Le livre, géant et nain à la fois

ExpositionLa Fondation Martin Bodmer montre ses formats rares jusqu'en septembre 2020.

Le «Notre Père», minuscule de 1958.

Le «Notre Père», minuscule de 1958. Image: Naomi Wenger/ Fondation Martin Bodmer

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L’exposition qui vient d’ouvrir à la Fondation Martin Bodmer reste en place jusqu’en septembre 2020. C’est du temporaire long. Un délai qui ne doit pas laisser croire au visiteur genevois qu’il a jusqu’à la saint-glinglin pour y aller. Ce serait dommage de rater ça. Nicolas Ducimetière, vice-directeur de l’institution privée colognote, a pris un évident plaisir à extraire des réserves 47 volumes qui n’en sortent que rarement. Non pas parce qu’ils manquent d’intérêt, mais parce que leur taille est un obstacle à leur manipulation. Ce sont les géants et les nains de la Fondation Bodmer.

«L’idée n’est pas seulement de présenter des curiosités, explique Nicolas Ducimetière. Ces livres ont leur format pour de bonnes raisons. Un tel choix de tailles, de la plus petite à la plus grande, en dit long sur les modes de lecture qui les ont fait naître. Par exemple, un grand format peut répondre à un besoin de lecture collectif, dans le cadre d’une cérémonie religieuse.» Le commissaire de l’exposition désigne à ce sujet deux géants, un volume allemand de musique religieuse de 1560, «Magnificat» d’Orlando de Lassus, et un autre italien, à peine plus tardif, contenant huit messes du compositeur Giovanni Pierluigi Palestrina. Cette musique devait pouvoir être lue à distance par plusieurs personnes.

Une bible d’Augsbourg du XVe siècle doit son format à la fonction cérémonielle qu’elle remplissait. Elle en impose également par sa reliure d’époque, enrichie d’écoinçons (angles renforcés) et de fermoirs ouvragés. «La taille d’un livre peut aussi prouver le haut rang de son commanditaire», poursuit le commissaire. Tel est le cas de l’un des plus gros volumes de l’exposition, «Métamorphoses» et «Fastes» d’Ovide, un superbe travail de la Renaissance italienne, dont on voit une page teinte en pourpre naturel tiré du coquillage murex. Un signe distinctif de la majesté impériale. Très spectaculaire aussi, mais bien plus récent (1812), est l’album florentin «Pitture a fresco del Campo Santo da Pisa» de Carlo Lasinio.

«Ce peintre devenu conservateur du Camposanto de Pise a représenté ce monument roman et gothique dans ses moindres détails, sur plusieurs grandes pages accueillant chacune une illustration. Ce document s’est révélé très précieux quand les travaux de restauration de ce monument bombardé en 1944 ont commencé», précise Nicolas Ducimetière. Cet album est le plus imposant de l’exposition, avec ses 92 cm de long, 61 cm de large, 6,6 cm d’épaisseur et son poids de 30 kilos.

Quand il s’agit de donner à voir un cérémonial aux nombreux participants, comme le sacre du roi Louis XV en 1722, le grand format s’impose aussi. «Cet «in-plano» (format d’une feuille de papier non pliée) était destiné à fixer les détails reconstitués d’une cérémonie dont le déroulement était tombé dans l’oubli depuis le sacre de Louis XIV en 1654, indique le vice-directeur. Une précaution utile à l’approche de celui de Louis XVI en 1775.»

Les raisons de réaliser un livre très menu sont autres. «Elles peuvent être purement pratiques, politiques ou de l’ordre de l’intimité la plus stricte», affirme Nicolas Ducimetière en évoquant les formats appelés «minuscule», «nain» ou «microbe». «Le plus petit que nous possédons est une version de 1958 en cinq langues du «Notre Père» formant deux tomes de 4,5 mm sur 4,5 mm, pesant chacun moins d’un gramme. Un volume que l’on peut perdre de vue facilement», s’inquiète le bibliophile. Contrairement aux géants, dont les illustrations sont souvent la raison d’être, les nains contiennent principalement du texte.

Comme, par exemple, les «Two Speeches» d’Abraham Lincoln en format minuscule, objet de la catégorie des livres-bijoux réalisé à Londres vers 1930. Bien plus ancien et moins minus est le recueil de prières utilisé au XVe siècle dans une abbaye du Wurtemberg, dont le format permettait la lecture quotidienne tout en marchant. Car le livre de poche n’est pas une invention du XXe siècle. L’une de ses premières formes est celle des volumes reprenant les romans publiés dans la presse sous forme de feuilletons.

«Dès leur dernier épisode, des éditeurs bruxellois s’empressaient d’en faire des petits volumes in-octavo qui se vendaient très bien. Mais c’était sans l’accord de l’auteur – ici Balzac – qui reprenait généralement son texte avant la première édition officielle», nous apprend le commissaire.


«Géants et nains» Jusqu’en septembre 2020 à la Fondation Martin Bodmer à Cologny https://fondationbodmer.ch

Créé: 24.06.2019, 19h28

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