Philippe Turrel conte l’irrésistible ascension des cigarettiers jurassiens Burrus

Histoire«La saga des Burrus» consacre 327 pages à la dynastie suisse des créateurs de la cigarette «Parisienne» à Boncourt.

Ces messieurs de la famille, tous cavaliers, à Boncourt.

Ces messieurs de la famille, tous cavaliers, à Boncourt. Image: FONDS CHARLES BURRUS / SLATKINE

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Passionné d’archéologie, Philippe Turrel connaît bien le rôle joué dans les années 1930 à Vaison-la-Romaine par Maurice Burrus. Ce riche cigarettier finance alors les fouilles de la cité antique, d’où une pierre portant le nom de Sextus Afranius Burrus a été extraite. De la similitude entre cette dédicace romaine et le nom de l’industriel alsacien est née la «légende dorée des Burrus», selon la formule du biographe de la famille. Turrel précise que rien ne vient prouver cette ascendance, dont l’éclat incertain n’égale pas celui de la réussite industrielle des Burrus de Boncourt.

L’ancêtre commun est François-Joseph Burrus (1805-1879), fils d’immigré alsacien en Suisse, naturalisé en 1872, qui le premier fabrique des cigarettes dans le Jura suisse. Il envoie l’un de ses fils en Alsace devenue allemande pour y pratiquer la même industrie. C’est à cette branche de Sainte-Marie-aux-Mines qu’appartient Maurice le fou d’archéologie et de généalogie.

En un temps où la plupart des hommes fument et les soldats les premiers, la fabrication des cigarettes est une mine d’or. L’un des fils de François-Joseph restés à Boncourt, François, impose la «Parisienne», promise à un grand avenir, et se fait élire député au Grand Conseil bernois et maire de Boncourt. Son neveu Henry lui succède à la mairie, mais celui qu’on appelle «Burrus le Grand» ne s’arrête pas là. Outre un vaste cottage normand sur les hauteurs de Boncourt (aujourd’hui home pour personnes âgées), l’industriel s’offre un château en Sologne. Grâce aux chasses à courre qu’il y organise, Henry Burrus traque le gendre titré pour ses filles. Un duc est débusqué pour l’une d’elles. Les autres seront comtesses.

Au cours du XXe siècle, les femmes fument de plus en plus, augmentant encore la fortune des Burrus. Philippe Turrel s’attache à décrire d’une plume alerte toutes les étapes du développement de la manufacture de Boncourt. Deux guerres passent, la seconde marquée par l’évacuation d’enfants de la ville de Belfort vers Boncourt, grâce à la détermination et au sang-froid de Marie-José Burrus et de son mari français Henri Viellard.

Un acte héroïque dans la tradition des Burrus, connus pour leur générosité et leur paternalisme à l’égard de leurs ouvriers. Une organisation qui commence à dater un peu quand les dirigeants des années 80 prennent conscience que la vente à un géant international s’impose. Après un indispensable lifting, F.J. Burrus devient en 1996 la propriété du groupe Rothmans. Ce sont les 182 années qui ont précédé cette vente que Philippe Turrel nous conte avec brio.

«La saga des Burrus, 1820-1996» par Philippe Turrel, Éditions Slatkine, 327 pages.

(TDG)

Créé: 08.01.2019, 10h30

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