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Garcia Lorca, poète en scène

L’auteur espagnol est évoqué dans ses œuvres théâtrales à Montricher.

Le poète en 1932 dans la demeure familiale de Grenade, devant l’affiche de sa troupe itinérante La Barraca, en bleu de travail, république espagnole oblige.
Le poète en 1932 dans la demeure familiale de Grenade, devant l’affiche de sa troupe itinérante La Barraca, en bleu de travail, république espagnole oblige.

«Le théâtre est la poésie qui sort du livre et se fait humaine», déclarait Federico Garcia Lorca dans une interview de 1936, année de son assassinat par des phalangistes dans les environs de sa ville de Grenade. Jusqu’à la fin de l’été, la Fondation Jan Michalski pour l’écriture et la littérature de Montricher propose une exposition qui se concentre sur l’activité théâtrale de l’auteur espagnol, que ce soit en tant que directeur de troupe ou en tant que dramaturge.

La présentation ne pêche pas par didactisme et mieux vaut se préparer avec quelques lectures – le fascicule distribué à l’entrée est indispensable – avant de parcourir une salle où dessins du poète, affiches de ses pièces et photographies d’époque sont rythmés par des citations fortes de «l’Andalou professionnel», comme l’avait raillé son ami Buñuel. Mais l’initiative a l’avantage de remettre en lumière un pan très important de son œuvre, souvent éclipsé par sa production poétique où brillent ses recueils Romancero gitan et Poète à New York.

Dès son âge le plus tendre, Federico Garcia Lorca (1898-1936) se passionne pour le théâtre de marionnettes et organise des séances dans la demeure familiale. Cette tradition populaire à l’expressivité vive, qu’il poursuit jusque dans les années 1920, marque un artiste soucieux de s’adresser à tous, en s’appuyant sur des héritages anciens, comme il l’a opéré en revivifiant le genre du romance médiéval.

En 1931, cette même générosité l’amène à diriger la troupe de théâtre itinérante La Barraca qui, dans le contexte de la toute jeune république espagnole, porte avec idéalisme les classiques du répertoire dans les plus petites localités du pays, improvisant des tréteaux sur des places de village.

Le sang du tragique

Ses premières tentatives scéniques furent pourtant malheureuses. Sa pièce Le maléfice de la phalène, contant l’amour impossible d’un cafard pour un papillon (!), ne rencontre que l’incompréhension à Madrid en 1920.

Par la suite, l’écrivain du groupe littéraire Génération de 27 abandonnera certaines de ses complications avant-gardistes pour affûter sa lame dramaturgique, délivrant des chefs-d’œuvre tels que les pièces qui composent une trilogie rurale: Noces de sang, Yerma et La maison de Bernarda Alba. Tout comme sa poésie puise dans un passé immémorial pour éclairer un présent dont il espère ainsi réactiver la teneur mythique, son écriture théâtrale réinvente des figures tragiques.

«Le théâtre est une école de larmes et de rire, une tribune libre où l’on peut défendre des morales anciennes ou équivoques et dégager, au moyen d’exemples vivants, les lois éternelles du cœur et des sentiments de l’homme», écrit-il dans la Causerie sur le théâtre de 1935.

Mais, dans l’engagement social qu’il libère, dans la fibre politique qu’il nourrit, le théâtre lui ouvre des perspectives moins chiffrées, plus directes, plus proche de l’action immédiate et Garcia Lorca ne tarde pas à opposer le «théâtre à l’air libre», bourgeois et conformiste, au «théâtre sous le sable», plus intime et occulte, parlant aux motifs sous-jacents de l’homme.

Sa mort prématurée fera hoqueter sa destinée de dramaturge. Certaines de ses pièces ne connaîtront qu’une fortune posthume. Ce sera le cas de La maison de Bernarda Alba qui devra attendre la fin de la guerre, mais surtout de ses dernières pièces, aux positions les plus avancées, qui cherchaient déjà à abattre le fameux quatrième mur, ce confort de la représentation: Le public et Sans titre. Dans cette dernière, il questionnait: «Mais comment apporter l’odeur de la mer dans une salle de théâtre, comment inonder l’orchestre d’étoiles?»

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