Sylvie Germain se mue en porte-plume des animaux

InterviewLa romancière française signe avec «A la table des hommes» une fable originale où un cochon rencontre des gens bons.

Sylvie Germain signe une fable originale avec «A la table des hommes», non sans défendre la cause animale.

Sylvie Germain signe une fable originale avec «A la table des hommes», non sans défendre la cause animale. Image: BRUNO LEVY

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Sylvie Germain propose avec A la table des hommes un roman décidément original. Une bombe fait voler en éclats une maison, dans un village en guerre, que l’on peut situer en ex-Yougoslavie d’après les noms des personnages et des paysages. Deux survivants seulement: une femme ayant perdu son bébé et un porcelet. Allaité par la jeune mère sous le choc, l’animal en tire la force pour survivre. Suite à une métamorphose aussi fantastique qu’étrangement érotique, il devient jeune homme, et se voit recueilli par des villageois. Ils apprendront le langage, la cruauté, l’amour et la culture. Jointe par téléphone, la romancière française se livre sur l’élaboration de son roman.

Vous faites souvent écho aux mauvais traitements infligés aux animaux. Vous adressez aussi votre livre à Naoto Matsumura, militant antinucléaire resté dans la zone contaminée de Fukushima pour nourrir les bêtes abandonnées. Le roman est-il prétexte à défendre la cause animale?

J’ai toujours eu une forme d’amour pour les animaux. Sans tomber dans une vénération naïve – le monde animal peut être rude, puisque constitué d’êtres qui luttent pour leur survie – je trouve que la maltraitance dont ils sont souvent l’objet de la part des humains est extrêmement révoltante. Que ce soit la disparition d’espèces, l’élevage intensif, les abattoirs ou d’autres abus et cruautés. L’industrie transforme les bêtes en machines. Or il y a un respect à avoir pour ces êtres vivants, doués de sensibilité et d’une forme indéniable d’intelligence.

Partagez-vous l’idéologie vegan et les thèses de l’antispécisme?

Je suis végétarienne depuis 25 ans, mais je mange du poisson… Il y a quelque chose qui me gêne chez les personnes qui tombent dans l’excès inverse et tiennent des discours qui se font au détriment de l’humain. Or la misanthropie n’est pas à confondre avec l’amour des animaux. Un point qui me distingue des vegans, par exemple, est le fait que je ne rejette pas la chasse de manière absolue; dans certains pays où elle est indispensable aux hommes pour manger, ou lorsqu’il s’agit de réguler une espèce, je pense qu’elle est justifiée. En revanche, la chasse pour le plaisir me fait horreur.

Vous opposez très fortement la méchanceté humaine à la pureté d’âme de quelques douces personnalités. Pourquoi ce clivage?

Lorsqu’on affronte une immense douleur – un deuil, par exemple, ou une guerre, comme c’est le cas dans le roman – on en oublie presque que l’on a aimé, que l’on a été aimé. On oublie le sentiment de gratitude et le sens de sa propre appartenance à l’humanité. Parfois, une personne peut être tellement brisée qu’il ne lui reste rien. Elle cherchera un exutoire, un bouc émissaire, et c’est ainsi que la violence se répercute, que «le mal court», dit-on. On voit ça très tôt à l’école: un enfant un peu bizarre, plus faible que les autres, sert souvent de souffre-douleur.

Une femme qui donne le sein à un porcelet. D’où vous est venue cette drôle d’idée?

Je ne sais pas… Je ne sais jamais où je vais quand je commence un livre. Je me mets à écrire pour découvrir mon histoire, je n’ai jamais compté sur un plan. Ce porcelet était là, le fait qu’il tète cette femme m’est apparu comme une évidence. Je me suis demandé ce que j’étais en train d’inventer là quand j’ai appris que, dans les temps anciens, il arrivait que des paysannes donnent le sein à un porcelet trop faible pour ne pas qu’il meure. Un porc valait cher sur le marché. La réalité dépasse toujours la fiction…

«A la table des hommes» de Sylvie Germain, Ed. Albin Michel, 262 pages.

Créé: 15.01.2016, 20h20

Critique

L’écriture de Sylvie Germain, toujours fluide et aisée, se prête bien à ce roman d’apprentissage à l’allure d’un conte. Celle qui confie «ne jamais élaborer de plan» et laisser sa plume guider sa main (lire ci-contre) parvient aisément à entraîner le lecteur dans des fantaisies oniriques originales. On passe un bon moment à la lecture.

Toutefois, on regrette la présence de certains lieux communs: les animaux sont purs, tandis que les humains se divisent en deux espèces, les gentils et les machiavéliques. Par ailleurs, les sentences de moralité alourdissent le récit: «Tous deux ont échoué, mais l’un, au moins, aura essayé, l’autre est resté sur le seuil de son idéal et de sa vie. L’aventurier a eu la vie sauve, le pusillanime s’est consumé sur place.» MAR.G

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