Une quête de l’amour en ligne qui dérape

LireAnne-Claire Decorvet plonge l’héroïne de «Café des Chimères» dans une enquête virant à l’addiction.

Dans «Café des Chimères» (Ed. Bernard Campiche), Anne-Claire Decorvet lance son héroïne journaliste dans une enquête sur les rencontres par internet, qui tourne à l'obsession.

Dans «Café des Chimères» (Ed. Bernard Campiche), Anne-Claire Decorvet lance son héroïne journaliste dans une enquête sur les rencontres par internet, qui tourne à l'obsession. Image: Olivier Vogelsang / Archives

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Le Café des Chimères. Un nom prémonitoire pour servir de décor aux rencontres de Salomé Dutilleul. La journaliste, héroïne du dernier roman de la Genevoise Anne-Claire Decorvet, se lance pour son magazine, «Infiniment Femme», dans une enquête sur les rencontres par Internet. Pour coller aux exigences de sa rédactrice en cheffe – et à ses obsessions personnelles aussi – elle se jette corps et âme dans son sujet, jusqu’à perdre totalement pied. Car derrière les séduisants profils en ligne se cachent des égocentriques, des manipulateurs, des violents dont Salomé, quinqua qui vit seule, fera les frais. Elle persiste malgré tout. «L’enquête était devenue mon opium et mon vice, ma fumée et mon trip», confesse-t-elle d’emblée au lecteur.

La journaliste aguerrie se voit mise en compétition avec Mélisse, une stagiaire de 20 ans bourrée d’idées et d’aplomb. Exit le ringard Café des Chimères et ses couleurs criardes, la jeune première convoque ses prétendants à l’épuré et chic Diable à quatre.

Le récit progresse entre la narration de Salomé et les retranscriptions des reportages des journalistes. La cadette repousse les prétendants sans plus y penser, l’aînée s’enfonce dans une spirale de noirceur qui l’amènera à commettre l’impensable.

Le roman court ainsi vers une fin déconcertante, qu’on ne dévoilera pas pour maintenir le suspense. Le texte démarre comme la peinture caustique – et parfois dure – d’un phénomène de société, puis bascule dans une vraie noirceur. Un tel revirement n’est compréhensible qui si l’on connaît la fascination d’Anne-Claire Decorvet pour la folie. «Un lieu sans raison» (2015), prix Edouard Rod et prix du Public de la RTS, narrait le destin de Marguerite, internée en France au début du XXe siècle, et dont les œuvres se trouvent aujourd’hui à la Collection de l’art brut, à Lausanne.

Dans «Café des Chimères», l’héroïne dissimule sans peine à son entourage les abîmes qui l’habitent. À un monde dont on peut pressentir les dangers s’en substitue alors un autre, bien plus inquiétant.

Créé: 15.06.2018, 10h01

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