Cortanze se glisse dans la peau des yé-yé

Arts et scènesSon nouveau roman, «Laisse tomber les filles», raconte cinquante ans d’histoire de France.

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C’est le grand roman de la génération yé-yé. Laisse tomber les filles, titre calqué sur une des premières chansons de France Gall, raconte la destinée de quatre jeunes – trois garçons, une fille – dans cette France des années 60, qui s’échelonne globalement du concert de la place de la Nation en 1963 à la révolution estudiantine de 1968. Sauf que l’infatigable Gérard de Cortanze prolonge l’exercice et imagine leur destin au-delà de cette date limite, c’est-à-dire jusqu’en 2015.

L’écriture de ce roman a nécessité pas mal de recherches, j’imagine?

Je fais de toute façon toujours précéder l’écriture d’un travail de recherche. Que le roman se situe dans l’Italie du XIXe siècle ou dans la Venise du XVIe. Ensuite, j’écris très vite, en trois ou quatre mois. Mais j’ai consommé au préalable des tonnes de documents. C’est un moment merveilleux. Consulter les journaux de l’époque, me balader sur le site de l’INA. C’est ainsi que le livre s’écrit dans ma tête. Tel ou tel événement déclenche une phrase. Mais je n’aime pas quand l’écrivain sait à l’avance ce qui va se passer.

Pour «Laisse tomber les filles», le gros du travail a été fait sur les interprètes et leurs chansons. Et pas seulement les plus connus. Vous citez Gélou, Claudine Coppin, Michel Laurent ou Danny Boy…

Chaque personnage aime un type de musique. Ne parler que des grandes stars serait réducteur. Donc schématique. Le but était aussi de donner une image assez juste de la société française. Puis de raconter cinquante ans d’histoire de France. Les grands faits historiques devaient y figurer: Mai 68, la chute du mur de Berlin notamment.

Pourquoi votre roman porte-t-il un titre de chanson?

Il y a plusieurs réponses. En Amérique du Sud, les chanteurs de tango affirment que les chansons disent toujours la vérité. Tous mes copains évoque la guerre d’Algérie. Dans Tu peins, il y a un arrière-plan guerrier. Au départ, mon titre de travail était Yé-yé. C’était un peu facile. Laisse tomber les filles a été écrite par Gainsbourg et correspond bien aux préoccupations de mes personnages.

Vous n’évoquez en revanche aucune vedette décédée. Sauf Ria Bartok, qui est hélas aujourd’hui bien oubliée.

Cela souligne le côté subjectif du livre, qui se décline comme une sorte de dictionnaire amoureux. Et puis le destin de Ria Bartok est quand même très bizarre. Ce décès dans sa chambre d’hôtel, suite à un incendie qu’elle aurait provoqué en fumant une cigarette…

Cette histoire, dans laquelle trois garçons tombent amoureux de la même fille, fait bien sûr penser à une sorte de «Jules et Jim» à quatre.

Oui, la référence est même volontaire. Le lecteur la reconnaîtra aisément. Mais des références, il en trouvera d’autres dans ce livre. À Giono, comme dans tous mes romans. À Hemingway aussi. Et s’il y a une nostalgie, elle ne dit pas que c’était mieux avant. Ce livre est destiné à la génération des baby-boomers comme aux ados d’aujourd’hui. En même temps, les personnages de mon livre sont restés bloqués sur l’époque yé-yé.

Vous situez-vous quelque part dans ce livre?

Oui. Je me retrouve dans certains traits de Lorenzo. Mais aussi un peu dans les autres. Et je peux vous dire que tous mes romans sont autobiographiques. Mais ce n’est pas de l’autofiction, d’ailleurs j’ai horreur de ça.

Les chansons peuvent-elles être sources d’inspiration?

Oui, et j’ai même besoin de m’immerger dans les sons d’une époque. Au point d’indisposer ma famille avec ça. Dans les films aussi. Dans ce roman, je cherche d’ailleurs à avoir l’écriture la plus cinématographique, la plus visuelle possible. Ensuite, j’essaie de m’abstraire des effets de mode. Mon but? Que le lecteur se sente bien dans mon paquebot.

«Laisse tomber les filles» Gérard de Cortanze, Albin Michel, 436 pages

Créé: 25.02.2018, 12h06

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