"Les ultras de l’Algérie française autoalimentent leur haine"

Accords d'EvianDans un livre documenté, le journaliste Pierre Daum remet en cause, chiffres à l’appui, l’antienne d’un exode de tous les pieds-noirs d’Algérie durant l’été 1962.

L'illustration de couverture du livre de Pierre Daume,

L'illustration de couverture du livre de Pierre Daume, "Ni valise, ni cercueil".

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"Ni valise, ni cercueil". Dans un livre documenté, le journaliste Pierre Daum remet en cause, chiffres à l’appui, l’antienne d’un exode de tous les pieds-noirs d’Algérie durant l’été 1962. Il y a cinquante ans, le 18 mars de la même année, les accords d’Evian étaient signés par Alger et Paris, avec l’aide de négociateurs suisses, pour déclarer un cessez-le-feu et prévoir les conditions de maintien d’une population européenne en Algérie. Entretien avec l’auteur d’un livre qui fait polémique.

Un pied-noir sur cinq a donc fait le choix de l’Algérie algérienne ?

En janvier 1963, il en restait en effet 200?000 sur le million qui est censé avoir fait ses valises. Tous les témoins le confirment, la sécurité était alors rétablie et il n’était pas question de cercueil. Si les pieds-noirs qui sont partis avaient lu les accords d’Evian, ils auraient vu que de nombreux articles garantissaient le maintien de la population européenne et des juifs qui étaient là depuis plus longtemps, dans la nouvelle Algérie indépendante. Tous les négociateurs ont témoigné que la sécurité était le point le plus important des accords. Il y avait une volonté politique de maintenir cette population sur le territoire. Sauf que l’OAS, les ultras de l’Algérie française, ont répété que le FLN avait déchiré les accords, alors que l’encre n’était pas encore sèche, ce qui est faux.

Quel est le profil de ceux qui sont restés?

Ma grande surprise, c’est qu’il ne s’agit pas seulement de gens engagés (un ou deux milliers tout au plus), ayant des sympathies pour la révolution algérienne. On retrouve des gens de toutes sensibilités politiques, y compris des partisans de l’Algérie française. Comme ce parachutiste dont je fais le portrait, qui a combattu les fellaghas puis a travaillé comme conseiller d’un ministre de l’Algérie indépendante. On a dit que le nouveau pouvoir était antisémite. En fait, on trouve de nombreux juifs dans des postes à responsabilité.

Le nouveau code de la nationalité de 1963 a-t-il provoqué une cassure?

Symboliquement, oui, car ce code faisant la différence entre les Algériens musulmans et les autres! Puis il y a eu la nouvelle constitution qui fit de l’islam la religion d’Etat. C’est la fin d’un rêve, celui d’une Algérie vraiment multiculturelle. Mais, cela n’a pas provoqué une vague de départs comme celle de 1962. Entre janvier 1963 et 1970, un flux interrompu a en fait réduit cette population à 50?000 personnes. Mais c’est surtout les conditions matérielles de vie qui ont joué.

Comment les pieds-noirs de la «Nostalgérie» ont-ils reçu votre livre?

Ils sont furieux. Cette minorité la plus réactionnaire, celle des ultras de l’Algérie française se sont répandus en insultes sur moi et mon livre. Ils autoalimentent leur haine.

«Ni valise, ni cercueil» de Pierre Daum, préfacé par Benjamin Stora, édition Actes sud, janvier 2012. (TDG)

Créé: 16.03.2012, 17h27

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