Le succès attend Joël Dicker à la chambre 622

LittératureL’écrivain genevois publie un roman à suspense qui se déroule entre Genève et Verbier. Il sera mis en vente en Suisse dès le 17 mars.

Joël Dicker publie un nouveau roman, «L’Énigme de la chambre 622».

Joël Dicker publie un nouveau roman, «L’Énigme de la chambre 622». Image: Keystone

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«Un cadavre gisait sur la moquette de la chambre 622.» Dès la première page, Joël Dicker met son lecteur dans le bain: un meurtre vient d’être commis au Palace de Verbier. Dévoiler au bibliophage l’identité du mort et celle de l’assassin lui prendra 586 feuillets, ni plus ni moins. Dans son nouveau roman, «L’Énigme de la chambre 622», disponible en librairie pour les acheteurs suisses dès le 17 mars, l’auteur de «La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert» développe une intrigue à tiroirs multiples dans le milieu de la banque privée.

Genève y tient la vedette, talonnée par Verbier. On est beaucoup à Cologny, sur le chemin de Ruth et au parc Byron. Le lecteur dîne au Lion d’Or avec vue sur le lac. Il arpente les quais, les Bastions, fréquente les salons du Beau-Rivage pour y boire le thé, loge dans une suite de l’hôtel des Bergues, écoute «Le Lac des Cygnes» au Grand Théâtre. Et puis il lit chaque jour... la «Tribune de Genève». Le quotidien que vous tenez en mains joue un rôle important dans cette sombre affaire, quoique peu flatteur: son rédacteur en chef se fait manipuler jusqu’à publier une fake news.

Trois plans narratifs

«L’Énigme de la chambre 622» joue sur trois plans narratifs, emboîtés comme des poupées russes. Il y a «la réalité», où Joël Dicker est lui-même. Terré dans son luxueux appartement à deux pas du parc Bertrand, le romancier genevois travaille à son nouveau livre. Il a le cœur gros d’un amour parti à toutes jambes («une jeune femme au charme désarmant») et du manque creusé par «son éditeur, son ami, son maître», Bernard de Fallois («l’homme à qui je devais tout»), décédé en 2018.

Il y a l’illusion de la réalité: Joël est «L’Écrivain», un personnage de fiction campant son propre rôle, riche, célèbre et esseulé, bling-bling mais sympathique, jouissant avec naturel de son immense notoriété et menant avec une complice, exquise comme il se doit, une enquête au Palace de Verbier. On s’en doute, ses investigations résoudront le mystère de la première page et le conduiront à rédiger «L’Énigme de la chambre 622». Le roman permet aussi à Joël de raconter Bernard, lui offrant la vie éternelle des êtres de papier.

Il y a enfin l’univers romanesque à proprement parler, avec son histoire à suspense, ses personnages et sa temporalité, sans cesse chahutée par bonds en avant et sauts en arrière. Le roman est construit comme une série télévisée, au point qu’on en visualise parfaitement les différents épisodes.

Le royaume des mystificateurs

L’enjeu du roman est la présidence de la banque genevoise Ebezner, installée rue de la Corraterie, l’établissement privé le plus important de Suisse. Son héritier historique, Macaire Ebezner, n’est peut-être pas celui qu’on croit: un bon gars un peu mou, consolant sur le divan d’un psychanalyste son chagrin d’avoir déçu son père aujourd’hui trépassé. Riche et gâté, il est marié à la délicieuse Anastasia qui, à son tour, trompe son monde.

Joël Dicker fait assaut de superlatifs («Elle était heureuse comme jamais et cela se voyait: elle était sublime, magnifique et rayonnante, baignée de soleil et surtout de l’amour de Lev»), de phrases toutes faites («Ces mots m’atteignirent en plein cœur»), de poncifs (pour écrire un roman, «il vous suffit d’un crayon et d’un bloc de papier, et c’est un monde merveilleux qui s’ouvre à vous»), d’images stéréotypées («Je tombai rapidement sur le Palace de Verbier, un hôtel mythique, dont les quelques photos que je fis défiler devant moi suffirent à me convaincre: la terrasse ensoleillée, la piscine à remous dominant les paysages somptueux, le bar à l’ambiance tamisée et les salons feutrés, les suites avec cheminée») et d’adjectifs convenus (la mer est invariablement «émeraude» ou «turquoise»). «L’Écrivain» nous bernerait-il, lui aussi?

Entre en scène un autre mystificateur de première classe, Lev Levovitch, «l’un des banquiers les plus admirés de Genève. Le plus apprécié pour sa maîtrise des affaires, le plus redouté aussi.» «Âgé d’une quarantaine d’années, d’une beauté insolente, il avait une allure d’acteur et une prestance royale.» Un peu plus, il déboulerait à cheval dans le roman… On tient là notre Solal. Tout y est, même les «baisers sous-marins».

C’est donc à «Belle du Seigneur» que songe Joël Dicker: «Anastasia avait retrouvé sa joie. Immergée dans un bain brûlant et débordant de mousse, elle lisait encore et encore le mot envoyé par Lev, prenant garde de ne pas le mouiller: Partons ensemble loin de Genève. Quittons tout. Je t’aime. Lev.» On ne saurait taper plus juste dans le registre de la passion romanesque. Les lectrices vont tomber en pâmoison. Et celles qui auraient gardé la tête froide la perdront lorsque «L’Écrivain» offrira un exemplaire d’«Autant en emporte le vent» à Scarlett (mais comment donc!), son assistante d’écriture improvisée.

Dicker nous mène en bateau

Tout ce petit monde friqué et frelaté comme un cocktail à la vodka empoisonné se transporte à Verbier pour «le traditionnel Grand Week-end annuel au Palace de Verbier» de la banque Ebezner. À quinze ans de distance, l’événement génère immanquablement des drames, petits ou grands. Mais les personnages sont si caricaturaux qu’ils peinent à attiser le suspens. Les dialogues, bien pauvres, sentent l’outrance, «Dallas» et la naphtaline. On touche le fond en entendant Arma, l’employée de maison étrangère de Macaire et Anastasia, appeler ses patrons «Médéme» et «Moussieu», puis qualifier de «jouli» l’agencement lumineux du jardin.

Et là, dans un coin de notre tête, on se dit que Joël Dicker est en train de nous mener en bateau. Vrai, il ne sait pas faire mieux que ça, «L’Écrivain»? À moins qu’il ne compose sciemment une bluette pour midinettes, sûr de gagner des cœurs d’artichaut par bouquets?

Voilà qu’aux deux tiers de ses 586 pages, «L’Énigme de la chambre 622» se densifie, son rythme pique un galop. Le montage du crime, dépiauté point par point, rend, enfin, l’intrigue palpitante. La clé de tous les personnages découverte, on se dit alors que Joël Dicker a magistralement réussi son coup. Son nouveau roman sera un succès - on en prend le pari - et il aura atteint simultanément un autre but, plus intime: «Grâce à vous, j’ai l’impression d’avoir un peu connu Bernard (ndlr: de Fallois)», dit Scarlett à Joël en le quittant. «Si c’est ce même sentiment qu’éprouveront les lecteurs de ce roman, alors ce livre valait la peine d’être écrit,» lui répond-il.


«L’Énigme de la chambre 622»
de Joël Dicker, Éditions de Fallois, 586 pages.

Créé: 14.02.2020, 18h05

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