avoir obtenu le Goncourt en 1973 pour L’Ogre. Bien que figurant dans le dernier carré en 2012, Joël Dicker n’a pas obtenu la récompense. Il a reçu en revanche le Goncourt des lycéens.

3. Le Renaudot: 3 novembre

Le prix Renaudot a été créé en 1926 par un groupe de journalistes attendant ensemble le verdict du jury du Goncourt, et contestant souvent ses choix. Se donnant pour but de repêcher des perles snobées par le Goncourt, le Renaudot a ainsi sacré Voyage au bout de la nuit de Céline en 1932, Beaux quartiers d’Aragon en 1936. Les jurés – dont Jean-Marie Gustave Le Clézio, Patrick Besson ou encore Frédéric Beigbeder – délibèrent et annoncent leur lauréat simultanément et au même endroit que le Goncourt, soit au sortir du café Drouant mardi prochain. Annoncé mardi soir, les finalistes du Renaudot sont Laurent Binet, Christophe Boltanski, Delphine De Vigan, Fabrice Guenier et Philippe Jaenada.

4. Le Femina: 4 novembre

Créé un an après le Goncourt en 1904, le Prix Femina, constitué d’un jury de femmes de Lettres, a voulu protester contre la machiste assemblée du Goncourt, favorisant avant tout les auteurs du sexe fort. Une tendance confirmée au fil du temps: en cent-onze ans d’existence, seules douze femmes ont reçu le Prix Goncourt… Cette année, le Femina sera attribué le mercredi 4 novembre. Fait cocasse, seules trois auteures femmes figurent parmi les sept finalistes. Il s’agit de Nathalie Azoulai, de Brigitte Giraud et de Judith Perrignon. On compte parmi le jury – toujours exclusivement féminin – Virginie Despentes, Chantal Thomas ou encore Anne-Marie Garat.

5. Le Médicis: 5 novembre

Attribué en même temps et lieu que le Prix Femina depuis sa création en 1958, le Médicis fait aujourd’hui bande à part. C’est au restaurant La Méditerranée situé place de l’Odéon que les jurés – dont Anne Wiazemsky et Dominique Fernandez – décerneront la récompense jeudi 5 novembre. D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan, La cache de Christophe Boltanski et Histoire de l’amour et de la haine de Charles Dantzig font partie des ouvrages remarqués de la deuxième sélection. Feront-ils partie des finalistes? La dernière sélection tombera aujourd’hui-même.

6. L’Interallié: 12 novembre

A l’instar du Renaudot, l’Interallié a été élaboré en 1930 par des journalistes attendant le verdict des juges, celles du Femina en l’occurrence, au café du Cercle Interallié. Les dix membres du jury – qui compte dans ses rangs Christophe Ono-dit-Biot et Philippe Tesson – sont exclusivement masculins. Il en sera ainsi, aiment-ils répéter, tant qu’aucun homme ne siégera parmi les jurées du Femina… Cette année, le prix est décerné jeudi 12 novembre. La deuxième sélection compte encore l’hilarante Septième fonction du langage de Laurent Binet, et 2084 de Boualem Sansal. Fait rare, ce dernier a figuré sur toutes les sélections des grands prix. La dernière liste sera dévoilée le 4 novembre. En 2010, c’est Jean-Michel Olivier qui recevait l’Interallié pour L’amour nègre.

*Modification apportée suite à l'attention d'un lecteur, rappelant le montant de 10 euros du prix.

Créé: 27.10.2015, 19h21

Articles en relation

Plumes et potins: toute l'actu livre 2015

Blog littéraire Toute l'actu livre, de la rentrée aux grands prix. Avec le sarcasme en plus. Plus...

Arditi: «La règle est qu’il n’y en a pas»

Les juges se font acheter, ou favorisent leurs petits copains! Les préjugés concernant l’attribution des prix littéraires sont comparables à ceux des matches de foot. S’il est vrai que certains gros éditeurs se taillent la part du lion des prix littéraires (selon une étude réalisée l’année dernière par Le Monde, Gallimard a remporté plus de 160 récompenses – dont 36 Prix Goncourt – depuis 1903, Grasset 118, Le Seuil 58 et Albin Michel 43), les choses ont beaucoup évolué ces dernières années. En 2008, le Goncourt a notamment établi de nouvelles règles: interdiction pour les jurés d’être salariés par une maison d’édition.

«J’ai entendu plus d’histoires de ratages que de succès suite à des tentatives d’influence d’éditeurs sur les jurés…» raconte Metin Arditi, qui s’exprime aussi bien en tant que lauréat (Prix Jean-Giono 2011) que membre de différents jurys de prix moins connus. «Je ne crois pas à la manipulation de tout un jury par un éditeur. J’ai parfois eu des soupçons mais je crois qu’aujourd’hui, la grande majorité des décisions sont prises de bonne foi. Parfois, l’un des jurés peut faire basculer toute l’assemblée, s’il parvient à partager son coup de cœur. Je me souviens que c’est arrivé avec Anne Cuneo, au Prix du Salon du livre de Genève. La règle, c’est qu’il n’y en a pas.»


Lauréat de l’Interallié 2010, Jean-Michel Olivier a fait partie des délibérations du jury l’année suivant son sacre. «J’ai balayé toutes mes idées reçues sur les magouilles des éditeurs. Je me suis vite aperçu que les dix membres du jury, tous très caractériels, tiennent à leur indépendance.» Il raconte le processus de sélection, qui ressemble à celui des autres grands prix littéraires. «Chaque membre est chargé de revenir avec deux coups de cœur pour l’élaboration de la première liste. Puis chacun lit tous les livres sélectionnés ou la majorité d’entre eux en vue d’établir la deuxième, puis la troisième sélection.»

L’auteur garde un agréable souvenir des jurés de l’Interallié: «C’est un peu une bande de joyeux machos. Je me souviens avoir demandé s’ils ne voulaient pas accueillir des femmes dans leur assemblée, et Philippe Tesson de me répondre, grivois: «Où voulez-vous qu’on les mette?»… Quant à moi, j’étais un peu «le Suisse» de passage, soit aussi exotique qu’un Papou. Ils m’ont même demandé de chanter l’hymne national!»

Quant aux éditeurs, aucun ne souhaite s’exprimer avant les résultats. Attachée de presse chez Grasset, Emilie Narèce nous explique qu’il est «délicat de se prononcer sur les prix littéraires avant qu’ils ne soient attribués. Il est arrivé que des éditeurs se targuent trop vite d’appartenir aux favoris pour qu’ils se retrouvent rayés de la liste pour péché d’arrogance…»
MAR.G

Combien de ventes par Prix?

Ces chiffres, livrés l’institut d’études de marché GfK, sont des moyennes sur les ventes de livres primés entre 2005 et 2009. Ils donnent une indication approximative du nombre d’exemplaires écoulés aujourd’hui, dans l’année qui suit l’obtention d’un prix.

Prix Goncourt: 380?000 exemplaires vendus

Prix Renaudot: 220?000

Prix Femina: 155?000

Prix Goncourt des lycéens: 125?000

Grand prix des lectrices de «Elle»: 120?000

Prix Interallié: 95?000

Prix du livre Inter: 60?000

Prix des libraires: 55?000

Prix du roman Fnac: 50?000

Prix Médicis: 42?000

Exception notable, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert de Joël Dicker s’est écoulé à plus de 1,5 million d’exemplaires en français et autant en traduction. A titre de comparaison, en Suisse romande on parle de best-seller dès 1000 exemplaires vendus.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les Chinois exportent à nouveau
Plus...