«Je suis en éternel chantier»

PsychoStar de la psychiatrie restée modeste, Christophe André publie «Le temps de méditer». Interview.

Le psychiatre français anime sur France Inter une émission qui porte le même nom que son dernier ouvrage.

Le psychiatre français anime sur France Inter une émission qui porte le même nom que son dernier ouvrage. Image: André Roudeix

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Ses best-sellers en solo ou avec ses amis de sagesse, le moine Matthieu Ricard et le philosophe Alexandre Jollien, tirent autour du demi-million d’exemplaires. Mais Christophe André, sexagénaire bonhomme, continue à exercer à l’Hôpital Sainte-Anne à Paris. Son dernier manuel, «Le temps de méditer», s’adresse aux néophytes avec une simplicité franche et désarmante. Consultation avec ce franc-tireur du monde médical.

Qui êtes-vous, un psy superstar ou un moine soldat de la psychiatrie?

Toutes ces images que je véhicule, sans même prendre la pose, sont trompeuses. Je me perçois comme un humain ordinaire. D’ailleurs, je passe mon temps à rappeler que cette sagesse que je dégage résulte d’un travail au quotidien. Le bonheur, c’est du boulot! Avec, dans mon cas, le souci de transmettre, d’encourager l’espoir. De ce point de vue, la notoriété, c’est un outil formidable.

Avec cette contradiction de décrier les écrans tout en les utilisant.

Nous sommes sur la ligne de crête du bon usage. Les écrans informent sans aller en bibliothèque. Mais l’abus tourne vite à l’addiction. D’autre part, j’ai bien compris que les ados, jeunes adultes, entrent en contact avec mon travail par ce biais (ndlr: jusqu’à un million de clics pour ses pastilles sur France Inter). Puis, ils enchaînent peut-être sur les livres.

Vous ferrez aussi le lecteur par votre goût des citations. Stratégie?

J’en truffe mes textes depuis 1995 et «La peur des hommes». En fait, je suis tombé dans la filière scientifique parce que j’étais bon élève, du genre à étudier pour rassurer mes parents, et moi aussi si j’étais convoqué au tableau. Mais la littérature m’a toujours habité. J’ai même compris que les premiers psys, dès le XIXe siècle, c’étaient les poètes, philosophes, littérateurs. Je cite souvent Freud: «Partout où je suis allé, un poète était passé avant moi.» Trouver des vécus identiques au sien sous ces grandes plumes, c’est éclairant. Déjà pour se sentir moins seul.

Mais vous ajoutez que le bonheur, c’est aussi beaucoup de boulot.

Et tant pis si la notion d’ascète fait rabat-joie. Le bonheur ne s’acquiert pas de la même façon pour tous – à l’évidence, ça aide de grandir sans violence ni carence, biberonné à l’épanouissement. Pour rétablir la parité dans leur vie, les perdants, au départ, sont obligés de passer par l’effort.

Une sagesse venue en 1985, quand la mort d’un ami bouleverse votre vie?

Sans en vanter les mérites, l’adversité peut enrichir. J’ai vu des phobiques souffrant de timidité maladive qui, guéris, étaient plus à l’aise en société que des personnes insensibles au tract. Capables d’agir désormais, ils savaient aussi détecter les inhibitions chez les autres.

Que répondez-vous à votre ami Comte-Sponville qui vous reproche d’obéir à la dictature du bonheur?

Ma fuite du tragique… Mais moi qui reçois des gens cabossés de malheur, je ne me vois pas leur expliquer qu’ils doivent s’accommoder du tragique de la vie! Je les réconforte, et seulement alors je tente de leur expliquer le «savoir-souffrir». Mais André a raison dans sa manière d’envisager l’existence dans sa complexité.

Vous remettez-vous toujours en cause?

Je suis en éternel chantier. Chance ou malchance, j’ai toujours tendance à penser que l’autre a raison, à dire «merde, est-ce que j’ai foiré?». Je reste rarement imperméable aux critiques, question d’éducation, de confiance en moi. Du coup, je suis dans un travail de maintenance permanent!

C’est quoi d’ailleurs, cette nouvelle diététique que vous prônez?

C’est typique, ce changement. Et pas simple pour moi qui viens du Sud-Ouest. J’ai été élevé au rugby, corrida et foie gras, ma Sainte Trinité! J’ai appris à renoncer à ces petits plaisirs, notamment de viande qui, au fond, ne me semblaient pas fondamentaux. Les vieux copains peuvent me faire la gueule, tant pis. Plus coûteux par exemple me semble l’effort de cohabiter avec toute la tribu familiale en vacances, si bruyante quand ça couche par terre au salon, à supporter des invités casse-pieds et autres grincheux, à s’ajuster à des êtres que, spontanément, je fuirais. Ça m’interpelle d’ailleurs, cette incapacité à passer outre des jugements sociaux.

Le gourou du bonheur éprouverait-il de la culpabilité?

C’est quand même du ressort de la condition humaine d’avoir cette caractéristique mentale de réfléchir, remettre en question ce qui est de l’ordre du Bien et du Mal. Et même si, dans ma position, je me sens très responsable de ne pas mentir à ceux qui me suivent.

Créé: 25.08.2019, 14h23

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Info

«Le temps de méditer»
Christophe André
Éd. L’iconoclaste/France Inter, 261 p.

Christophe André en dates

1956
Naît à Montpellier, fan de rugby.

1972
Fac de médecine, révélation avec Freud, études de psychiatrie.

1985
Retraite en monastère suite à la mort de son meilleur ami.

1992
Entre à l’Hôpital Sainte-Anne, Paris, où il exerce encore.

1993
Une fille, deux autres en 1995 et en 1998.

1996
«Comment gérer les personnalités difficiles».

1999
«L’estime de soi» (Éd. Odile Jacob).

2000
Se lie avec Matthieu Ricard, moine depuis 40 ans au Tibet; rapproche bouddhisme et neurosciences; «La peur des autres».

2006
Premier médecin à introduire la pratique de la méditation à l’hôpital.

2009
«Les états d’âme».

2011
«Méditer jour après jour»; «Secrets de psy».

2016
«Trois amis en quête de sagesse» avec Matthieu Ricard et Alexandre Jollien, triomphe; cancer du poumon.

2017
«3 minutes à méditer», pastille sur France Inter.

2018
«La vie intérieure».

2019
«À nous la liberté!» avec M. Ricard et A. Jollien.

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