Trois casquettes sur la tête d’Isabelle Falconnier

InterviewLa présidente du Salon du livre et critique littéraire à «L’Hebdo» est dès aujourd’hui chargée de la politique du livre en Ville de Lausanne.

Isabelle Falconnier, présidente du Salon du livre et critique littéraire à L'Hebdo, devient déléguée à la politique du livre de la ville de Lausanne.

Isabelle Falconnier, présidente du Salon du livre et critique littéraire à L'Hebdo, devient déléguée à la politique du livre de la ville de Lausanne. Image: Olivier Vogelsang

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Deux c’est assez, trois c’est trop? Isabelle Falconnier, présidente du Salon du livre de Genève et journaliste littéraire à L’Hebdo, assume dès aujourd’hui une troisième fonction: déléguée à la politique du livre pour la Ville de Lausanne. La Vaudoise au carnet d’adresses rebondi répond sans tabou au risque de conflit d’intérêts inhérent au cumul de ces fonctions.

Vous travaillez à 60% pour la Ville de Lausanne, tout en étant à 40% à «L’Hebdo». Quel temps vous reste-t-il pour le Salon du livre, qui débute dans un mois?

La présidence du Salon est un mandat d’environ 30%, inégal durant l’année: l’été, c’est calme, alors que d’autres périodes, comme le printemps, sont denses. Par ailleurs, je quitte ma fonction de cheffe des rubriques culture et société de L’Hebdo et ne garde qu’un poste d’écriture, ce qui me décharge grandement.

Vous travaillez quand même à 130%…

Je travaille beaucoup, mais je ne suis pas la seule! Et dans la culture, on ne peut pas être fonctionnaire… Je me considère comme une activiste du livre: mes trois fonctions sont une même activité en continu. Toutes les manières sont bonnes pour faire vivre le livre, encourager la lecture, l’édition et l’écriture.

Cumuler ces trois fonctions ne vous pose aucun problème?

Je suis éprise de justice et foncièrement honnête: je prêterai attention à certaines choses, comme ne pas faire la critique d’un auteur que j’aurais par ailleurs contribué à soutenir.

A part «Fifty Shades of Grey», vous n’avez pas écrit de critique négative depuis votre entrée en fonction au Salon du livre. Etes-vous libre de dire ce que vous pensez des auteurs?

Mon caractère me pousse à mettre en avant ce que je trouve bon. Dans un hebdomadaire où on a l’espace de ne traiter que d’un ou deux livres par semaine, cela ne vaut pas la peine de gâcher du papier pour parler de livres mauvais. Et je nuance: je pondère régulièrement mes enthousiasmes de réserves sur la forme.

Vous allez attribuer un financement aux maisons d’édition lausannoises. Un éditeur qui n’aurait pas loué d’espace au Salon du livre doit-il s’inquiéter?

Evidemment que non. Les choses ont toujours été très claires et séparées. Je suis présidente, et non directrice du Salon du livre: ce qui concerne les exposants, les tarifs, les mètres carrés, etc., n’est pas de mon ressort. Personnellement, je ne cherche pas à savoir qui loue quel stand. Après une année au Salon, j’ai été totalement rassurée: il n’y a jamais eu de discussion qui mettait mon interlocuteur ou moi-même dans une situation délicate. Au contraire, on s’est rendu compte que tout le monde était gagnant par ma connaissance du monde du livre, mon réseau, mon savoir-faire.

Vous serez également en charge de la communication de la politique du livre de Lausanne. Vous publierez donc vos propres communiqués de presse dans «L’Hebdo»?

La ville de Lausanne a un service de presse, je ne m’occuperai pas directement de les rédiger. Et il y a toute une équipe à L’Hebdo qui s’occupe de littérature. Il est clair que je ne vais pas écrire moi-même sur des projets qui auraient été initiés par la Ville de Lausanne.

Mais s’il y a une critique ou une enquête à faire, vos collègues journalistes pourront-ils écrire librement sur des projets dont vous – leur ex-cheffe située en face d’eux – êtes responsable?

Oh oui! Mes collègues sont des professionnels et je compte sur eux pour parler des choses qui les intéressent! Par acquis de conscience, on se retrouve souvent dans la situation inverse: une rédaction ne parle plus du tout des activités annexes de ses collaborateurs, justement pour être irréprochable. Je pourrais donc plutôt avoir la crainte inverse…

Cela ne vous pose-t-il pas de problème de participer au financement du Livre sur les Quais à Morges, un «concurrent» du Salon du livre?

La Ville de Lausanne contribue à hauteur de 20 000 francs au Livre sur les Quais, festival littéraire qui n’a jamais été concurrent du Salon de Genève mais complémentaire, tant en termes de modèle économique que de date, lieu, programmation, histoire ou format culturel. L’enjeu dépasse ces manifestations: voyez comment les librairies et les bibliothèques évoluent vers des lieux de vie. L’offre, si elle est adéquate, crée la demande.

Vous considérez-vous comme une femme de pouvoir?

Le mot pouvoir ne résonne pas vraiment en moi… Je suis quelqu’un d’actif qui vit ses passions et cherche à faire quelque chose d’utile. Si le pouvoir que j’ai sert à soutenir le milieu du livre, alors tant mieux. (TDG)

Créé: 31.03.2015, 21h41

La mission lausannoise

Vous prenez aujourd’hui votre poste de déléguée à la politique du livre en Ville de Lausanne. Quel est votre rôle?

Un rôle d’animation de la place lausannoise du livre par la médiation et une partie de soutien financier. Par médiation, j’entends la valorisation du livre et de l’écrit, c’est-à-dire réfléchir à toutes les manières possibles pour qu’une œuvre trouve son public. Il ne suffit pas aujourd’hui d’imprimer un livre, il faut le faire connaître. Cela passe par des événements, des rencontres, des outils de marketing et de communication, toutes sortes de choses que je pratique au Salon du livre.

Quant au volet financier, il s’agit de soutien aux auteurs, aux éditeurs qui en font la demande, aux manifestations, comme BD-Fil, aux revues littéraires, comme Belles Lettres. Pour citer un projet concret, la Ville de Lausanne vient de créer un prix de lecteurs, doté de 20 000 francs, qui récompense un auteur romand.

Comptez-vous déborder de Lausanne sur l’arc lémanique?

Le défi, c’est la collaboration de tous les acteurs – bibliothèques, librairies, éditeurs, pourquoi pas théâtres – et des régions entre elles. Il nous faudra collaborer avec Vaud, mais aussi avec Genève. Le but étant de réfléchir ensemble si des opérations communes pourraient avoir plus d’impact que des événements isolés. MAR.G

Articles en relation

Le Salon du livre titillera la plume de ses visiteurs

Genève La manifestation littéraire genevoise qui se tiendra à Palexpo du 29 avril au 3 mai fait de l'interactivité un point fort. Matthieu Ricard, Frédéric Beigbeder, Nancy Huston et Jean-Christophe Rufin font partie des personnalités présentes. Plus...

Isabelle Falconnier choisie pour développer la culture lausannoise

Culture La journaliste demeure présidente du Salon du livre et de la presse de Genève. Plus...

Isabelle Falconnier commente le succès du Salon du livre

ÉDITION Les exposants sont contents. Le public aussi. Il est venu plus de 94 000 personnes à Palexpo. «L’important, pour moi, reste la bonne impression des participants.» Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Suisse: il fera beaucoup plus chaud et sec en 2050
Plus...