Alexis Jenni chante l’amour, les fesses et la pizza

CritiqueAvec «Dans l'attente de toi», le lauréat du Prix Goncourt 2011 décrypte les tableaux pour mieux célébrer la beauté de sa muse.

Alexis Jenni.

Alexis Jenni. Image: DR

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Transi d’amour. C’est ainsi qu’apparaît le narrateur du dernier texte d’Alexis Jenni, lauréat du Prix Goncourt 2011, Dans l’attente de toi. On l’imagine en quinquagénaire heureux, que la vie a rendu plus émotif et plus doux, tombé sous le charme d’une nouvelle compagne à laquelle il s’adresse pendant tout le récit: «Dans la lumière d’aluminium qui glissait par les fentes du volet (…) j’ai vu se découper la courbe de ton épaule, la courbe ample de tes fesses, la ligne nette de ta nuque. (…) je t’effleurais; et je ressentis l’extrême beauté de ta peau.» Voilà tout le sujet du livre: comment exprimer la beauté d’une peau aimée que l’on perçoit non pas grâce à la vue mais au toucher?

C’est à travers les peintures de grands maîtres que l’écrivain va entraîner son lecteur, oscillant entre ode amoureuse et décryptage pictural. On part ainsi des «plus somptueuses fesses de toute la peinture occidentale», à savoir celles du modèle posant pour Pierre Bonnard (Cabinet de toilettes au canapé rose), pour parvenir à l’aquarelle de la Femme nue assise, un pied posé de haut sur un genou, que le sculpteur Auguste Rodin a su rendre «d’une main sensible et hardie». On visite aussi les corps déstructurés de Francis Bacon et Pablo Picasso, la Bethasabée au bain de Rembrandt ou les sensuelles demoiselles de Jean-Honoré Fragonard. Parmi ces chapitres qui pourraient sans peine provenir d’une Histoire de l’art pour les nuls, l’auteur entremêle des anecdotes de couple. Notre préférée, celle du pizzaiolo italien. Ce dernier ne lâche pas des yeux la dulcinée du narrateur, alors qu’il pétrit vigoureusement une boule de pâte sur son plan de travail: «Il souriait et te regardait, droit dans les yeux, il me regardait brièvement avec un autre sourire qui me laissait de côté, ses doigts voletaient sur la pâte molette qui se pliait à tout, faisait ce que les doigts en voulaient, s’affaissaient sous ses mains, et enfin il la posa, parfaitement circulaire, parfaitement abaissée, en te regardant droit dans les yeux.» Un épisode que l’écrivain met en lien avec l’émotion que lui procure le mignon petit surplus de chair dépassant de la ceinture de sa compagne…

Un récit qui trouvera écho chez les amoureux et les adeptes de beautés picturales. Côté style, le rythme circulaire induit par de fréquentes répétitions et le souffle du phrasé confèrent au récit l’originalité qui fait un peu défaut à la thématique. Une réussite néanmoins.

Cote: VVV VV

L’auteur sera présent au Livre sur les quais, qui se tient du 2 au 4 septembre à Morges.

Créé: 19.08.2016, 18h43

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