Lézarder en attendant sa fin

ThéâtreAu deuxième étage du Grütli, Ludovic Chazaud lâche ses sauriens sur «L'Île des condamnés» de Stig Dagerman.

Cédric Djedje et Aline Papin, deux naufragés à la conscience lézardée.

Cédric Djedje et Aline Papin, deux naufragés à la conscience lézardée. Image: FRANCESCA PALAZZI

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L’espoir n’a plus cours sur cette Île des condamnés empruntée à l’auteur suédois Stig Dagerman, suicidé en 1954 à l’âge de 31 ans, dont l’adaptation du roman est ici rebaptisée Imaginez les lézards heureux. Le pitch? Dans l’attente d’un hypothétique navire salvateur, cinq naufragés lézardent parmi les reptiles qui règnent sur ce coin de nature hostile. Le temps d’un crépuscule, leur passé, leurs secrets, leurs obsessions, leurs blessures font irrépressiblement surface, les forçant à constater l’absurde inanité de l’existence. Question cadre, on pense Koh-Lanta. Question métaphysique, on ne navigue pas très loin au nord de Maurice Maeterlinck ou de Luigi Pirandello.

Or Ludovic Chazaud, fondateur de la Compagnie Jeanne Föhn dès sa sortie de la Manufacture en 2009, n’est pas de ceux qui vous plombent l’atmosphère sans prévoir la possibilité d’une brèche. Entouré de ses fidèles Baptiste Gilliéron, Aline Papin, Emilie Bobillot, Cédric Simon et Aurore Jecker – auxquels s’ajuste en souplesse le nouveau venu Cédric Djedje –, le metteur en scène lézarde son noir récit d’effets de distanciation aussi comiques que pénétrants. Des tas de petits sauriens qui courent partout avant la nuit.

La scénographie, d’abord, de bout en bout synthétique sous l’astre lumineux qui vient trouer la pénombre. La nonchalante musique des îles, toujours prête à noyauter un premier degré. La narration, surtout: quand la personnification du Soleil et de la Mer ne s’exprime pas à travers son masque récupéré d’un spectacle enfantin, nos cinq ectoplasmes slaloment entre 1ere et 3e personne du singulier, passant allègrement de l’ironie délirante à la poésie contemplative. Toutes écailles tendant à prouver que la scène peut d’un coup de langue absorber un texte sophistiqué. Et que ce texte peut prêter à sourire, même en nageant en eaux sombres. Une leçon de stoïcisme.

Imaginez les lézards heureux Théâtre du Grütli, jusqu’au 6 mars, 022 888 44 88, www.grutli.ch

Créé: 26.02.2016, 18h58

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