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Philip Roth scrutait l'homme et l'Amérique

L’écrivain de 85 ans est mort le 22 mai à New York d’une insuffisance cardiaque.

Philip Roth laisse une œuvre considérable. Il avait été marié de 1975 à 1994 avec l’actrice britannique Claire Bloom.
Philip Roth laisse une œuvre considérable. Il avait été marié de 1975 à 1994 avec l’actrice britannique Claire Bloom.
Keystone

Avec une vingtaine de titres en rayon chez Payot, Philip Roth fait figure d’incontournable. Décédé mardi 22 mai à l’âge de 85 ans, le géant des lettres américaines est lu et relu depuis plusieurs décennies. À la Bibliothèque de la Cité, ses volumes se pressent sur un présentoir spécialement approvisionné dès la nouvelle de sa disparition. On y trouve «Ma vie d’homme», «Le complot contre l’Amérique», «Quand elle était gentille», «Le Théâtre de Sabbath», «Le rabaissement», «La contrevie» et d’autres œuvres du lauréat du Prix Pulitzer 1997.

De son premier succès éditorial, «Goodbye, Columbus», qui remporta le National Book Award en 1960, à son dernier roman, «Némésis», paru en 2012, ce petit-fils d’immigrés juifs venus de Pologne s’est raconté inlassablement. Dans «Némésis», une fois encore, l’histoire de sa famille transparaît avec évidence.

De son personnage Bucky Cantor, il évoque les origines: «Le grand-père, Sam Cantor, était venu tout seul en Amérique dans les années 1880, petit immigrant originaire d’un village juif de Galicie polonaise. Il avait appris à n’avoir peur de rien dans les rues de Newark, où il s’était fait casser le nez plus d’une fois dans des bagarres avec des bandes antisémites.»

Newark, aujourd’hui l’un des accès aéroportuaires de New York, était une ville inconnue quand Philip Roth y naquit le 19 mars 1933. «Les étés étaient étouffants dans la cuvette de Newark», se souvient-il dans «Némésis». Pas de climatisation, beaucoup de moustiques et la menace récurrente de la poliomyélite (le sujet de son dernier roman) rendaient très pénible la saison chaude. Le quartier de son enfance s’appelait Weequahic. Il était peuplé principalement de familles juives.

Après de bonnes études à Newark et en Pennsylvanie, Philip Roth enseigne la littérature à Chicago et dans l’Iowa. Tenté lui-même par l’écriture, il parvient à en faire son métier après l’immense succès de «Portnoy et son complexe» (en anglais «Portnoy’s Complaint») en 1969. À l’époque, les ventes phénoménales de ce livre tiennent au parfum de scandale exhalé par certaines descriptions à caractère sexuel (c’était il y a cinquante ans!). Aujourd’hui, c’est plutôt la pâte humaine dont il est fait et l’humour qui l’épice qui gagnent de nouveaux lecteurs à ce roman proche du ton et de l’univers de Woody Allen.

Son personnage principal, Alexander Portnoy, né Roth à Weequahic, se confie à son psychanalyste new-yorkais, juif aussi, sur ses années d’adolescence et sur l’éveil de sa sexualité. Le personnage de la mère juive de Portnoy est évoqué ici avec brio par Philip Roth, dont on devine qu’il en savait long sur le sujet. Plus tard, il reviendra sur l’aventure littéraire et médiatique de «Portnoy et son complexe» dans un autre livre, «Zuckerman délivré» (1982), qui évoque les conséquences d’une subite renommée sur la vie de l’auteur d’un best-seller ayant créé la polémique. Roth s’est donc mis en scène une nouvelle fois, sans trop se cacher.

Il ira plus loin, cette fois-ci dans le registre de l’autofiction contemporaine, dont il est resté l’un des maîtres incontestés. «Le complot contre l’Amérique» (2004) a pour narrateur un enfant nommé Philip Roth, qui, de son quartier juif d’une petite ville américaine, commente des événements historiques ayant les apparences de la réalité. À l’aube du conflit de 39-45, le président élu n’est pas Roosevelt mais l’aviateur Lindbergh, connu pour son refus de l’entrée des États-Unis dans la guerre. Une réaction de repli qui s’accompagne d’une poussée d’antisémitisme. Roth «refait l’histoire» selon le principe de l’uchronie, avec un réel bonheur.

Son goût pour le basculement vers l’imaginaire ne l’empêche pas d’écrire aussi son autobiographie, parue en 1988 sous le titre «Les faits: autobiographie d’un romancier». Il y règle au passage ses comptes avec les détracteurs de son œuvre. Les principaux sujets qui la nourrissent – le sexe, l’adultère, la fidélité, l’antisémitisme, la littérature – la rendent passionnante. Pourtant, cité plusieurs fois parmi les lauréats possibles du Prix Nobel de littérature, Philip Roth ne l’aura finalement jamais décroché, à la grande déception de ses millions de lecteurs.

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