Pour Alain Mabanckou, «le lecteur est un caméléon»

L’auteur met en scène dans son dernier récit des auteurs déracinés dont le français est le point d’ancrage.

Alain Mabanckou s’intéresse aux différentes langues françaises que les écrivains subliment de par le monde.

Alain Mabanckou s’intéresse aux différentes langues françaises que les écrivains subliment de par le monde. Image: ULF ANDERSEN

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En ouvrant Le monde est mon langage, dernier récit d’Alain Mabanckou, on tombe d’abord sur une carte du monde. Punaisés çà et là, les noms des intellectuels que l’auteur franco-congolais, lauréat du Prix Renaudot 2006, a rencontrés au fil du temps. S’y côtoient des sommités et des auteurs plus confidentiels, à l’instar de Kateb Yacine, Dany Laferrière, Chinua Achebe, J.M.G. Le Clézio, Sony Lab’ou Tansi, Suzanne Kala Lobé, et de quelques outsiders, comme ce «clochard céleste» croisé à La Nouvelle-Orléans. Récits de tête-à-tête insolites, interviews (intéressantes, quoique complaisantes), ou encore réflexions sur l’œuvre d’un maître à penser, ce texte hybride tient à la fois de l’essai, du récit et du reportage. Ce qui lie le tout? Le rapport de tous ces auteurs à la langue française, et par conséquent à leur identité culturelle.

Alain Mabanckou navigue entre Los Angeles – où il est professeur à l’Université de Californie – et Paris. Joint par téléphone, il nous raconte la génèse de son essai.

Plus qu’aux écrivains du terroir, vous vous intéressez à ceux qui viennent d’ailleurs. Telle Bessora, née à Bruxelles d’un père gabonais, qui a grandi aux quatre coins du monde avant de travailler à Genève, et qui représente dans votre ouvrage la littérature romande. Les expatriés auraient-ils une meilleure compréhension de la langue?

Il était important de démontrer que la littérature n’est pas une question de nationalité. Notamment par cette rencontre avec l’anglophone Douglas Kennedy qui s’est efforcé d’apprendre le français pendant huit ans et qui ne supportait pas qu’on l’aborde en anglais au Maroc, pays francophone… On peut être un grand écrivain en français sans provenir de l’Hexagone. Ce livre revendique la dimension internationale de la langue française et le refus de cantonner sa littérature à la seule production germanopratine. La France est trop petite par rapport à sa langue intercontinentale.

Les écrivains francophones auraient-ils un esprit commun, par opposition aux auteurs anglophones par exemple?

Disons que les francophones venus d’ailleurs ont en commun de parler français avec un arrière-plan lié à leur propre culture. L’enrichissement de la langue est en réalité l’effort de rendre compatible des imaginaires différents. Après, tout dépend du génie de l’écrivain, dont le rôle est de pétrir les mots pour inventer le monde. Et francophone ou anglophone, peu importe la couleur du chat, pourvu qu’il attrape des souris…

Dans les salons littéraires, est-ce que les remarques des lecteurs diffèrent entre Paris, Genève ou Brazzaville?

A Paris on demandera toujours aux écrivains venus d’ailleurs comment ils vivent leur relation avec la langue française… Mais cette question provient de personnes qui ont une conception unilatérale de la littérature et de la langue, qui pensent que les auteurs de Suisse, de Belgique, d’Afrique francophone ou du Canada s’expriment «avec un accent», tandis que le «vrai» français serait celui de la France. C’est une aberration. Il n’existe pas une version linguistique supérieure à une autre, ni de mètre étalon.

Le bon lecteur est capable de se fondre dans n’importe quel univers d’auteur. Comme le caméléon, il prend la couleur de l’environnement qui l’entoure. Et si ce qui l’entoure est lumineux, magnifique, c’est que la magie opère: la rencontre a lieu entre le travail de l’artiste et la personne qui sait le décrypter.

En tant qu’habitué des manifestations littéraires suisses, quelle différence faites-vous entre le Salon du livre de Genève et le Livre sur les Quais à Morges, où vous serez présent samedi prochain?

Le Livre sur les Quais est à mes yeux l’une des manifestations les plus respectées, et présente l’originalité de se dérouler aussi bien sur la terre que sur les eaux. Au Salon du livre, j’apprécie personnellement beaucoup la place que l’on donne à la littérature africaine; il y a un réel souci de l’expression des langues françaises.

«Le monde est mon langage» d’Alain Mabanckou, Ed. Grasset, 315 p., parution au 31 août. L’auteur sera présent au Livre sur les Quais à Morges le sa 3 sept.

Créé: 26.08.2016, 18h21

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