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Alix redonne vie aux pages charnières de l’histoire helvète

Le Musée d’Avenches et deux BD d’Alix nous immergent dans les dernières années de l'indépendance gauloise, quand Rome mettait les pieds dans ce qui allait devenir la Suisse.

Les auteurs ont su associer les ingrédients qui ont fait le succès de la série, avec des vues parfois inédites et spectaculaires de nos sites archéologiques, ici la Villa romaine d’Orbe-Boscéaz.
Les auteurs ont su associer les ingrédients qui ont fait le succès de la série, avec des vues parfois inédites et spectaculaires de nos sites archéologiques, ici la Villa romaine d’Orbe-Boscéaz.
JACQUES MARTIN – Casterman 2019 CASTERMAN 2019

C'est à croire que les figures historiques de la bande dessinée apprécient les rives du Léman. Après Astérix qui y cherchait un edelweiss, un autre héros sorti tout droit de l’Antiquité césarienne vient désormais y risquer sa peau: Alix.

Deux nouvelles BD font voyager chez nos ancêtres le jeune Gaulois de Jacques Martin, aujourd’hui repris par Marc Jailloux et Mathieu Bréda. Une épopée dans laquelle Alix et son ami Enak arrivent en ambassadeurs de César dans un Plateau et des montagnes suisses encore loin d’être sous le joug de la pax romana.

«C’est une période pour laquelle nous manquons encore de repères, avance l’archéologue Christophe Goumand, conseil d’un des albums et auteur du deuxième opus de vulgarisation scientifique qui l’accompagne. Il reste un trou dans nos connaissances sur la façon dont la région s’est romanisée. On suppose que ça s’est fait de manière relativement pacifique, mais on voit aussi apparaître les peuples du Valais sur la liste des victoires d’Auguste… Là, Alix nous permet d’avoir une visualisation de ce qui a pu se passer, même si cela reste une démarche d’artistes.»

Démarche saluée des professionnels. «On trouvera toujours quelques anachronismes dans le matériel ou les reconstitutions, sourit Denis Genequand, directeur du Site et Musée romains d’Avenches. Mais disons que depuis les premiers albums de Jacques Martin, il y a maintenant un effort de documentation poussé. Pour ce qui est des dessins d’Exem par exemple, un artiste genevois, il a été jusqu’à analyser les rayons des roues des chars.» Il poursuit. «Alors non, ce n’est toujours pas une référence scientifique. Par contre on retrouve une reconstitution du cadre de vie, via le dessin, une façon de redonner des scènes au cadre bâti.»

Le Musée romain d’Avenches consacre d’ailleurs sa nouvelle exposition temporaire au voyage d’Alix. Des planches originales permettent de se plonger dans le processus de création, face aux artéfacts archéologiques et aux connaissances scientifiques.

Derrière les traits une ambiance qui, si elle ne remonte pas à l’Antiquité, reprend celle de Jacques Martin. «Un homme qui avait toujours cent idées à la minute, raconte Christophe Goumand. Il avait lancé ce scénario à la fin des années 90. On avait commencé à travailler dessus avant qu’il ne se consacre à autre chose. C’était un très bon connaisseur de la Suisse, il a vécu à Pully une trentaine d’années après son retour de Belgique et des studios Hergé. Finalement, ce sont ses enfants qui ont relancé le projet.» Une splendide vue du lac, depuis la Villa romaine de Pully, avec Enak contemplant le panorama à l’image du promeneur du Café romand, en témoigne bien.

Ce qu’était la Suisse entre la défaite des Helvètes à Bibracte (ndlr: en Bourgogne actuelle) et l’arrivée des maisons romaines sur les rives du Léman, Alix le fait vivre dans un paysage sauvage, avec des autochtones pas toujours conciliants, des places fortifiées et des sanctuaires bardés de crânes humains. «On sait que la campagne était occupée, ça aurait valu la peine de le montrer», concède Denis Genequand. Quant aux crânes et aux corps de vaincus accrochés sur des mâts? «La question fait toujours travailler les archéologues, poursuit-il. Ce qui est certain c’est qu’elle aurait pu être plus mise en contexte. Les planches ne montrent pas ce qui a précédé les rites par exemple. Ces vestiges font partie de la réalité, mais là on tend à mettre en scène une certaine violence sans recul.»

Voilà surtout des années qu’aucune œuvre de vulgarisation de cet acabit n’avait été publiée sur les débuts de l’ère romaine en Suisse. «Ça a été l’occasion de faire un bilan des connaissances, ajoute Christophe Goumand. Les piquets qui bordent le chemin des cols par exemple, on en a eu que récemment l’attestation, avec la fonte des glaces.»

On a beau connaître les lignes des Alpes et des principaux sites historiques, y voir courir cet Alix habitué aux rives de la Méditerranée fait son effet. Surtout conjugué aux planches des dessinateurs dans l’ouvrage de vulgarisation. Les habituelles reconstitutions assez propres de l’Antiquité font place à des rues de Nyon chargées de trafic. Les travaux ternissent les façades. Aventicum s’atteint après des nécropoles qui s’égrainent et Vindonissa (Windisch) se donne à voir après un dépotoir à ciel ouvert soigné dans les moindres détails. «C’est montrer aussi d’où viennent nos informations, poursuit Christophe Goumand. S’éloigner des grands écrits et montrer ce qui est moins connu.» Elle devait être belle cette jeune Helvétie.

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«ALIX EN HELVÉTIE»

A voir au Musée romain d’Avenches du 01.11 au 15.03.aventicum.org

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