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La guerre vue de Suisse: deux livres se répondent

Daniel Monnat, dans un roman, et les «Carnets» de Gérard Bauër nous plongent il y a 80 ans.

La brasserie Landolt par le studio Boissonnas, telle que l’ont connue les Genevois à l’époque du roman de Daniel Monnat, dont elle est un des décors.
La brasserie Landolt par le studio Boissonnas, telle que l’ont connue les Genevois à l’époque du roman de Daniel Monnat, dont elle est un des décors.
BIBLIOTHÈQUE DE GENÈVE

Ces deux livres ont paru cet hiver, ils parlent de la même époque et chacun d’eux a un lien avec la Suisse. Ce sont «La faute», roman de Daniel Monnat publié par Slatkine, et «Carnets d’un voyageur traqué», de Gérard Bauër, sorti chez Georg Éditeur. Deux plongées passionnantes dans les années de guerre, l’une à travers une fiction très bien documentée, l’autre au fil des impressions notées de 1942 à 1944 par un brillant journaliste français réfugié en Suisse romande.

Né en 1888, fils d’un critique littéraire et musical parisien, le jeune Gérard Bauër suit l’exemple paternel en devenant un maître de la chronique, d’abord à «L’Écho de Paris» puis au «Figaro». Les persécutions antisémites le poussent à s’installer en 1941 en Suisse, où la famille de sa femme réside. À Lausanne et en Valais, ce qui explique le dépôt de ses carnets à la Bourgeoisie de Sion, et les efforts déployés par le Sédunois Pierre-François Mettan pour préfacer, annoter et faire publier à Genève ce précieux document.

Avant même de se réfugier en Suisse, Bauër envoie de Paris des articles à «La Tribune de Genève», à la demande de Gaston Bridel, alors rédacteur en chef. En 1943, le pigiste écrit dans ses «Carnets» que la rédaction lui a demandé de ne plus traiter de politique, après un article dithyrambique sur le général de Gaulle. Cette remarque donne une idée du degré de prudence helvétique qui s’imposait encore à ce moment-là.

Un climat que l’on retrouve dans «La faute» de Daniel Monnat. Dans ce véritable roman d’aventures, la crainte du gouvernement suisse de déplaire au puissant voisin nazi ressort nettement. Les sympathies allemandes de certains confédérés aussi. Michel, le héros du roman, croise le colonel Eugen Bircher et l’ambassadeur Hans Frölicher, tous les deux à l’origine de l’envoi en 1941 sur le front de l’Est d’une délégation sanitaire suisse portant l’insigne de la Croix-Rouge. Jeune futur médecin genevois, Michel découvre à Smolensk que ses collègues et lui ne sont là que pour prêter assistance à l’armée allemande, au détriment des blessés russes laissés à eux-mêmes.

Cet épisode peu reluisant est habilement intégré par Daniel Monnat, longtemps journaliste à la RSR puis à la TSR, dans l’intrigue captivante de son roman. On suit avec curiosité et non sans appréhension le voyage de Michel de Berne à Smolensk et de Smolensk à Minsk, à la recherche d’un couple de Juifs déportés et de leur petite fille Sarah. Poussé aux pires audaces par la culpabilité qu’il a conçue à leur égard, le jeune homme frôle la mort à plusieurs reprises et assiste aux pires exactions.

Cette partie du roman contraste avec la première, quand Michel commet à Genève la faute qui a donné son titre au livre. Une insouciance de façade caractérise la calme existence de la société genevoise. Très intelligemment, l’auteur suggère les différents courants de pensée qui se côtoient aux tables de la brasserie Landolt, avec dans chaque camp les mêmes risques de lâcheté, de bassesse ou d’indifférence.

Les «Carnets d’un voyageur traqué» parlent du même univers à la même époque. Les lire est comme une prolongation du roman de Daniel Monnat. Pour preuve, ces lignes rédigées par Gérard Bauër le 1er octobre 1942: «Des Juifs se présentent aux frontières de Suisse, sont refoulés, passent par les petits chemins et parviennent parfois à entrer dans un état de misère et d’hébétement qui fendent l’âme.»

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«Carnets d’un voyageur traqué (1942-1944)» Gérard Bauër, Georg Éditeur, 407 p.

«La faute» Daniel Monnat, Slatkine, 314 p.

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