Tanguy Viel reçoit le Prix du Public du Salon du livre

LittératureLa première édition du prix consacre «Article 353 du Code pénal» de l’écrivain des Editions de Minuit. Trajectoire d’une réussite.

Tanguy Viel fait mentir la réputation quelque peu élitaire des Editions de Minuit avec son roman.

Tanguy Viel fait mentir la réputation quelque peu élitaire des Editions de Minuit avec son roman. Image: DR

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Depuis sa parution en janvier, le roman Article 353 du Code pénal de Tanguy Viel s’est imposé comme un succès de librairie. Son aventure éditoriale rebondit à l’occasion du Salon du livre et de la presse de Genève qui lui décerne son Prix du Public 2017. La première édition de cette distinction sera remise à son auteur ce mercredi, avant une rencontre avec les lecteurs jeudi.

«C’est une belle reconnaissance en Suisse, même si ce prix ne va pas avoir d’écho en France puisque chacun sait que les Français ne s’intéressent qu’aux Français», réagit avec humour Henri Causse, directeur commercial des Editions de Minuit. «En plus d’un bel accueil dans la presse, le livre avait déjà profité avant cela du Prix RTL, qui est également un prix de lecteurs. Cela lui avait assuré un beau retour sur les tables des libraires. Et son bandeau rouge fait peut-être un peu moins peur que celui, bleu, de Minuit!»

Il est vrai que la maison d’édition née sous l’occupation allemande n’est pas forcément coutumière de ventes records. «Cette dernière année, nous avons eu plusieurs belles sorties avec le dernier Echenoz, le Continuer de Laurent Mauvignier et maintenant le Viel, un auteur qui avait déjà fait fort en 2009 avec son Paris-Brest et ses 50'000 exemplaires en ventes réelles. Pour l’instant, sur un tirage de 62'000, Article 353 du Code pénal en est environ à 35'000 selon mes estimations.»

L'ombre de la politique

Voilà pour les chiffres qui, selon l’administrateur, ne sont actuellement pas bons dans l’édition française – «en période électorale, les gens ont souvent d’autres préoccupations que lire des romans». Mais il reste heureusement la littérature. Et le succès de Tanguy Viel s’explique peut-être paradoxalement aussi par l’actuel retour du politique en France.

Car il y a une lecture sociale de ce récit d’un ouvrier licencié, interrogé par un juge après le meurtre – avoué d’entrée de jeu – de l’escroc immobilier qui l’a délesté de ses indemnités en lui faisant miroiter un hypothétique appartement. D’autres lignes de force travaillent pourtant ce roman à l’écriture parfois rugueuse, proche de ses préoccupations: le rapport problématique entre un père et son fils, la réalité ralentie d’une région, la Bretagne, la notion de confession sertie dans l’écoute judiciaire…

Morale de combat

Mais, dans Article 353 du Code pénal, tout ramène à l’axe social, ses injustices, ses limitations, ses désespoirs. Dès lors, il n’est pas interdit de voir dans cette fiction, assez glauque mais relevée par le pouvoir de la parole, une réponse aux postulats développés par la star des lettres françaises, un Michel Houellebecq en spécialiste du désenchantement contemporain, devenu l’un des seuls chantres de la décomposition communautaire sous la lumière de néon de ses humeurs désabusées.

Là où règne un fatalisme épris de sa propre petitesse chez l’auteur des Particules élémentaires, Tanguy Viel propose de revenir à des proportions peut-être plus modestes, moins lyriques, mais aussi moins passivement complaisantes. L’antihéros de son roman, Martial Kermeur a beau avoir conscience de sa condition peu reluisante, il relève, certes maladroitement, la tête. Il y a une morale de combat a minima chez Viel, là où le pessimisme d’Houellebecq a baissé la garde depuis longtemps. (TDG)

Créé: 26.04.2017, 11h27

Un livre, une rencontre

Article 353 du Code pénal
Tanguy Viel
Rencontre avec l’auteur au Salon du livre de Genève, Grande scène l’Apostrophe, jeudi à midi.
Ed. de Minuit, 176 p.
www.salondulivre.ch

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