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Emmanuel Macron, ce personnage de roman

L'écrivain Philippe Besson a suivi le politicien tout au long de sa campagne présidentielle. Il raconte.

Emmanuel Macron lors du meeting du 10 décembre 2016 à Paris, le romancier Philippe Besson debout à ses côtés.
Emmanuel Macron lors du meeting du 10 décembre 2016 à Paris, le romancier Philippe Besson debout à ses côtés.
Soazig de la Moissonniere

Depuis deux jours, l’écrivain Philippe Besson est pris dans un tourbillon et enchaîne les émissions de radio et télévision. La cause de cette frénésie? Un personnage de roman, son livre sur la campagne d’Emmanuel Macron qu’il a suivie au jour le jour et qui était sous embargo jusqu’à avant-hier, jeudi. Il y raconte comment ce qui avait débuté comme un échec probable s’est transformé en incontestable victoire, et nous détaille la genèse de cette aventure qui se dévore, bien sûr, comme un roman.

Comment avez-vous rencontré Emmanuel Macron?

A un dîner, chez des amis communs, alors qu’il était encore ministre. Il y avait une dizaine de personnes invitées et j’ai d’abord discuté avec sa femme, Brigitte. Evidemment, notre conversation a porté sur la littérature et les mérites comparés de Stendhal et de Flaubert. Puis est arrivé Emmanuel Macron. Au fil de la soirée, ce qui m’a frappé, c’est d’abord la relation qu’il entretenait avec sa femme. Il y a tellement d’hommes politiques qui ignorent leurs épouses. C’était un couple que l’on sentait totalement égalitaire. Son intelligence m’a également impressionné. Il va vite, il a déjà la réponse à la question que vous ne lui avez pas encore posée! Et, enfin, comme beaucoup d’hommes politiques, il vous fait croire, lorsqu’il vous parle, que vous êtes la personne la plus importante du monde. A la fin de la soirée, Brigitte et Emmanuel m’ont dit que nous allions nous revoir. J’ai pensé que c’était une parole en l’air, mais ils m’ont rappelé quelques jours plus tard et une complicité, une amitié sont nées.

Ils doivent être très entourés. Alors pourquoi vous? L’avez-vous compris?

Je pense qu’ils éprouvent une sympathie naturelle envers les écrivains. Et que mon rapport distancié et malicieux avec la politique et le pouvoir, mon côté persifleur leur ont plu, eux qui sont habitués à la courtisanerie et à la flagornerie.

Lorsque Emmanuel M., comme vous l’appelez, s’est lancé dans la campagne, avez-vous tout de suite imaginé que cela pourrait devenir un livre?

Je n’imaginais surtout pas qu’il puisse devenir président! Il fallait être lucide: en France, on n’avait jamais vu un président de 38 ans et qui, de plus, ne soit pas issu de l’un des deux grands partis. Mais le 30 août 2016, il démissionne de Bercy, et je vois le type partir à l’abordage. Je me dis que c’est une matière littéraire improbable, que je n’ai jamais participé à une campagne électorale et que cela doit être amusant.

Vous étiez bien conscient que vous écriviez peut-être un livre qui ne serait jamais publié…

Evidemment, le projet n’avait de sens que s’il gagnait et il y avait donc beaucoup de chance que mes cahiers terminent à la poubelle. Mais la conviction de n’être jamais publié m’a procuré aussi une grande liberté. Je lui ai proposé d’écrire le livre de sa campagne et il m’a dit oui. Je lui ai dit: «Tu as bien conscience que tu m’auras tout le temps dans les pattes. Et que tu n’auras aucun droit de correction, aucun droit de relecture?» Il m’a donné son accord.

Alors comment vit-on une campagne de l’intérieur?

On finit par être embarqué dans l’aventure.

Difficile, donc, de rester objectif.

Mais je n’ai jamais cherché à l’être. Au contraire, je me suis fait une obligation de subjectivité, de ressentir de l’empathie, de la colère, de donner mon opinion. D’ailleurs, le récit est écrit à la première personne. Je voulais qu’il y ait une sensibilité, une patte humaine. Je l’ai envisagé comme un roman, mais surtout comme un récit d’aventure doublé d’un portrait intime.

Et le rôle de Brigitte dans votre projet? On la sent très complice.

Elle l’a été. Et c’est aussi une véritable héroïne de roman. Il y a une matière incroyable sur lui, sur eux, sur leur couple. Ils sont très différents, il est impassible, doté d’un grand sang-froid. Elle, au contraire, est toute en fragilité, pleine d’inquiétude et d’enthousiasme à la fois. Elle est très touchante. Elle l’a incontestablement aidé à gagner. Le destin de cette bourgeoise de province dont l’avenir était écrit et qui, à 40 ans, tombe sous le charme d’un homme de 16 ans et bouleverse sa vie, a conquis beaucoup de femmes qui n’auraient peut-être pas voté pour Emmanuel Macron autrement. Elle est son socle. Dans les meetings, il regarde toujours où elle se trouve. C’est sa seule zone de fragilité, et les attaques à sa femme et à sa famille les seules choses qui peuvent lui faire perdre son calme.

Tous deux n’ont cependant pas été ménagés par les attaques pendant cette campagne. Je pense notamment aux rumeurs d’homosexualité et à sa prétendue liaison avec le PDG de Radio France…

…Qu’il a vu deux fois dans sa vie! C’est fou. Tous les journaux, même les plus sérieux, ont relayé ce mensonge, qui était quand même d’une incroyable misogynie. Comme si un homme qui vivait avec une femme plus âgée ne pouvait être qu’homosexuel. On n’a d’ailleurs pas beaucoup entendu les féministes à ce moment-là. Il a décidé de démentir la rumeur, car il a compris que ça blessait Brigitte. Autrement, je pense qu’il l’aurait simplement ignorée.

Cette campagne a été une succession de coups de théâtre. Et de coups de chance pour Emmanuel Macron aussi. Du pain bénit pour un écrivain!

Effectivement, rien ne s’est passé comme prévu. Que Juppé perde les primaires, que Valls soit balayé, que Hollande ne se représente pas, que Fillon soit embarqué dans les affaires. Et lui a traversé ça avec une forme de lucidité. Il se trompe assez peu sur les gens.

Quand avez-vous compris que votre livre serait bel et bien publié?

Vers la mi-février. L’élection semblait dorénavant imperdable. A part les Macron, seuls mes deux éditeurs étaient au courant de mon projet. Pour eux aussi c’était un pari, ils m’avaient payé tous mes déplacements sans savoir s’il y aurait un manuscrit au bout. Lorsqu’il a été élu, j’ai repris mes notes pour les transformer en un texte cohérent. Je voulais raconter une épiphanie, une consécration. Mais j’avais aussi l’ambition que ce soit un objet littéraire, je désirais l’inscrire dans l’histoire des rapports entre la politique et la littérature tout en me demandant s’il était un personnage de roman ou pas.

L’est-il?

Il ne se vit pas comme tel, mais, oui, il en est un. Ce qu’il a vécu dépasse l’entendement, c’est vraiment un type embarqué dans le vent de l’Histoire.

A-t-il lu votre livre?

Je lui ai envoyé le jeu d’épreuves il y a quinze jours. On s’est vu pour en parler et il m’a dit, simplement: «C’est le témoignage d’une amitié sans complaisance et sans compromission.» Ça m’a beaucoup plu.

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