Bernard Werber, des chats et des hommes

LittératureDans «Demain les chats», l’auteur parisien imagine le terrorisme observé par nos animaux de compagnie. Rencontre à Paris.

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«Savez-vous que les gens qui possèdent un chat sont en meilleure santé que les autres? Le ronronnement émet des ondes qui nous rassurent, nous apaisent, et nous aident à cicatriser.» Bernard Werber a les yeux qui brillent en avançant cette thèse, qui vient «du voisin de ma sœur, un vétérinaire» – et qui ne s’embarrasse pas du conditionnel. Ainsi procède toute discussion avec Bernard Werber: puisque ce qui le passionne est intimement lié avec la prédiction d’un futur possible, il est difficile de séparer les faits scientifiques avérés de visions inspirées.

Cette fois, c’est aux chats que l’écrivain prolifique donne la vedette dans son dernier roman, Demain les chats. Rencontre dans un bistrot parisien.

Après les fourmis, les anges et les dieux, voici les chats. Qu’est-ce qui vous fascine chez eux?

J’adore la souplesse, la grâce et l’indépendance de ces animaux. Ma chatte Domino – une vraie diva! – m’a été offerte par une amie, la romancière Stéphanie Janicot. Quand j’écris, elle vient se placer sur mon clavier. Si je passe trop de temps sans m’occuper d’elle, elle monte carrément sur la rambarde du balcon, se penche dans le vide en me regardant l’air de dire: «Tu as vu, je pourrais mourir, et ce sera de ta faute.» L’héroïne du livre, la chatte Bastet, est inspirée d’elle. Elle a une très haute estime d’elle-même et considère que les autres existent pour la servir. Pourtant, comme tous les chats, elle cherche à prendre soin de sa maîtresse.

Dans le roman, les chats voient dans les attentats terroristes une espèce en train de s’autodétruire. C’est votre point de vue?

Le livre est né sur la question de l’immortalité, quand a éclaté la tuerie du Bataclan. En tant qu’auteur de mon époque, je ne peux pas passer à côté du terrorisme. Tout le monde en parle, c’est vrai, mais il y a un devoir de témoignage. C’est une crise très forte de la société. Or à la radio, on entend soit des gens transcendés par la peur des terroristes, soit d’autres qui essayent de justifier leurs actes. Les deux points de vue me semblent couillons. Un animal voit juste des humains se tuer entre eux et se demande si c’est l’autodestruction d’une espèce qui a fait son temps.

Dans «L’Empire des anges», l’un de vos personnages est l’auteur d’un roman intitulé «Les rats». Un livre boudé par les éditeurs, qui lui suggèrent de choisir pour héros les chats, «beaucoup plus appréciés du grand public». Après «Les fourmis», c’est un conseil que vous avez fini par suivre à votre tour?

Non, je n’ai pas choisi les chats pour plaire au public. J’ai cherché un animal pouvant observer les événements et livrer son point de vue. Les fourmis sont aveugles, et vivent une réalité qui ne leur permet pas de concevoir la nôtre. L’auteur de science-fiction Clifford D. Simak avait déjà écrit Demain les chiens. Les rats, qui utilisent les couloirs du métro et les égouts pour circuler, qui sont omnivores et s’adaptent à tout, je les ai utilisés dans le roman mais dans le rôle des ennemis des chats. Les chats me semblaient donc parfaits. L’histoire démarre vraiment quand Bastet quitte la maison de sa maîtresse, où son existence prend vraiment un tournant.

Des chats nommés «Bastet» et «Pythagore», des références à l’Egypte ancienne, des leçons données selon le degré d’éveil de l’héroïne… Votre roman pourrait s’intituler «L’initiation franc-maçonne pour aristochats». C’est voulu?

Pythagore est à l’origine des enseignements ésotériques de la franc-maçonnerie. Le triangle, les vibrations, la gamme de musique… Pythagore a été initié au rituel égyptien de réincarnation et à des philosophies universelles qui comprennent le bouddhisme, la religion de la Grèce antique, ou le judaïsme. Toutes les initiations se ressemblent et consistent à se débarrasser de ses métaux, de tout ce qui alourdit. C’est la chenille qui se transforme en papillon. C’est l’être pur qui sort de l’être vil, parfois grâce à l’expérience de la mort. Ce que va vivre Bastet est une initiation en ce qu’elle va quitter sa vie confortable de chatte d’appartement pour devenir une vraie leader amazone et contrer une horde de rats.

C’est par le moyen d’un port USB dans le front que la maîtresse du chat «Pythagore» lui transmet du savoir. Un système bien moins plausible que la machine à traduire les mots en phéromones que vous aviez imaginée dans «Le jour des fourmis»…

A l’époque, la mode était aux grosses machines, tandis qu’aujourd’hui on associe plus la technologie à un téléphone portable doté de puissants logiciels. Mais les deux sont possibles. Avec des électrodes dans le cerveau, on peut faire croire à un animal qu’il voit de la nourriture, lui faire sentir le froid, le chaud, la peur. J’ai juste poussé le curseur et ajouté le langage, et Internet. Mais on y arrivera. Dans L’Ultime secret, j’avais imaginé qu’Isidore et Lucrèce pouvaient chercher des informations sur une personne, depuis le numéro de téléphone qui les appelait. On m’avait dit que ça n’arriverait jamais…

«Demain les chats» Bernard Werber, Ed. Albin Michel, 320 pages.

(TDG)

Créé: 20.01.2017, 19h11

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