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La liberté artistique à l’épreuve du réel? Ça roule!

Artiste associé à L’Abri pour 2018-2019, Rémi Dufay emmène son public faire un tour (en bus) de la notion de compromis.

Jean-Daniel Piguet, Rémi Dufay, Jean Kerauden, Didier, Isabela De Moraes Evangeslista et Aurore Jecker, à bord de leur car fantasque «D'Amour et d'eau fraîche».
Jean-Daniel Piguet, Rémi Dufay, Jean Kerauden, Didier, Isabela De Moraes Evangeslista et Aurore Jecker, à bord de leur car fantasque «D'Amour et d'eau fraîche».
LAURENT GUIRAUD

Au lieu de se répartir à l’italienne, les fauteuils s’échelonnent quatre par quatre, de part et d’autre du couloir central, jusqu’au fond de l’autocar. La scène, elle, se déploie tout autour, par les fenêtres latérales, avec une attention accrue portée sur le chauffeur du véhicule, Didier, et sur l’organisateur de l’excursion, interprété ici par le metteur en scène Jean-Daniel Piguet. L’Italie, notre théâtre sur roues ne s’en inspire pas dans son architecture: il s’y rend. Sans tergiverser. «D’amour et d’eau fraîche», c’est cap sur Gênes et la mer de Ligurie.

Évidemment, les choses ne vont pas se passer comme prévu. Tout projet, n’est-ce pas, doit s’adapter aux circonstances. Pour commencer, on n’ira pas, comme convenu, assister à un spectacle à Versoix, pour la bonne raison que son créateur, en crise, «ne l’assume pas». À la place, il emmène son assistance en virée vers le Sud «même si ça prendra un peu plus de temps qu’indiqué sur le programme». Or, à cause d’une altercation, le rêve de vacances tourne court. Le conducteur du bus abandonne ses passagers, artiste en tête, sur le bord de la route. Munis de leur dauphin gonflable et d’un sac rempli de maillots de bain, ceux-ci iront alors s’échouer sur les rives du Léman, où ils partageront un coin de pelouse avec quelques jeunes qui leur vendront bientôt de quoi se sustenter. Une famille de canards se joindra même aux ripailles. Au terme d’une discussion, diffusée par haut-parleur, qui les aura opposées tout au long du voyage, deux amies (Aurore Jecker et Isabela De Moraes Evangelista) finiront, elles, par embarquer sur un canot pour descendre le Rhône jusqu’à la Méditerranée…

La compromission sous toutes ses formes: tel est le fil que suit pour sa part cette balade imaginée par un jeune plasticien de Caen venu se frotter à la pratique des arts vivants genevois. Choisi par Rares Donca pour intégrer L’Abri, devenu membre de l’équipe de coordination de la Biennale interstellaire des espaces d’art de Genève, Rémi Dufay aborde la question avec humour, l’air de ne pas y toucher. Plus ou moins improvisées, les situations qu’il propose flirtent tantôt avec le burlesque, tantôt avec les obsessions dans l’air du temps.

Du sponsoring culturel à la plus banale transaction monétaire, Dufay souligne néanmoins les pernicieuses contraintes. En chemin, il éprouve la notion d’«affaissement», ce seuil au-delà duquel on renonce à un principe, à une valeur ou à une cause de peur d'y perdre une plume, un privilège ou un brin de confort. Pactiser, ça va loin, nous rappelle-t-il dans un clin d’œil.

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«D’amour et d’eau fraîche» Gare routière, jusqu’au 11 sept., à 19 h, www.batie.ch, www.remidufay.com

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