Raymond Vouillamoz romancier

LivreL’homme de télévision situe son récit historique en Valais dès l’an 1798.

«La domestique du crétin des Alpes» est le premier roman de Raymond Vouillamoz.

«La domestique du crétin des Alpes» est le premier roman de Raymond Vouillamoz. Image: Lucien Fortunati

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Plusieurs années après sa retraite de la Télévision suisse romande (RTS), le réalisateur Raymond Vouillamoz publie à 78 ans son premier roman. L’auteur de «La domestique du crétin des Alpes» nous explique la genèse de cet ouvrage.

Pourquoi avez-vous choisi de situer le début du récit dans le Valais de la fin du XVIIIe siècle?

J’avais déjà exploré cette époque peu connue de l’histoire de ce canton pour les besoins d’un téléfilm que j’avais réalisé sous le titre de «Les amants de la Dent-Blanche». J’ai aimé me plonger à nouveau dans ces années assez passionnantes, où la France cherchait à répandre ses idéaux révolutionnaires au-delà de ses frontières. Notamment dans le Bas-Valais, plus disposé au changement que le Haut, par lequel il était dominé depuis très longtemps. Des combats terribles et des massacres de civils innocents endeuillèrent le Vieux-Pays.

On assiste par exemple à l’horrible supplice d’un officier haut-valaisan par des soldats français. Un tel acte a-t-il eu lieu?

Pas précisément de cette manière, car mon texte est imaginaire, mais il y a eu des exécutions sommaires, et certaines commises avec cruauté. J’en ai trouvé mention dans les sources que je cite en fin de volume. Mon souci est que tout soit vraisemblable, au point que les mots que je mets dans la bouche des personnalités connues que mes personnages rencontrent sont empruntés à des citations authentiques.

Ce roman a pour personnage principal une femme. Qui est-elle?

Tel est le but de mon livre: dire quelque chose sur les femmes, et particulièrement sur les Valaisannes qui ont si longtemps vécu sous la tutelle de leur mari et de l’Église catholique, sans pouvoir s’épanouir normalement. C’est quelque chose qui me révolte et qui a duré jusque dans les années 50. Mon Eugènie, avec accent grave s’il vous plaît, devra s’expatrier pour réaliser sa vocation, d’abord en allant étudier le métier de sage-femme en pays protestant, à Yverdon, puis en allant le pratiquer dans une colonie suisse en Crimée.

Son premier mari est un crétin pas si crétin que ça…

La carence en iode, qui ne sera comprise que bien plus tard, pouvait causer différents dégâts, du goitre au crétinisme le plus profond. Mon Frederick Zen Zaenen – nom imaginaire – est juste assez défavorisé par la nature pour être mal jugé par sa famille mais suffisamment intelligent pour tenter de réussir sans elle. Il est issu de cette aristocratie haut-valaisanne enrichie dans le mercenariat, qui a ensuite gouverné le futur canton pendant plusieurs siècles.

Vos racines valaisannes ont-elles compté dans le choix de votre sujet de roman?

Un peu, bien sûr. Du côté paternel, je suis d’origine valaisanne, d’Isérables exactement, et du côté maternel, d’origine neuchâteloise. Je me considère avant tout comme Suisse romand. J’ai une très bonne connaissance de plusieurs cantons grâce aux déménagements répétés de ma famille. Étant douanier, mon père ne devait pas rester plus de trois ans au même poste. C’est pourquoi je me sens moins concerné que d’autres par le cloisonnement et les rivalités entre cantons…

En tant qu’homme de télévision, les projets de concentration de la RTS à Lausanne vous touchent-ils?

J’en relativise beaucoup la portée. Peu de gens se souviennent que dans les années 50, le Conseil fédéral avait décidé que la télévision serait à Lausanne. Face au tollé, il l’a mise à Genève. Dans un premier temps, les cars de reportage étaient restés à Lausanne. Quand Genève les a fait venir, ils ont formé un cortège funèbre sur la route suisse avec une couronne sur le premier des véhicules.


Des eaux de Loèche aux vignes de Crimée

Raymond Vouillamoz a eu la modestie d’écrire un premier roman court et de le confier à une petite maison d’édition vaudoise située à Sainte-Croix. Il en ressort 154 pages en format de poche, que l’on peut dévorer sans s’arrêter. Composé dans sa première partie d’extraits du journal fictif d’un Valaisan inventé, Frederick Zen Zaenen, et de lettres de sa femme Eugènie, ce livre fait comprendre le contexte politique et social du moment, aussi bien, sinon mieux, qu’un manuel d’histoire. Sans s’attarder, mais avec suffisamment de détails pris aux meilleures sources, l’auteur donne vie aux bains de Loèche à leurs débuts, entre hygiène douteuse et polissonneries de circonstance.

C’est là qu’un fils de bonne famille malmené par la nature découvre l’amour avec une servante originaire du Lötschental dont il fera sa femme. «Son prénom s’écrit Eugènie avec un accent grave car elle est d’origine suisse alémanique», précise le romancier, qui a soigné chaque détail de son récit. On le suit sans se faire prier, car de son écriture fluide il conduit ses personnages jusqu’en Crimée, où la colonie suisse de Zurichtal les accueille. Les nouvelles générations issues de l’ancienne servante et du crétin léger se bousculent un peu vite dans les dernières pages du volume. Le dernier de leurs rejetons, Jossif Proutdoski, a été inspiré à Vouillamoz par un écrivain russe connu à Genève qui s’appelait presque comme lui…


«La domestique du crétin des Alpes» par Raymond Vouillamoz, Éditions Mon Village, 154 p. (TDG)

Créé: 11.06.2019, 19h17

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