Hédi Kaddour: entre la Tunisie et le Maroc, les colons français

RencontreDe passage à Genève, le récent lauréat du Grand Prix du roman de l’Académie française évoque l’écriture de son dernier ouvrage «Les Prépondérants».

L’écrivain franco-tunisien Hédi Kaddour était de passage à la Maison de Rousseau et de la littérature vendredi dernier.?

L’écrivain franco-tunisien Hédi Kaddour était de passage à la Maison de Rousseau et de la littérature vendredi dernier.? Image: GEORGES CABRERA

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Jeudi dernier, Hédi Kaddour remportait – ex aequo avec Boualem Sansal – le Grand Prix du roman de l’Académie française. Le lendemain, il causait littérature engagée avec Daniel de Roulet, dans le cadre du festival «écrire POUR CONTRE AVEC». Nous l’avons rencontré entre son TGV et sa conférence, pour évoquer son très beau roman Les Prépondérants. Son ouvrage est toujours en lice pour le Prix Goncourt, attribué mardi, le Femina (mercredi) et le Médicis (jeudi). C’est au premier étage de la Maison de Rousseau et de la littérature que nous rencontrons l’auteur, qui se montre curieux («C’est un Canon, que vous utilisez pour filmer, là?» demande-t-il au photographe), et prévenant («Vous voulez que j’enclenche aussi mon enregistreur, au cas où le vôtre lâcherait?»).

Roman d’apprentissage, texte social, historique, comique… Vous explorez divers genres dans «Les Prépondérants». Quel était votre but?

Il y a un côté Bildungsroman, c’est vrai. Je suis parti à l’aventure dans ce roman, on dira donc que c’est un roman d’aventure. En vérité, je lance des personnages sur les routes et les chemins, au-delà des mers, et je regarde ce qu’il se passe. Je suis parti de clichés: le grand colon, la jeune veuve, le lycéen qui réussit particulièrement bien dans les deux cultures – l’arabe et la française – l’actrice américaine à succès, etc. Au fur et à mesure, le roman exige que les personnages se densifient, par le jeu des relations qu’ils entretiennent avec les autres, les conflits et les obstacles qu’ils rencontrent. Cela leur fait acquérir leur propre singularité. Le contexte historique et mondain d’une société coloniale française est un arrière-plan (l’action se déroule dans le Maghreb des années 1920, ndlr).

Vos personnages sont très incarnés, le lecteur se retrouve souvent dans la tête de l’un ou de l’autre. Vous vous êtes inspiré de connaissances?

Pas vraiment. J’aimerais bien connaître une star de cinéma… Je fais simplement attention à ne pas faire penser les gens des années 20 comme on pense en 2015. Les monologues intérieurs sont assez difficiles à réussir, car ils doivent être naturels. Et le naturel est ce qui demande le plus de travail. Je me suis parfois inspiré d’expériences vécues. Le jeu avec les noyaux d’abricots est un souvenir d’enfance. Et j’ai appris la technique pour me défendre d’un chien agressif en pleine campagne (à savoir, faire ricocher un caillou pour frapper la bête, ndlr) au Maroc.

Pourquoi situer l’histoire dans une ville imaginaire du Maghreb, et non dans un lieu réel?

Parce que j’en avais deux expériences différentes. D’une part la Tunisie, où j’ai passé mon enfance jusqu’à 12 ans. J’avais en tête et dans la gorge un premier arabe dialectal, le tunisien. Plus tard, j’ai vécu treize ans au Maroc comme professeur coopérant français, et là-bas j’ai appris le dialecte marocain. En même temps, je faisais des études d’arabe classique. Pendant l’écriture du roman à Paris, il y a des moments où je ne savais plus si je situais l’action au Maroc ou en Tunisie. Mais ce qui m’intéressait, c’était la problématique générale du protectorat, qui a concerné les deux pays. «Les Prépondérants» était le nom d’un lobby existant à l’époque, le plus réactionnaire et le mieux organisé d’Afrique du Nord, composé de Français soutenant un protectorat ad æternam. Ils possédaient également une presse d’extrême droite, dans laquelle on lisait régulièrement des éditos racistes, aussi délicieux qu’«Il ne faut laisser régner ni Pepino, ni Mohammed, ni Mardochée». On retrouve là les trois objets du racisme du début du XXe siècle, à savoir l’Italien, l’Arabe et le Juif.

Des crève-la-faim qui croient se rebeller en se réfugiant dans une identité religieuse, mais qui sont manipulés par des puissants… Vous pensiez aux djihadistes?

Je ne suis pas journaliste – même si j’en ai formé des générations - ni un éditorialiste du présent. Je gratte un peu ce qu’il s’est passé dans les années 20, je ne cherche pas à faire écho à quelque chose.

«Les Prépondérants» de Hédi Kaddour, Ed. Gallimard, 460 p. (TDG)

Créé: 01.11.2015, 18h43

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