La librairie Slatkine tient café aux Chaudronniers

LivresL’institution quasi centenaire vient de se muer en bar littéraire pimpant dans son arcade historique. Visite.

Gérante des lieux, Emilie Ducret pose entre la bibliothèque et le bar, qui offrent aux clients de quoi étancher leurs soifs terrestre et intellectuelle.

Gérante des lieux, Emilie Ducret pose entre la bibliothèque et le bar, qui offrent aux clients de quoi étancher leurs soifs terrestre et intellectuelle. Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

L’auguste vieille dame s’est offert, à 98 ans, un rafraîchissant déridage. Dans la vénérable Librairie Slatkine, les livres ont ménagé une place aux topettes. Depuis le 21 mars, on peut donc y faire la lecture en lampant toutes sortes d’aimables breuvages. L’arcade qu’elle occupe depuis 1918 s’est transfigurée en un confortable café aux lignes épurées, paré de bois clair et de rayonnages lumineux.

«L’idée était de redonner vie à ce lieu où mon arrière-grand-père a lancé l’activité de Slatkine dans le livre, transmise de père en fils depuis lors», raconte Ivan Slatkine, associé dans cette nouvelle aventure avec son frère Michel-Igor et Emilie Ducret, à laquelle on doit notamment, à la rue de l’Ecole-de-Médecine, l’heureuse métamorphose du Café Sud en Le Bout d’la Rue.

Car depuis quelques années, la librairie de la rue des Chaudronniers vivotait. «On s’est posé la question de vendre l’arcade, poursuit l’éditeur. Finalement, le concept de café littéraire s’est imposé. Mon père, qui gérait la librairie à 80 ans passés, a eu un petit pincement au cœur. Mais au moins, on pourra parler, dans deux ans, d’un siècle de Slatkine aux Chaudronniers!»

Opus, tisane ou bière

Si l’espace possède dorénavant tous les atours d’un estaminet, il n’abdique pas pour autant sa fonction de librairie. Dans la première salle, pourvue d’un long bar, une sélection éclectique d’ouvrages neufs, édités par la maison Slatkine ou ailleurs, est proposée à l’achat. «La surface n’étant pas très grande, on peut bien sûr commander toute œuvre qui n’apparaîtrait pas en rayon», souligne Emilie Ducret. Libre au papivore d’asseoir son choix en feuilletant les opus à la lumière d’une des lampes de style Tiffany disposées sur les tables, commodément installé devant une tisane ou une bière.

Une seconde salle, située à l’arrière, offre un assortiment de livres d’occasion qu’il est possible d’acheter, bien sûr, mais aussi de consulter sur place ou même d’échanger. «Si un vieux bouquin s’empoussière dans votre bibliothèque, vous pouvez l’amener et en emporter un d’ici», précise la pétillante gérante, qui s’avoue étonnée de la si bonne marche de la partie littéraire du nouveau commerce. «On vend des livres, c’est une surprise», déclare-t-elle ravie.

Du lundi au samedi, de l’aube jusqu’à tard dans la nuit, le Café Slatkine octroie ainsi aux bibliophages le loisir de bouquiner tout leur soûl en buvant un verre, rejoignant dans ce principe des établissements comme Les Recyclables, à la rue de Carouge, ou Livresse, à la rue Vignier. Les autres chalands viendront pour y travailler (wi-fi gratuit), lire la presse – une dizaine de titres sont quotidiennement mis à leur disposition –, siroter un godet ou grignoter une gourmandise.

Car la carte a également de charmants attraits. Jus de gingembre artisanal et thés Mariages Frères y coudoient alcools rares et cocktails originaux; viennoiseries, sandwiches ou planchettes apéro garnies de produits locaux accompagnent les boissons selon l’heure du jour. Mais de plat du jour ou d’assiettes chaudes, point. «Il y a à boire et à picorer mais il ne s’agit pas d’un restaurant», avertit Ivan Slatkine. Les trois associés entendent en effet conserver aux lieux une vocation essentiellement culturelle. Rencontres littéraires, séances de dédicaces, vernissages de livres ou expositions viendront enrichir le programme durant les prochains mois.

Clientèle réjouie et élégantes

Ouvert il y a trois semaines tout juste, le Café Slatkine capte déjà une clientèle réjouie et quelques éminents représentants du microcosme politico-culturel de la Vieille-Ville. Le soir de notre visite, un groupe d’élégantes s’enthousiasme, autour d’une bouteille de blanc, de la convivialité et de l’agrément du lieu: «La patronne est charmante, le vin délicieux, on reviendra!» «L’une d’elles est ma marraine, ce n’est pas très objectif», rétorque Emilie dans un sourire.

Plus loin, on repère l’auteur et journaliste André Klopmann, en grande conversation, qu’on ne pourrait soupçonner de partialité. «C’est la première fois que je viens et je trouve très réussi, même si de l’extérieur, on ne devine pas assez la vie qui y règne, réagit celui qui est aussi proche collaborateur du président du Conseil d’Etat François Longchamp. Je prévois de fixer ici tous mes rendez-vous relatifs à mon prochain livre. Normal, vous me direz, Slatkine édite la moitié de mes bouquins!» A une table voisine, l’ancienne conseillère municipale Fabienne Aubry-Conne adoube elle aussi le dernier-né des troquets du quartier: «J’aime ce concept librairie bar. C’est un bel endroit. Bon, il est tout neuf et il faut qu’il se patine un peu.»

Avoir revêtu la tradition d’une mise contemporaine semble donc être un pari concluant pour l’équipe du Café Slatkine. Et gageons qu’au fil du temps, une foule toujours plus nombreuse poussera la porte ornée d’une licorne dorée, emblème de la maison, pour s’abreuver l’âme et le gosier.

Café Slatkine – bar littéraire 5, rue des Chaudronniers, du lundi au vendredi de 7 h à minuit (2 h jeudi et vendredi), samedi 10 h-2 h. (TDG)

Créé: 08.04.2016, 17h18

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Amherd, première femme à la tête de l'armée suisse
Plus...