Chappatte: «Trump est très dur à coincer»

InterviewLe dessinateur de presse genevois publie «Le choc des ego». En 130 images incisives, un best-of d’actualité irrésistible.

Donald Trump? «C’est un bateleur, un vendeur de voitures, un personnage sans aucun scrupule», commente Chappatte.

Donald Trump? «C’est un bateleur, un vendeur de voitures, un personnage sans aucun scrupule», commente Chappatte. Image: ED. GLOBE CARTOON

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«Mais qu’est-il donc arrivé à la démocratie pendant qu’on avait le dos tourné?» s’interroge Patrick Chappatte en introduction du «Choc des ego», son nouveau recueil de dessins de presse. Bonne question. À laquelle le cartoonist du «Temps», de la «NZZ am Sonntag», du «New York Times» et du «Spiegel» répond en 130 images incisives, percutantes et, pour tout dire, irrésistibles. Mises bout à bout, elles racontent une tranche d’histoire. Pas forcément reluisante, la faute à une brochette de pervers narcissiques emmenée par un Donald Trump omniprésent. Avec Chappatte, rencontré dans son atelier des Pâquis, il est permis d’en (sou) rire…

Donald Trump monopolise un chapitre de votre nouveau livre. C’est le sujet qui revient le plus souvent dans vos dessins?
Hélas oui. Parmi les journaux avec lesquels je travaille, il y a le «New York Times». Depuis deux ans, Trump y a été omniprésent. Il a très bien compris comment fonctionnent les médias et cultive ce côté cataclysme permanent. Quel que soit le sujet, il arrive à faire parler de lui. C’est un bateleur, un vendeur de voitures, un personnage sans aucun scrupule. Sa méthode est celle des autocrates.

Autocrates que vous pointez en quatrième de couverture. «Voici le temps des hommes à poigne», écrivez-vous…
Russie, Turquie, Philippines, Brésil, Europe de l’Est… c’est une tendance apparue ces cinq dernières années, le thème principal de cette période, je pense. En 2008, le monde a subi une crise financière majeure. L’économie s’est quasi écroulée. Les gens se sont retrouvés K.-O. debout. Dix ans après, comme par hasard, on constate une montée des populistes et des autocrates. Oui, les hommes forts sont à la mode. Étonnamment, ces dirigeants au cuir épais ont l’épiderme très fin. Leur point commun? Ils ne supportent pas la satire.

Donald Trump, c’est le client rêvé pour un dessinateur de presse?
C’est ce qu’on nous dit. Mais ça n’est qu’en partie vrai. Les personnalités fantasques comme lui possèdent toujours un coup d’avance. Il m’est arrivé de choisir le matin un sujet le concernant, et de m’apercevoir le soir, au moment de rendre mon dessin, que le thème était devenu caduc parce que durant la journée il avait proféré deux ou trois autres énormités. De tels personnages caricaturaux sont très durs à coincer. Ce sont des cibles mouvantes. J’avais essayé d’imaginer le tweet qu’il ferait pour le Nouvel-An. J’en avais trouvé un méchant, de mauvaise foi, très trumpien. Le lendemain, il a envoyé à peu près le même!

Dans une interview, Herrmann, le cartoonist de la «Tribune», constatait: «On aurait facilement la tentation de le haïr. Or pour un humoriste, la pire des choses consiste à haïr quelqu’un.» Vous partagez son point de vue?
Oui. Trump a cette capacité de rendre fous de rage ses adversaires, qui le voient comme le mal absolu. Au niveau de l’argumentation, on n’est pas bon en se montrant enragé. Manipulateur, il sait utiliser l’hystérie qu’il suscite. Sa manière de jouer l’outrance produit un effet de lassitude et de corrosion. Ce qui constituait hier une norme inacceptable apparaît le lendemain comme une banalité. Chaque semaine aux États-Unis, on s’habitue à l’idée de nouvelles transgressions.

Comment s’est opérée votre sélection dans le flot de dessins réalisés depuis 2015?
Il s’agit d’un mélange subtil entre des thématiques incontournables et des dessins qui peuvent s’avérer simplement drôles, visuellement forts ou qui ont marqué l’actualité en se révélant particulièrement efficaces. Un dessin, c’est toujours un petit tour de passe-passe. Si l’on arrive à s’étonner soi-même, il y a des chances qu’il soit bon.

Difficile de savoir qu’une idée est judicieuse?
Même après de nombreuses années à exercer ce métier, je ressens encore le besoin de solliciter l’avis d’autres professionnels. J’effectue un petit sondage sur la base de trois à cinq esquisses, envoyées par e-mail au «Temps», à la «NZZ» ou au «New York Times». Comme dans toute bonne démocratie, c’est finalement moi qui choisis! Ce système me permet d’éliminer les idées qui ne fonctionnent pas. Le «New York Times» a lancé une fois l’idée que je publie mes esquisses sur Faceboook afin de faire voter les gens et de voir celle qui sort en tête. Mais je n’ai pas envie d’un tel processus. Je m’aide du feeedback des autres pour comprendre où je veux aller. Mais à la fin, je suis mon instinct.

Hormis un dessin sur Pierre Maudet et sur la venue du pape à Genève, l’actualité internationale et suisse prend le pas sur les événements locaux. Il ne se passe rien à Genève?
Il y a encore moins de dessins sur Vaud et le Valais. On pourrait donc dire que Genève est surreprésentée! Il s’agit d’un best of. Côté suisse, j’ai voulu dégager des thèmes nationaux. Il est vrai qu’en ce moment, l’actu genevoise devient nationale. Avec un peu plus de temps, j’aurais pu créer dans ce recueil une rubrique «Genferei», avec notamment les affaires de notes de frais. Guillaume Barazzone est clairement un personnage manquant dans ce livre!


«Le choc des ego», Chappatte, Éd. Globe Cartoon/Le Temps, 132 p.

Dédicaces: mardi 4 décembre, château de Voltaire, Ferney-Voltaire, 19 h, en compagnie de Fiami; jeudi 20 décembre. Payot Rive gauche, 18 h-20 h

Créé: 16.12.2018, 16h25

L’école passée au crible d’un Barrigue caustique



Le dernier recueil que vient de publier Barrigue passe l’univers de l’école au crible du trait et du regard caustique du dessinateur qui a longtemps marqué de sa patte les pages du quotidien «Le Matin». L’école, un univers impitoyable? «Oui», assure celui qui compulse, dans cet ouvrage, une série de dessins imaginés pour
la revue «Éducateur». L’école est impitoyable… «pour les enseignants, soumis à des restrictions budgétaires et à un stress sur les rythmes scolaires, écrit-il sur la quatrième de couverture. Impitoyable pour les élèves, soumis aux notes et à la sélection. Impitoyable pour les parents, soumis à la réussite de leurs enfants et à l’autorité des profs qui remplace l’incapacité de certains géniteurs à imposer une discipline à la maison. Impitoyable pour les politiques, soumis à la réalité d’un monde économique qui n’a pas compris les enjeux de l’éducation.» Tout un programme qui traverse les 118 pages éditées chez Slatkine.

G. CO.

«L’école… ce monde impitoyable», Barrigue, Éd. Slatkine, 118 pages.

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