Le top 5 des livres récents qui passionneront les jeunes

Spécial profsPetite sélection d'excellents romans contemporains abordant des thèmes susceptibles d'enflammer les cours de français (si, si).

Dans l’enseignement public, il n’existe pas de liste de lecture fixe et commune à tous les établissements comme pour le bac français.

Dans l’enseignement public, il n’existe pas de liste de lecture fixe et commune à tous les établissements comme pour le bac français. Image: DR

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Vous êtes enseignant de français au secondaire. Montaigne, Balzac, Baudelaire, Yourcenar, vous les récitez tous par cœur, à l'envers, et sur une jambe en salle des maîtres. Fastoche. Mais la littérature actuelle, vous séchez un peu. C'est que pendant la saison du Goncourt et des autres grands prix, vous corrigez des dissertations par paquets entiers et n'avez pas trop le temps de vous mettre à la page. Pourtant, ça vous dirait bien de scier vos élèves de 15 ans et plus l'année prochaine en leur faisant découvrir des romans modernes et coup de poing, capables de les émouvoir aux larmes et d'enflammer les débats en classe (et ainsi d'entraîner les jeunots, l'air de rien, à l'argumentation et l'expression orale).

Si vous vous reconnaissez dans ce descriptif, ce top 5 spécial prof est pour vous. Et pas de panique, loin de nous l'idée de vous refourguer de la littérature dite «young adult», qui vous donne autant de sueurs froides que les héros de Nos étoiles contraires. On a du lourd. Soit de la vraie bonne littérature, avec des monologues intérieurs complexes, du style indirect libre et du point-virgule.

Voici quelques excellents livres actuels qui ont tout pour passionner les jeunes. (Lire aussi les témoignages d'enseignants genevois dans l'article «Que faire lire à mes élèves pour les passionner?»

1. «La nuit en vérité», Véronique Olmi, Ed. Albin Michel, 309 p.

Le récit raconte le difficile parcours initiatique d’Enzo Popov, 12 ans, dont les bourrelets, l’odeur, l’origine sociale et la bizarrerie irritent les camarades de classe. Ces derniers le malmènent, jusqu’à un lynchage particulièrement violent dans une cave. Mais loin d’être un roman moralisateur mettant en scène le faible inquiété par le fort, le récit se fait avant tout l’écho du foisonnant univers intérieur d’Enzo. L’adolescent peuple sa solitude de promenades imaginaires au-dessus de la Seine, de réflexions sur ses origines, de tendresse infinie pour sa mère trop jeune, avec qui il partage une petite chambre dans le bel appartement parisien qu’elle nettoie à plein-temps.

Bref, le livre idéal pour aborder la problématique du harcèlement à l’école. D’autres thématiques sont aussi intéressantes, comme celle de l’imaginaire et du surnaturel – quelques présences fantomatiques faisant irruption çà et là.

2. «Le quatrième mur», Sorj Chalandon, Ed. Grasset, 327 p.

Dans les années 70, Georges, militant d’extrême gauche et «tabasseur» de néonazis à ses heures, a pour projet de monter l’Antigone de Jean Anouilh dans un Beyrouth en guerre. Les acteurs, juifs, chrétiens ou musulmans, seront choisis dans chaque camp, le théâtre sera fait de quelques bâtiments en ruine. Attention, il ne s’agit pas d’un livre pénible mêlant deux sujets intellos, soit la guerre à Beyrouth et la mise en abyme du théâtre. C’est avant tout l’histoire d’un homme intelligent, sûr de ses valeurs, qui se trouve happé par une guerre qui n’est pas la sienne et cède à la violence en perdant peu à peu la raison.

Une occasion en or de proposer un combo Antigone couplée avec la pièce de Sophocle ou d’Anouilh.

Le quatrième mur permet d’évoquer les pulsions belliqueuses que l’on ressent: qu’est-ce qui pousse à faire la guerre? Y a-t-il une justification à la violence? Quels sont les autres moyens d’agir sur le monde? De quoi faire réfléchir aspirants fascistes, djihadistes en herbe ou casseurs anarchistes.

3. «Ils sont tous morts», Antoine Jaquier, Ed. L’âge d’homme, 280 pages

Jack a 17 ans. Accro au joint depuis trois ans, sa vie se résume à rechercher de l’argent pour acheter de la drogue, espérer devenir le partenaire sexuel exclusif de son amie Chloé et se faire tatouer chez Filip Leu. Avec son groupe d’amis, il consomme quotidiennement somnifères, haschisch, champignons, coke, héroïne — sniffée d’abord, injectée par la suite – parfois tout en même temps. L’auteur lausannois (qui se déplace volontiers dans les classes, d’ailleurs) plonge le lecteur à la fin des années 80, à l’époque des scènes ouvertes de la drogue à Zurich et Berne dans les parcs publics. Déjà introduit au programme par plusieurs enseignants romands, ce livre interpelle visiblement beaucoup les adolescents.

L’addiction aux stupéfiants est abordée de front, tout comme le sentiment de solitude, la difficulté à empoigner la vie et la volonté de faire partie du groupe.

4. «La vie en mieux», Anna Gavalda, Ed. Le Dilettante, 286 p.

Il s’agit de deux récits indépendants, servis par un ton mordant et tordant. Celui de Mathilde, 24 ans, et de Yann, 26 ans. Leur point commun, c’est leur changement de cap après une période de latence bourgeoise ou oisive. Le thème? Oser vivre pleinement sa vie. Se désintoxiquer d’Internet et rouler à vélo à l’aube pour retrouver la trace d’un garçon étrangement authentique. Ou larguer une copine castratrice.

Bref, tout sur l’extase procurée par les tournants imprévus de l’existence. De quoi lancer le débat sur les moments charnières de la vie, sur ce qui fait éclore une personne à elle-même.

5. «Peine perdue», Olivier Adam, Ed. Flammarion, 414 p.

L’ouvrage fait le portrait d’un village de la Côte d’Azur à la morte saison. Au début, on est dans la tête d’Antoine, la star de l’équipe de foot locale, qui vient de se faire virer pour avoir frappé un joueur. Le lendemain, il est laissé pour mort sur la plage, le crâne fracassé. Le récit et l’intrigue continuent, tandis que l’on transite à chaque chapitre des pensées d’une personne à une autre. On fait ainsi le tour du village, passant de la serveuse du bar à l’assistante sociale, des retraités dans leur résidence secondaire au petit patron mafieux du coin. Le vocabulaire et le style changent en fonction de l’âge et du milieu social de chacun.

A la fois polar et œuvre littéraire indéniable, Peine perdue permet d’étudier le point de vue et met en lumière la fragilité des vies et la question du destin.

 MAR.G

Créé: 30.06.2016, 20h12

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