Passer au contenu principal

Frédéric Lamoth explore la Riviera en temps de guerre

L'auteur vaudois conte des tranches de vie dans un climat à la fois paisible et angoissant.

Photo d’un concert de chambre dans les années 40.
Photo d’un concert de chambre dans les années 40.
FONDS VICTOR DESARZENS

«Le cristal de nos nuits» est un beau titre. L’auteur vaudois Frédéric Lamoth l’a donné à un livre qualifié de «Mémoires». Ce ne sont pas les siens, évidemment, car ce natif de Vevey est quadragénaire. Ce sont ceux d’une demi-douzaine de personnages de son invention dont chacun raconte une tranche de vie située sur la Riviera vaudoise avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Des nouvelles, en quelque sorte, qui baignent toutes dans le même climat à la fois paisible et angoissant. Paisible comme peut l’être le bout du lac. Angoissant car le contexte international des années 30 et 40 est ce qu’il est, même en Suisse.

En préambule, le romancier pose le décor et son atmosphère en quelques extraits de la presse suisse romande de 1939 à 1944. Il y est question d’envahisseurs annoncés sur le lac (les oiseaux d’hiver!), de rations de chocolat, du coup de feu mortel tiré par un douanier sur un Savoyard «qui faisait passer l’eau à des Israélites» à Allaman, d’une fête champêtre avec un concours de tir militaire, de l’absence de piano dans le refuge nyonnais de l’Asile suisse des vieillards de Paris… Des nouvelles où le révoltant le dispute à l’anodin, juste miroir d’une époque troublée en pays neutre. Les récits mémoriels qui suivent doivent une bonne part de leur intérêt à ce climat très spécial, rendu avec délicatesse par la langue simple et élégante de Frédéric Lamoth.

Un goût du mystère

«Le cristal de nos nuits» fait référence à celle du 9 au 10novembre 1938, où les Juifs du IIIe Reich virent les vitrines de leurs magasins réduites en éclats et leurs synagogues livrées aux flammes. Un pogrom décisif qui demeure en très pâle mais néanmoins présent filigrane, derrière les intéressantes fictions de l'écrivain. La première débute bien plus tard, en juillet 1945, avant de renvoyer le lecteur en 1932, à la suite des souvenirs d'un narrateur qui était pianiste de bar au Montreux Palace cet été-là. Une jeune femme sert les clients, le pianiste la regarde, il lui plaît. Un Allemand de passage l'a remarquée aussi, apprendra-t-on plus tard. Le pianiste est timide, mais pas l'étranger. La guerre va passer sur eux jusqu'au jour où...

Une histoire évoquée avec un peu plus de détails que chez Modiano, mais avec un goût du mystère qui n'est pas sans rappeler l'univers du Prix Nobel français. Chez Lamoth, le plus souvent, les gens n'ont qu'un prénom, mais d'autres indices lâchés de-ci de-là permettent de se faire d'eux une idée assez précise. L'art du conteur est là. Peu de pages suffisent pour nous intéresser au guet de deux vigies suisses en faction en haut du col du Simplon pendant l'hiver 1943-1944, ou à la rencontre d'un aviateur américain interné au Davos Palace et d'une Irene qui lui offre sa virginité sous la croix gammée du consulat allemand, dérobée et cachée là. Un plus long récit met en scène des musiciens, parmi lesquels le grand chef d'orchestre berlinois Wilhelm Furtwängler, qui vécut à Clarens de 1944 à 1947. «Si ce récit met en scène des personnages ayant existé, leurs relations et leurs interactions avec les protagonistes de cette histoire sont purement fictives», prévient l'éditeur.

----------

«Le cristal de nos nuits»

Frédéric Lamoth, Bernard Campiche Éditeur, 135 p.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.