Jussy se dévoile par ordre alphabétique

Notre Histoire«Miscellanées jusserandes » renouvelle l'histoire de la communale.

Le village de Jussy vu du ciel.

Le village de Jussy vu du ciel. Image: Art éditions suisse

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Jussy se signale par la parution récente d’un livre original, qui renouvelle le genre de la monographie communale. L’une de ses chevilles ouvrières est Philippe Othenin-Girard, adjoint au maire de Jussy et professeur de musique au Collège de Saussure. Homme de goût et de culture, c’est lui qui a eu l’idée du titre «Miscellanées jusserandes». «C’est évidemment moins immédiatement compréhensible que «Histoire de Jussy des origines à nos jours», ce que cet ouvrage n’est de toute façon pas.» Miscellanées est un terme qui recouvre un mélange de textes littéraires. Ici, ce mélange est plus instructif que littéraire et il obéit à l’ordre alphabétique. «J’aurais aimé qu’il s’appelle «Dictionnaire amoureux» mais ce titre appartient à une grande maison d’édition française», déplore Philippe Othenin-Girard, manifestement épris du terroir qu’il connaît depuis son enfance. «Jusqu’à aujourd’hui, le livre de référence sur la commune était «Un coin de terre genevoise. Mandement et chastellenie de Jussy-L’Évesque» par André Corbaz. Il date de 1916. Chaque foyer jusserand en possède un exemplaire, mais qui peut se targuer de l’avoir lu de bout en bout?»

Pour ne pas risquer de tomber dans ce même piège, l’équipe des «Miscellanées» – Philippe Othenin-Girard, Céline Garcin, Luc-Eric Revilliod, Yves Mévaux, Marie-Claude Loup – s’est mise en quête de l’anecdote, du témoignage, du renseignement inédit, dans tous les domaines de la vie des Jusserandes et des Jusserands, hier comme aujourd’hui.

Des archives bien rangées

L’auteur de ces lignes se souvient comme si c’était hier de sa visite à la mairie de Jussy, il y a fort longtemps, dans le sillage de l’archiviste d’État Catherine Santschi, dans le but de lancer le classement et le rangement des archives communales. Elles étaient conservées à cette époque dans les combles du bâtiment de la mairie, dans des conditions précaires. Peu enclin à laisser des gens de la ville mettre leur nez dans les affaires jusserandes, même les plus anciennes, le maire de l’époque, Philippe Loup, raccompagna ses visiteurs sans leur laisser grand espoir de revenir. Le temps a passé et les archives sont aujourd’hui en lieu sûr, ailleurs dans le village, bien rangées dans des boîtes et des compactus.

La diligence de Jussy. Photo: Art éditions suisse

«Philippe Loup et son prédécesseur Jean-Louis Micheli, ce dernier maire de 1940 à 1979, ont œuvré pour que les hameaux de la commune ne s’étendent pas trop au détriment de la zone agricole. C’est ce qui confère au paysage cette qualité particulière qui fait de ce coin de canton un lieu privilégié.» En général heureux, le peuple de Jussy a pourtant des histoires. Certaines très anecdotiques mais qui en disent long sur l’époque et ses mentalités. «Nous avons parsemé le volume d’extraits de procès-verbaux dressés par la maréchaussée», explique Philippe Othenin-Girard.On y salue la clémence du boulanger Raymond, auquel un ramoneur indélicat avait dérobé trois kilos de pain. «M.Raymond ne voulut pas déposer plainte, mais exigea que Strau paye les pains», lit-on dans le procès-verbal.

C'était en 1889. Une autre de ces «brèves gendarmerie» rappelle qu’un fougueux «négociant en automobiles» de 25ans, domicilié à Grange-Canal, s’est fait pincer à Jussy en août1909 parce qu’il circulait «d’une allure désordonnée malgré les écriteaux qui sont placés à chaque extrémité du village indiquant «allure très modérée». Et cela «sans être porteur de son permis de circulation»! On peut penser qu’il était peut-être en dessous de la vitesse maximale autorisée aujourd’hui dans nos localités…

Le tramway. Photo: Art éditions suisse

Les auteurs des «Miscellanées» ont pu compter aussi sur des périodiques relatant la vie à Jussy, comme par exemple «L’Écho du Petit-Lac», qui a paru de 1946 à 1987, auquel le Jusserand Jean-Louis Mévaux a longtemps collaboré. «Dès 2000, Jussy a eu pendant quatre ans son journal satirique mensuel appelé «La Mouche», précise Philippe Othenin-Girard. «Plus anciennement, le «Guguss», édité à Genève de 1894 à 1936, couvre parfois les événements de la campagne. Une double page de notre ouvrage accueille la reproduction d’un dessin publié en 1920 dans «Guguss». On y voit le siège par la police et les pompiers de la maison du braconnier Louis Siza dit Figuette à Monniaz, hameau de la commune de Jussy. Il venait d’abattre le gendarme Alfred Pitton venu lui annoncer que ses amendes non payées avaient été converties en dix jours de prison. Parmi les témoignages et documents contemporains dont nous avons pu disposer, je citerai les souvenirs de Nelly Georg, la femme d’un peintre dont Jussy et ses environs ont été la principale source d’inspiration. Le travail du graphiste Michel Schnegg, qui inaugure avec cet ouvrage le label Art Editions Suisse, a donné sa forme attractive et élégante à notre publication.»


«Miscellanées jusserandes» 237 pages, chez Art Éditions Suisse

Créé: 18.01.2020, 17h28

Abécédaire villageois

Commençons, c’est bien naturel, par la lettre A. Et là, oh surprise, le mot «aérodrome» apparaît. Oui, Jussy aurait pu s’urbaniser au point d’accueillir une piste de décollage et d’atterrissage pour l’aviation légère au milieu des champs. La faute au développement de Cointrin, qui contraint l’Aéroclub de Genève à chercher d’autres espaces ailleurs. «Pas moins de 50 articles seront consacrés à cette thématique dans «L’Écho du Petit-Lac» entre 1961 et 1971», nous apprennent les «Miscellanées». En 2013, on en a reparlé encore, mais les Jusserands ont à nouveau su défendre leurs terres.

À la lettre C, le château du Crest a bien sûr sa place. Le manoir relevé par le capitaine et poète huguenot Agrippa d’Aubigné appartient à la même famille, les Micheli, depuis le XVIIesiècle. Une photo ancienne montre le tramway 11 passant devant le Crest, de retour de Jussy en direction de son terminus à Rive.

La lettre F nous renvoie aux films tournés à Jussy, dont le fameux «Mort un dimanche de pluie» de Joël Santoni, avec Nicole Garcia et Jean-Pierre Bacri notamment. La maison qui a servi au tournage existe toujours, laissée à l’abandon malheureusement. C’est le Domaine des Bois, immense villa imaginée par l’architecte genevois Jean-Marc Lamunière, cas unique de maison de maître contemporaine en milieu rural.

L comme Lullier, l’un des quatre hameaux de la commune, qui dans son ensemble, rappelons-le, ne comptait en 2018 que 1273 habitants! Elle est pourtant la quatrième plus grande du canton en superficie. C’est l’une des moins peuplées de la région.

La lettre M permet de faire la connaissance d’un curé de Jussy, du temps où une chapelle aujourd’hui disparue accueillait les paroissiens catholiques. Ce curé s’appelait Alexis Mermet, qui pratiquait la radiesthésie avec un certain succès.

Les pouvoirs de son pendule étaient connus loin à la ronde. Les patronymes jusserands sont à la lettre P. André Corbaz, historien de la commune au XXesiècle, avait dressé une liste des anciennes familles de Jussy reproduite ici. Les Mévaux, Pittard et Revilliod s’y trouvent évidemment. À la même lettre, l’article «Poudrière» mérite qu’on s’y arrête. Fruit d’une recherche récente et inédite, il ravive le souvenir d’une ancienne usine d’explosifs installée en 1899 près de Monniaz. On y produisait la cheddite, classe d’explosifs mise au point à Chedde en Haute-Savoie. Son emplacement est connu des gens comme Philippe Othenin-Girard, qui courait les bois dans son enfance. Des bois et des étangs où les tortues cistudes prospèrent à la lettre T.

B.CH.

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