Un roman-vérité à la genevoise

Affaire judiciairePierre Béguin relie Josette Bauer à Truman Capote.

Josette Bauer, lors de son procès en 1961 devant les Assises à Genève.

Josette Bauer, lors de son procès en 1961 devant les Assises à Genève. Image: ASL

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L’auteur genevois Pierre Béguin connaît les bons filons. Curieux d’affaires judiciaires retentissantes, il s’est plongé il y a quelques années dans le dossier Jaccoud. D’où «Condamné au bénéfice du doute», roman couronné en 2016 par le prix Edouard Rod, à l’égal d’Alexandre Voisard et Georges Haldas.

«Au fil de mes recherches sur le crime de Plan-les-Ouates, j’ai découvert l’histoire ahurissante de Josette Bauer, dont la vie est un roman d’aventure» raconte Pierre Béguin. «En 1959, la route de cette jeune femme croise celle de l’avocat genevois Pierre Jaccoud, incarcéré comme elle dans le quartier pénitentiaire de l’hôpital cantonal. Ils entretiennent une correspondance secrète, ils s’aiment, dit-on, ce dont la presse française fera ses choux gras, ternissant au passage l’image déjà très mauvaise que l’opinion publique avait de Josette Bauer à Genève et en Suisse.»

En choisissant de nommer son nouveau roman «La scandaleuse Madame B.», Pierre Béguin enfonce le clou. «On l’appelait la dernière sorcière de Genève. Elle scandalisait les esprits au seuil des années 60, alors que sa liberté de mœurs et sa soif de liberté aurait beaucoup moins choqué dix ans plus tard. Elle s’était trompée d’époque.» Rappelons que Josette Bauer entre dans l’histoire judiciaire genevoise en 1959, après l’arrestation de son mari Richard Bauer, accusé d’avoir assassiné le père de Josette en novembre 1957. En 1961, il est condamné à 15 ans de réclusion et elle à 7, car elle a couvert le crime de son mari de son silence pendant un an et demi. Si les choses en étaient restées là, il n’y aurait pas eu de «roman-vérité» à écrire.

On l’appelait la dernière sorcière de Genève. Elle aurait moins choqué dix ans plus tard

Pierre Béguin, écrivain

«La suite de la vie de Josette est extraordinaire», poursuit Pierre Béguin. «Elle s’évade de sa prison suisse en 1964, disparaît, se fait modifier le visage, s’installe en Algérie, se fait arrêter aux Etats Unis car elle transporte de l’héroïne, reprend sa liberté après avoir donné des renseignements qui contribuent à faire tomber la «french connection». Reprise, elle est extradée en Suisse et meurt à Genève en 2004...»

L’écrivain ne va pas se contenter de redonner vie à cette destinée rocambolesque. Il saisit l’opportunité fournie par Josette Bauer elle-même dans son autobiographie «Une femme en cavale» (2001), qui cite l’intérêt manifesté à son encontre par l’écrivain américain Truman Capote. «En revanche, je n’ai rien trouvé chez Capote sur Josette Bauer, mais il n’est pas invraisemblable qu’il ait été au courant de son arrestation très médiatisée aux Etats-Unis en 1967», explique Pierre Béguin.

Dans «De sang-froid», chef d’œuvre du genre littéraire «true crime», Truman Capote analyse minutieusement les causes d’un quadruple meurtre perpétré par deux truands dans la campagne du Kansas en 1959. L’écrivain fréquentait la station valaisanne de Verbier. C’est là qu’il a écrit tout ou partie de son roman.

Ainsi Pierre Béguin se glisse-t-il dans le personnage du scénariste de «Breakfast at Tiffany», à travers une correspondance fictive avec ses amis de la jet-set américaine. Truman Capote y parle de son désir de réussir un nouveau «De sang-froid» sur la base de la destinée de Josette. Un livre qui le remettrait en selle à l’époque où sa notoriété décline. Un grand projet capable de lui faire oublier l’échec de son essai proustien sur la haute société de son temps, «Prières exaucées».

«Une sorte de rédemption pour Capote, propose Pierre Béguin, et pour Josette Bauer aussi. Etre l’héroïne du livre d’un auteur célèbre cherchant à comprendre qui elle est vraiment aurait pu améliorer son image. Malheureusement, le projet a sans doute échoué à cause de l’exigence de Josette de tout contrôler et aussi pour des raisons financières...»


«La scandaleuse Madame B.»
de Pierre Béguin, Albin Michel, 442 p.

Créé: 04.02.2020, 18h16

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