Léo Kaneman adoubé par la France

ConsécrationFondateur de Cinéma tous Ecrans et du Festival du film sur les droits humains, l’homme devient ce soir chevalier des Arts et des Lettres.

Léo Kaneman: «Toute ma vie, j’ai pensé que le cinéma peut parler des droits humains mieux que n’importe quel média.»

Léo Kaneman: «Toute ma vie, j’ai pensé que le cinéma peut parler des droits humains mieux que n’importe quel média.» Image: OLIVIER VOGELSANG

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Un nouveau look, l’œil pétillant. Aucun doute possible, Léo Kaneman a l’air porteur de bonnes nouvelles. En effet, mercredi soir, on lui remettra les insignes de Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres, des mains de l’Ambassadeur de France auprès de l’ONU, Nicolas Niemtchinow. «C’était une surprise!» s’exclame le fondateur et président d’honneur du FIFDH (Festival du film et forum international sur les droits humains), par ailleurs à l’origine du Festival Cinémas tous Ecrans il y a vingt ans. «Je ne m’y attendais pas du tout. Un jour, mon épouse m’appelle, elle était en larmes. Nous venions de recevoir une lettre de Fleur Pellerin (Ministre française de la culture et de la communication, ndlr), qui m’avait élevé à ce grade. L’initiative venait de l’Ambassadeur.» Léo Kaneman en était enchanté. D’autant plus que le terme de chevalier évoque pour lui aussi bien des souvenirs d’enfance qu’une passion mise au service du cinéma et des droits humains.

Cinéma et droits humains

«Tout de suite, j’ai vu défiler des films dans ma tête. Robin des Bois avec Errol Flynn, Ivanhoé avec Robert Taylor. Je les ai découverts quand j’étais gosse, en sautant d’une salle à l’autre à Paris. Et je crois qu’ils correspondent à ce que je suis devenu. Toute ma vie, j’ai pensé que le septième art peut parler des droits humains et dénoncer les injustices mieux que n’importe quel média.» Pourtant, celui qui se définit comme un prolo – «j’ai fait mon certificat d’études, l’Uni est venue après Mai 68» - a pris de nombreux chemins de traverse avant de s’installer à Genève et d’y devenir directeur de festivals.

«J’ai étudié à Paris 8, en cinéma, puis passé un diplôme d’écologie avant de venir enseigner la photo et la vidéo à l’Ecole d’architecture de Genève.» Dans la foulée, l’homme a réalisé quelques films, des courts-métrages qui ont bien marché, puis un long-métrage, Pierre qui brûle, avec Ute Lemper, qu’il a mis cinq ans à monter financièrement. «Cela reste une expérience formidable, même si elle n’a pas donné grand-chose au niveau du public. A l’époque, je m’occupais encore de Fonction: cinéma.»

En réalité, il a œuvré au sein de l’association de 1984 à 2003. C’est durant ce long mandat qu’il a créé Cinéma tous Ecrans. Au départ, il ne s’agissait que d’une section parallèle au cœur d’un autre festival genevois, le défunt Stars de demain. Mais dès l’année suivante, en 1995, tous Ecrans s’est détaché et a pris son envol. «A l’époque, mes amis du cinéma le voyaient d’un mauvais œil. Je me bagarrais pour montrer et faire découvrir des séries. Et aujourd’hui, non seulement tout le monde en présente, mais en plus leurs qualités artistiques sont reconnues. En projetant Oz ou 24 heures chrono avant tout le monde, j’étais un pionnier, quelque part.»

Cinéma tous Ecrans, Léo Kaneman l’aura donc dirigé pendant quinze ans, avant de passer le flambeau à Claudia Durgnat puis aujourd’hui à Emmanuel Cuénod, dont il trouve le travail admirable. «Mais avec le FIFDH, j’ai continué à œuvrer, dans une double démarche, artistique et politique. J’ai deux passions dans la vie: le cinéma et une certaine idée de la politique. Qui n’est ni de droite ni de gauche, puisque les violations des droits humains peuvent venir de partout. De 2003 à 2014, j’ai donc dirigé cette manifestation où cohabitent projections et discussions, avant de passer le témoin à Isabelle Gattiker qui en est la directrice depuis cette année. Mais je m’occupe encore, avec son accord, des soirées thématiques.»

«Tenace et courageux»

«Comme le chat, Léo a sept vies, nous confie justement Isabelle Gattiker. Mais de tous les félins, c’est du lion qu’il tient le plus. On peut dire qu’il porte bien son nom! Il est tenace, courageux et fier. Sa devise est «On ne lâche rien!» Je lui dois énormément. Nous sommes passionnés par les mêmes choses: les droits humains, le cinéma, la dénonciation des injustices, la défense de valeurs universelles. Il m’a toujours fait confiance, m’a appris à me battre pour mes convictions, à croire en moi et à aller toujours plus loin.»

Des qualités que Léo ne nie pas. «Je suis effectivement tenace. Avec parfois les défauts qui vont avec. J’ai mauvais caractère, tendance à m’emporter, suis souvent colérique et peux réagir au quart de tour. Mais le cinéma et les droits humains, c’est ma vie, je ne me définis qu’à travers eux.» Jasmin Basic, qui a longtemps œuvré au sein de Cinéma tous Ecrans, avant de devenir programmatrice dans plusieurs festivals, décrit de son côté Léo Kaneman comme «un visionnaire un peu farfelu qui, avec son bronzage défiant la grisaille locale et ses lunettes de soleil égarées mille fois, sous ses airs de Jack Nicholson frenchy, a beaucoup apporté au paysage culturel genevois.»

Et en effet, s’il y a bien une chose indéniable, c’est que la culture à Genève, sans Léo, ne serait pas tout à fait la même. «On m’adore ou on me déteste, mais je ne laisse pas indifférent», conclut un Léo Kaneman qui, pour se définir, cite sa phrase préférée: «Les artistes ont l’art de cultiver le beau pour dire le vrai.» Son auteur? Sénèque, un philosophe stoïcien du Ier siècle. Tout Léo, en somme. (TDG)

Créé: 16.06.2015, 20h04

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