La poésie du fait divers selon Alexandre Voisard

LittératureLe dernier roman de l’auteur jurassien paraît aux Editions Zoé à Genève.

Alexandre Voisard a surtout écrit de la poésie. Après son dernier roman, il envisage de s’atteler à une pièce de théâtre.

Alexandre Voisard a surtout écrit de la poésie. Après son dernier roman, il envisage de s’atteler à une pièce de théâtre. Image: Edition Zoé

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Alexandre Voisard. Un écrivain dont le nom résonne depuis de nombreuses décennies dans les chapelles littéraires suisses romandes. Il a aussi tâté de la politique. En 1979, son engagement pour l’indépendance du Jura lui valut d’inaugurer la charge de délégué aux affaires culturelles du nouveau canton. Député socialiste au Parlement jurassien, ce Bruntrutain né en 1930 siégea aussi plusieurs années au conseil de fondation de Pro Helvetia. Un film de la série Plans-Fixes lui a été consacré en 2000, sous le titre Alexan­dre Voisard – Poète. De la poésie, il en a écrit beaucoup. Il est membre de l’Académie européenne de poésie.

Notre-Dame des égarées est donc le roman d’un poète. Ce livre paru cet automne à Genève aux Editions Zoé lui a été inspiré par un fait divers de juin 1900. «Je me suis plongé dans cette époque pour les besoins de la biographie de mon grand-père paternel parue en 2013 sous le titre Oiseau de hasard», confie Alexandre Voisard. «J’avais décidé de restituer l’existence de cet aïeul dont personne ne parlait dans ma famille. Même mon père, qui avait dix-huit ans lorsqu’il mourut. Pour mieux sentir le climat de son temps, j’ai eu recours à la presse locale où j’ai trouvé la trace d’un mystérieux fait divers.»

Il faut attendre la dernière page de Notre-Dame des égarées pour tomber sur le fac-similé de cette colonne du journal Le Pays du 2 juin 1900. En voici les premières lignes: «Jeudi après-midi, des enfants du village ont trouvé étendu sur le cimetière de La Motte, adossé contre le mur de l’église, un inconnu qui semblait mort».

Alexandre Voisard avoue que la découverte de cet article lui a fait une forte impression. Il connaît bien l’endroit où le corps a été découvert, un coin retiré du Jura où se trouve une chapelle isolée. «Quelqu’un qui choisit un tel endroit pour finir sa vie, ce n’est pas n’importe qui», affirme l’écrivain. «Je gardai donc l’anecdote en réserve sans savoir ce que j’en ferai, puis je retournai à la rédaction de mon Oiseau de hasard."

Ce livre terminé, l’écrivain repense au cadavre du cimetière de La Motte. L’article du Pays disait: «On assure avoir vu cet étranger venir par Saint-Ursanne vers une heure de l’après-midi; il s’est arrêté à l’auberge d’Ocourt où il a pris un verre de vin avec du pain et du fromage. Il semblait pensif, et a demandé en allemand le nom du village qui était plus loin qu’Ocourt et s’il renfermait une église».

«J’ai vu peu à peu mon personnage apparaître à travers la brume», explique le poète jurassien. «Le mort du cimetière garde tout son mystère car rien n’indique dans les archives qu’il ait été identifié. Comme il parlait allemande, je l’ai fait venir de l’Est. J’en ai fait un musicien de Prague – qui était autrichienne – établi à Colmar – qui était allemande – pour y enseigner le violon. Une longue maturation a été nécessaire avant que tous les éléments de ce qui est devenu un roman se mettent en place.»

Le grand-père de Voisard jouait lui aussi d’un instrument – la trompette – et un deuil le jeta, désespéré, sur les routes. La comparaison avec le violoniste errant de Notre-Dame des égarées s’arrête là. Tout le reste est le fruit de l’imagination de l’écrivain. On ne dira pas ici pourquoi Karel le Praguois part sur les chemins de Colmar à La Motte. Il suffit d’évoquer le talent avec lequel l’auteur donne vie aux lieux, aux paysages et aux gens que son personnage rencontre au cours de son voyage. «J’ai tout vérifié. Je suis passé partout. J’ai vu ou revu les églises et les chapelles dont je parle dans le roman», confirme Voisard.

Ce parcours effectué avec les moyens de transport de 1900, à travers une campagne encore ancrée dans le XIXe siècle, est une remontée dans le temps poétique et émouvante. Une quête de quelque chose dont le lecteur apprendra la nature au fil des pages... Il y a du suspense dans ce roman et les germes d’une envie de découvrir ces coins de l’Ajoie si bien décrits. Un décor magnifique pour ce grand écrivain qui souhaite maintenant se consacrer, pour la première fois, au théâtre.

«Notre-Dame des égarées» par Alexandre Voisard, Editions Zoé, 189 pages. (TDG)

Créé: 04.12.2017, 18h36

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