La «Reine du crime» se rend

Carnet noirLa romancière Mary Higgins Clark est morte à 92 ans, après avoir publié plus de 50 livres à gros succès.

Avec son deuxième roman, «La Nuit du renard», paru en 1977, l’Américaine devient millionnaire.

Avec son deuxième roman, «La Nuit du renard», paru en 1977, l’Américaine devient millionnaire. Image: AP

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«Ils savent comme personne raconter des histoires, les Irlandais. Ils ont ça dans le sang!» Rencontrée en 1999 dans un hôtel chic de la place Vendôme à Paris, Mary Higgins Clark résume par cette formule succincte le secret de son talent. La «Reine du crime», 20 romans en rayon à l’époque, a soigneusement tricoté sa légende, qu’elle dévide devant moi sans accroc: comme toutes ses héroïnes, elle a connu les coups du sort; elle a trimé avant de rencontrer le succès faramineux qui est le sien; elle se lève tous les matins à 5heures pour écrire, une tasse de thé fumant sur son bureau; puise son inspiration dans la rubrique faits divers des quotidiens; et publiera un livre par an jusqu’à sa mort.

«Elle était unique» L’Irlandaise n’a pas menti ce jour-là: «En secret» a paru en 2019, elle s’est éteinte le 31 janvier 2020, à Naples, aux ÉtatsUnis, «paisiblement et entourée des siens», selon la formule consacrée. Elle avait 92 ans. Et Mary aura su jusqu’au bout tenir son personnage à la perfection, sans qu’un cheveu ne bouge.

On perd le fil lorsqu’il s’agit de dénombrer les titres de sa bibliographie, mais risquons une estimation: un récit de la vie de George et Martha Washington publié en 1969, qui fait un bide; 39 romans, un par an depuis «La Maison du guet» en 1975, qui rencontre instantanément un succès tonitruant; 5 récits rédigés à quatre mains avec sa fille Carol; 5 avec Alafair Burke; des recueils de nouvelles, deux livres pour enfants et ses Mémoires, «Entre hier et demain», parus en 2003.

«Elle était unique. Personne n’a jamais été aussi connecté à ses lecteurs: elle les comprenait comme s’ils étaient des membres de sa propre famille», a déclaré dans un communiqué son éditeur et ami de longue date Michael Korda. «Elle savait avec certitude ce qu’ils voulaient lire, et ce qu’ils ne voulaient pas lire. Et pourtant elle réussissait à les surprendre à chaque nouveau roman. C’était la Reine du suspense.»

À chaque parution en effet, ses admirateurs se retrouvaient en terrain connu. Il y a toujours chez Mary Higgins Clark une jeune femme courageuse, ravissante et sensible, empêtrée dans une intrigue bien bâtie, un ou plusieurs meurtres sordides, un beau gosse séduisant et protecteur – parfois en apparence seulement – et enfin, un dénouement heureux. À la question – «Pourquoi jamais de détails sanglants ni de sexe dans vos histoires», l’habile romancière m’avait répondu ce jour de 1999: «J’écris les livres que j’aimerais lire. Je ne jette pas la pierre aux auteurs qui font autrement, mais ce n’est pas mon choix.» Et elle avait précisé: «J’aime les fins heureuses. Mais mes personnages ont souffert, ils ont payé à la vie un lourd tribut. Cela me satisfait émotionnellement de raconter de telles histoires.»

C’est précisément à cette description que répond l’existence de Mary, née dans le Bronx le 24 décembre 1927, dans une famille irlandaise modeste. Son père, propriétaire d’un petit restaurant, meurt d’une crise cardiaque dans son sommeil, laissant sa femme seule avec trois enfants. L’un des frères de Mary est emporté par la méningite quelques années plus tard. Contrainte d’écourter ses études, la jeune fille travaille comme dactylo, puis en tant qu’assistante dans la publicité, avant de devenir hôtesse de l’air pour la PanAm.

En 1949, elle épouse Warren Clark, directeur d’une compagnie aérienne. De leur mariage naissent cinq enfants. Le 26 septembre 1964, Warren meurt d’un infarctus. Mary a 35 ans, et se trouve renforcée dans sa conviction que personne n’est jamais à l’abri du malheur. Elle mettra en scène dans tous ses romans, comme un leitmotiv, ce point dramatique où le destin bascule, elle qui a aussi accusé la perte d’un neveu, tombé d’une fenêtre à 15 mois. «J’écris sur des femmes qui ont trouvé la force de surmonter leurs difficultés, déclara-t-elle un jour sur France Inter. Elles ne sont pas sauvées par un prince sur un cheval blanc. En ce sens, j’écris un peu sur moi.»

Durant ces années de galère, Mary Higgins Clark paie ses factures en rédigeant des scripts pour la radio, puis devient vice-présidente d’une entreprise de communication pendant dix ans. En 1980, elle fonde sa propre société. Mais celle qui se souvient avoir composé des poèmes à l’âge de 6 ans rêve toujours d’écrire. Après la mésaventure de son livre sur George Washington, elle se lance dans le suspense, et fait mouche du premier coup. «La Maison du guet» est instantanément un best-seller. En 1977, «La Nuit du renard» fait d’elle une millionnaire.

Philosophe et catholique

Pourtant, cette battante a encore quelques revanches sur le sort à prendre: à 50 ans, elle s’inscrit à l’université de Fordham, à New York, et obtient sa licence de philosophie. En 1978, elle épouse un avocat, Raymond Charles Ploetz, union qui sera annulée en 1996. Cette même année, le 30 novembre, Mary se marie avec John J.Conheeney, homme d’affaires très influent qui décédera en octobre 2018. Mary Higgins Clark, fervente catholique, l’a suivi de peu, donnant à ses lecteurs assidus l’envie de relire en son honneur «Dors ma jolie».

Créé: 02.02.2020, 18h17

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