Quel livre bouquiner au chalet? Place au best-of de la rentrée littéraire

LittératureUne fois le buzz autour des grands prix retombé, que reste-t-il dans le tamis? Voici notre sélection des pépites de la rentrée.

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Le dernier Goncourt vaut-il celui de l’année dernière? Pourquoi Emmanuel Carrère n’a-t-il été sélectionné pour aucun prix tandis que le plus léger David Foenkinos s’est imposé sur toutes les listes? François Hollande traite-t-il vraiment les pauvres de «sans-dents» dans Merci pour ce moment? Chaque année, la rentrée littéraire de septembre et ses buzz médiatiques s’invitent dans les conversations. L’excitation est à son comble lors des grands prix français attribués en novembre – Goncourt, Renaudot, Femina, Décembre, Académie française, Médicis et Interallié. Puis pfuitt! Tout se dégonfle. En décembre, la phrase du type «J’ai découvert un bon livre récemment» ne s’entend plus que parmi quelques irréductibles passionnés. Or, pendant les vacances de Noël, nous sommes nombreux à chercher le bon bouquin à emporter au chalet. Mais lequel choisir parmi tous ces livres qui ont fait parler d’eux? Voici une petite sélection – forcément subjective puisque réalisée à partir des lectures de la rubrique culturelle – des meilleurs ouvrages romands, français et étrangers de la rentrée.

1. A lire au lever du jour

Derrière la fenêtre à carreaux, regarder un soleil rose irradier les monts enneigés. Ces moments d’émerveillement devant la splendeur du monde sont à l’origine de la conversion d’Emmanuel Carrère au catholicisme. L’écrivain français raconte dans Le Royaume comment il fut «touché par la grâce» il y a une vingtaine d’années et vécut trois ans en fervent chrétien, fréquentant tous les jours l’église et étudiant assidûment la Bible. Dans son récit, l’auteur de L’Adversaire raconte sa propre expérience de la foi, mais également le quotidien des premiers chrétiens de Corinthe, se basant sur l’évangile de Luc et les lettres de Paul. Unanimement salué par la critique et royalement snobé par les grands prix – l’Académie Goncourt estimait que le texte tenait plus du récit que du roman pour pouvoir concourir et l’Académie française ne pouvait pas distinguer l’écrivain, qui se trouve être le fils de sa présidente, Hélène Carrère d’Encausse – Le Royaume est l’un des plus importants romans de l’année.

2. A lire en achetant son forfait de ski

«Maman, j’ai le nez qui coule!» «Tu as pris tes lunettes de soleil?» «Ne poussez pas derrière, on a tous envie d’aller skier!» Ces bains de foule aux caisses des stations de ski ne font rêver personne. Ils rendraient même plutôt misanthrope, au point de fantasmer sur le fameux «planter de bâton» meurtrier de Jean-Claude Dusse… Pourtant, deux ouvrages de la rentrée ont le pouvoir de nous réconcilier avec l’espèce humaine. Il s’agit de Peine perdue d’Olivier Adam et d’Autour du monde de Laurent Mauvignier. A travers la pluralité des points de vue – on passe de la tête d’un personnage à l’autre – on se surprend à gagner en empathie pour les gens qui nous entourent. Oui, même le très grand Anglais devant nous qui s’étale de la crème en stick sur le visage en parlant très, très fort peut nous apparaître, après lecture des susmentionnés, doté d’une vie intérieure foisonnante et intéressante… Non content de maîtriser à merveille les différents styles d’expression des locaux d’une petite ville balnéaire de la Côte d’Azur, Olivier Adam construit un drame dont le suspense tient le lecteur en haleine. Quant à Laurent Mauvignier, le tsunami dévastant Fukushima lui sert de prétexte pour survoler le globe et se poser au-dessus de protagonistes du monde entier, livrant au passage une tranche de leur quotidien, des retraités italiens au domestique philippin à Dubai.

3. A lire sur le télésiège

Vous soufflez sur vos gants, vos fesses collent sur la banquette et les flocons vous ont givré la moustache? C’est l’occasion rêvée d’apprendre comment le commerce de la glace est arrivé en Europe. Mais la glace à lécher, soit la fameuse penny-lick, qui nécessite des blocs de glace arrivés de Norvège par bateau, mélangés à du sirop sucré. Ce mets glacé était la spécialité de l’entrepreneur tessinois émigré à Londres Carlo Gatti, dont Anne Cuneo fait le portrait dans son délicieux dernier roman, Gattti’s Variétés.

4. A lire lors de l’après-ski

Après l’effort, le réconfort! Place au vin chaud, à l’irish coffee, aux shots d’absinthe et au cigare. Que vous soyez encore en combinaison, battant la mesure avec la chaussure de ski, ou déjà en collant et maillot de corps au chalet, qu’importe! Solal Aronowicz trinque avec vous. Qui ça? Mais le personnage délirant du Genevois Florian Eglin, bien sûr! Ce dernier a publié le deuxième tome des aventures de son héros de la rue des Granges, buveur, fumeur, jouisseur de la vie et pourfendeur d’ennuyeux, intitulé Solal Aronowicz: une résistance à toute épreuve… Faut-il s’en réjouir pour autant? A consommer sans modération.

5. A lire en préparant la fondue

Puisque la recette de la fondue est l’une des questions que l’on pose aux candidats à la nationalité suisse, Roman Dragomir, l’avatar de feu le fondateur de l’Age d’Homme, Vladimir Dimitrijevic, auquel Jean-Michel Olivier rend hommage dans son dernier roman, devrait être incollable en la matière. Fier de ses origines serbo-croates, «Drago» n’en tient pas moins à épouser les us et coutumes suisses, lit-on dans L’Ami barbare. Des bistrots genevois aux clubs de football romands, le génial éditeur fraie avec les autochtones comme s’il habitait là depuis toujours.

6. A lire au coin du feu

Bien calé(e) dans un fauteuil placé tout près du feu (ou contre le radiateur), vous aurez plaisir à vous réchauffer aux expressions chaleureuses de Lydie Salvayre, qui use du «fragnol» – soit un mélange détonant de français et d’espagnol – dans Pas pleurer. Ce roman se déroulant sur fond de guerre d’Espagne, qui lui a valu le Prix Goncourt, part du souvenir de la Catalane Montse, qui a vécu le plus bel été de sa vie à 15 ans, en 1936, lors d’une éphémère victoire de la jeunesse libertaire.

Créé: 19.12.2014, 17h55

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