Alexandre Lacroix accomplit un «Voyage au centre de Paris»

LES LIVRES DE L’HIVER (3) Ce roman raconte en fait des histoires sans doute vraies. La capitale française est une mine d’anecdotes et de souvenirs.

Alexandre Lacroix. Devenu rédacteur en chef de «Philosophie Magazine» à 30?ans, en 2005, l’homme écrit aussi des livres depuis 1998.

Alexandre Lacroix. Devenu rédacteur en chef de «Philosophie Magazine» à 30?ans, en 2005, l’homme écrit aussi des livres depuis 1998. Image: AFP

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Tout commence par une rencontre au Jardin du Luxembourg. Une mauvaise rencontre, en fait. La Jeanne que croise le narrateur de «Voyage au centre de Paris» n’a qu’une seule fonction. Elle va servir d’oreille. Autant dire que cette jeune personne, «née loin de Paris dans un petit bourg de la Sarthe», n’a aucune épaisseur dans ce livre, qui se qualifie de roman. Mais ne l’avez-vous pas remarqué? Prudence oblige, la plupart des ouvrages où tout semble vrai se présentent depuis quelques années en France comme des fictions. Des fois qu’il y aurait un peu d’invention…

Le «Voyage», qui s’accomplira en un peu moins de 400 pages, ne fera pas parcourir au lecteur des dizaines de kilomètres. Partie du Luxembourg, et de ses fameuses chaises mises à la disposition des flâneurs, la promenade se contentera de six arrondissements de la capitale. Elle ne dépassera pas, au nord, le boulevard Saint-Martin, qui ne se situe pourtant pas au bout du monde.

Promenade en sous-sol

Que va-t-il se passer, dans cet itinéraire sinueux qui enjambera la Seine au niveau du Pont-Neuf? Alexandre Lacroix, rédacteur en chef de «Philosophie Magazine» depuis 2005, va raconter à Jeanne des histoires. Il y a les courtes et les longues. Les anciennes, et celles auxquelles il a été mêlé. Ainsi en va-t-il, par exemple, d’une étrange fête dans les Catacombes. La mort reste encore joyeuse quand on est jeune. Alexandre y arrivera ainsi en parcourant Paris par en dessous. L’affaire se conclura par un article de «Libération», bien des années plus tard. Il y a aussi la rencontre, déjà ancienne, avec Fred, rue Xavier-Privas. Un semi-clochard qui n’a pas ouvert la bouche pendant neuf mois. Muet, le temps d’une grossesse. Celui de devenir ici quelqu’un d’autre.

Autrement, les siècles s’entrecroiseront. Paris n’en finit pas d’être conté, comme dans les films de Sacha Guitry. Claude Le Petit, poète brûlé en 1662 à 23 ans, croisera ainsi le jeune Ernest Hemingway, qui écrit en un après-midi, à La Closerie des Lilas, une de ses plus célèbres nouvelles, située comme il se doit en Amérique. «L’inconnue de la Seine», la plus célèbre noyée du fleuve (même si nul n’en connaît l’identité), unira un instant Aragon, Claire Goll et Paul Celan, qui se jettera lui aussi dans les eaux grises. A cause de Claire, selon Alexandre Lacroix.

Gentryfication

On l’aura compris. La promenade, qui aurait pu devenir galante ou crapuleuse en approchant des Halles, reste plutôt littéraire, et axée sur le XXe siècle. Un temps il est vrai révolu. Jack Kerouac se retrouve ainsi en 1965, place Saint-André des Arts. Il y élira son bistro, devenu depuis bien snob. Mais il en ira de même pour les beatniks de la génération suivante. Au 9, rue Gît-le-Cœur existait un petit hôtel, tenu par Monsieur et Madame Rachou, où vécurent Allen Ginsberg, William Burroughs, Gregory Corso ou Brion Gysin. D’autres Américains y séjournent aujourd’hui. Il s’agit d’un luxueux piège à touristes, réaménagé en faux vieux.

Si Alexandre Lacroi développe au début de «Voyage au centre de Paris» des phrases un peu creuses sur les villes musées dépourvues de l’audace d’un Shanghai ou d’un Dubaï, un changement radical est en effet intervenu. On le retrouve au cœur du livre, même s’il tait souvent son nom. Ce phénomène se nomme la gentryfication (on gentrification). Il s’agit d’un phénomène d’exclusion, qui transforme des quartiers populaires en ghettos pour riches. Là où l’auteur a connu de vrais magasins et d’authentiques bistrots se succèdent en 2012 des boutiques de mode. Les soupentes louées aux étudiants sans le sou (dont il faisait partie) sont devenues des lofts pour millionnaires, si possible étrangers.

Ce serait le thème central d’un bon gros livre, ça, non?

Pratique

«Voyage au centre de Paris», d’Alexandre Lacroix, aux Editions Flammarion, 387 pages. Sortie le 2 janvier.

(TDG)

Créé: 04.01.2013, 09h16

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