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Boule et Bill, une BD qui a toujours du chien

À l'occasion des soixante ans de la série, un beau livre retrace sa genèse et le parcours de son créateur, Jean Roba.

Apparus pour la première fois en décembre 1959, Boule et Bill ont été inspirés à Roba par son propre fils et par son chien, un facétieux cocker.
Apparus pour la première fois en décembre 1959, Boule et Bill ont été inspirés à Roba par son propre fils et par son chien, un facétieux cocker.
STUDIO BOULE & BILL, 2019

Un garçonnet en pantalon à bretelles et tee-shirt jaune, son papa, sa maman, leur cocker… Quand Jean Roba propose en 1959 de brosser avec humour le portrait d’une petite famille attachante au fil d’une série hebdomadaire, son éditeur fronce les sourcils. «Vous ne tiendrez pas plus de 50 gags, Monsieur Roba!» assène Charles Dupuis à son interlocuteur. Lequel ne se démonte pas, et se met au travail, s’inspirant de son propre fils et de son chien, de ses souvenirs d’enfance et des rêveries qui habitent son esprit de poète contemplatif.

Loin de l’Américain Charles Schulz et de ses «Peanuts», qui aborde des sujets de société par l’entremise de Snoopy, cabot philosophe, Roba entend suivre le quotidien d’un môme et de son compagnon à quatre pattes, en privilégiant le point de vue de l’animal, figure-clé de tous les mini-événements vécus par la maisonnée. Bonne pioche! Soixante ans après leur première apparition, Boule et Bill continuent de faire rire des générations de lecteurs. Roba, disparu en 2005, aura finalement dessiné 1149 gags avec ses personnages, repris depuis graphiquement par Laurent Verron, puis Jean Bastide.

Commentaires avisés

Dans l’ombre d’une série vendue à des millions d’exemplaires, adaptée aussi bien au cinéma qu’à la télévision, se cache un créateur discret. «L’un des plus méconnus du panthéon de la bande dessinée franco-belge», notent à son propos Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault, auteurs d’un somptueux pavé, «L’art de Roba». À travers une vaste sélection de documents rares ou inédits, des planches et illustrations reproduites au plus près des dessins originaux, ainsi que des commentaires avisés replaçant l’œuvre en perspective avec la vie de Roba, on plonge dans la genèse de Boule et Bill. Pour y découvrir notamment que le coquin canin de la BD disposait d’un modèle vivant bien réel. Un soir de 1955, à la sortie d’un restaurant, un cocker spaniel suit le couple Roba et leur petit Philippe jusqu’à leur maison. Il s’appelle Bill, il est roux. Adopté!

Langue pendante, l’animal cabotine sur une très belle photo d’archive en noir et blanc. À ses côtés, Roba et son fils, un petit blond aux yeux vifs. «À l’époque où j’ai commencé cette bande dessinée, mon petit garçon était âgé de 6-7 ans. Il était plutôt joufflu et nous l’appelions Bouboule. C’est devenu Boule. Par la suite, on m’a dit que j’avais donné au gamin un nom de chien, et inversement!» commente Roba dans un des nombreux extraits d’interviews figurant dans l’ouvrage. Ami des bêtes, prompt à recueillir une tortue ou à soigner un oiseau blessé, Roba adorait par-dessus tout les chiens. Les cockers en particulier. Dans sa vie, il en aura sept, parfois simultanément. Bill (le vrai) constitue le premier de la lignée. Quatre autres porteront le même patronyme. «C’est en regardant mon cocker vautré dans un fauteuil que l’idée de la série m’est venue», dit encore Roba. «Je trouvais cet animal fabuleux. Il avait des aptitudes étonnantes et très graphiques. Alors pourquoi chercher plus loin?»

Venu de la publicité

Au début de «Boule et Bill», l’influence graphique de Franquin reste perceptible dans le trait de Roba. Logique: venu du monde de la publicité, l’intéressé a appris les règles à observer en matière de bande dessinée aux côtés du dessinateur de Spirou, qu’il secondera efficacement à plusieurs reprises. «Avec lui, j’ai appris la clarté, le mouvement, la compréhension d’une scène.» De son premier métier, Roba gardera le sens du teasing. Pour annoncer la création de ses héros dans le journal de «Spirou» en 1959, il glissera quatre semaines d’affilée un dessin de Bill dans les chroniques autos de son camarade Jidéhem. Très vite, Boule et Bill vont devenir des vedettes. Un succès qui perdure.

«Boule et Bill, l’art de Roba», par Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault, Éd. Dargaud, 240 p. «L’avis de chien», par Roba et Delporte, Éd. Dupuis, 72 p.«Bill à facettes», par Cazenove et Bastide. Éd. Dargaud, 48 p. Sortie le 8 novembre

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