Jean-Paul Dubois, désabusé, adoré

Littérature Nommé au Goncourt, l’écrivain français livre «La succession», son 21e roman. Rencontre à Paris avec un auteur à succès.

Jean-Paul Dubois, écrivain installé à Toulouse, rempile avec «La succession» son 21e roman.

Jean-Paul Dubois, écrivain installé à Toulouse, rempile avec «La succession» son 21e roman. Image: Pierre Andrieu

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Cinq ans que ses fans l’attendaient, ce nouveau roman. Pas étonnant donc qu’il se soit très vite glissé à la troisième place dans la liste des best-sellers, avec plus de 60 000 exemplaires vendus. Et pourtant, on ne peut pas reprocher à Jean-Paul Dubois d’abuser de la corde sentimentale, de caresser ses lecteurs dans le sens du poil (même s’il y a toujours des chiens qui trottinent dans ses pages) ni de coller à la mode de ces «feel good books» qui vous métamorphosent en maître de sérénité. Le thème de La succession est «une histoire d’impossibilité, d’incapacité à vivre», résume Jean-Paul Dubois.

Il y a des morts, du désespoir, de l’amour, beaucoup d’amitié, de l’humour aussi ou plutôt un certain détachement face à la fatalité… Et tout le monde adore ce roman sombre éclairé de fragments de bonheur, à l’image de la vie de son narrateur, qui se prénomme sans surprise Paul, comme dans chacun de ses livres: «C’est la moitié de mon prénom que j’aime, une voix off qui s’impose lorsque j’écris et qui signifie aussi que j’adhère à l’histoire de ce type, le même dans tous mes romans, à sa conception de la vie. Je ne pourrais pas écrire à la première personne s’il s’agissait d’un mec qui me débecte.»

Big-bang littéraire

Jean-Paul Dubois vit à Toulouse, et passe ses journées à «ne rien faire, à réparer des trucs qui ne marchent pas, à profiter des gens que j’aime. La vie privée prime tout». Venir à Paris, pour lui, c’est le moins souvent et le plus rapidement possible. Il accepte quelques interviews, une ou deux séances de signatures, pour faire plaisir à son éditeur suppose-t-on. Et après basta, rideau, retour dans la Ville rose.

Au fil des années, il accumule «de la joie, de la tristesse, du bonheur, des choses qui datent de vingt ans, ou de mon enfance, tout est là. Et puis un jour, il y a une espèce de big bang et un livre naît de l’âge sombre.» Cela se passe toujours un 1er mars, et il met toujours le point final un mois plus tard. «Cette habitude date de l’époque où je travaillais pour le Nouvel Observateur. Je prenais un mois, juste après mon anniversaire, en février, et avant que ne commencent le printemps et l’envie de jardiner… J’ai gardé ce rythme. Et lorsque j’écris, c’est de 10 h à 4 h du matin; je dors avec mon livre, je fais du vélo avec mon livre. Ce travail intense me permet d’avoir l’esprit clair, de ne pas me laisser distraire par autre chose que mon histoire.»

Désacraliser l’écriture

La succession est né d’une «envie de raconter quelque chose d’inexorable». Dans la famille de Paul, tout le monde se suicide. «Comme s’ils souffraient d’un défaut de batterie. A l’origine de ce livre, il y avait des mots comme inquiétude, peur… Et puis, peu à peu, s’est imposé le mot succession.» Dans cet héritage qui échoit à Paul, il y a une maison, un métier (la médecine), mais aussi cette attirance pour la mort.

Son écriture, à la fois sobre et inventive, Jean-Paul Dubois la désacralise: pour lui, écrire est un métier comme un autre, en moins fatiguant. «J’ai passé ma vie à me lever quand je n’avais plus sommeil. J’ai eu beaucoup de chance. Je suis né à un moment où on pouvait se permettre ce genre de fantaisie. Les rapports sociaux étaient différents et si on donnait sa démission, on retrouvait un boulot tout de suite… L’écriture, comme le reste, ça s’exerce.»

Sacré Jean-Paul Dubois, on n’arrivera pas à le surprendre en délit de fierté, de vantardise, d’autosatisfaction… C’est en cela qu’il ressemble à son personnage, Paul, que rien ne rend plus heureux au monde qu’une partie de pelote basque.

(TDG)

Créé: 08.09.2016, 18h49

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Quatre ans de bonheur absolu, pas plus, voici ce qu’aura vécu Paul Katrakilis, le héros du roman de Jean-Paul Dubois. Quatre années pleines de légèreté et d’insouciance passées à Miami, loin de Toulouse et surtout de cette famille dans laquelle le malheur s’attrape comme une maladie contagieuse: le grand-père, la mère et l’oncle se sont suicidés. Quant au père, médecin, il semble souffrir d’un certain déficit de sentiments: le soir de la mort de sa femme, il s’attablait comme si de rien n’était.

Mais alors que Paul a donc refait sa vie en Floride (médecin également, il n’a jamais pratiqué et a préféré devenir «pelotari»), il apprend que son père a décidé lui aussi de mettre fin à ses jours. Au moment où sa voiture atteignait les 77,777 kilomètres, il sautait d’un immeuble en s’entourant le visage de scotch pour des raisons qui ne peuvent que rester à l’état de suppositions.

Résumé comme cela, le livre semble épouvantablement noir, et pourtant, la présence du héros, son charme, cette difficulté à vivre désarmante le rendent terriblement attachant.



P.F.


«La succession» de Jean Paul Dubois, Ed L’Olivier, 234 p.

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