Léa Pool, une passion au service du cinéma

CinémaL’auteure de «La passion d’Augustine» a passé toute sa vie au Québec.

Léa Pool: «J’ai peu de souvenirs de Genève. J’y suis née et n’y ai vécu que cinq ans.»

Léa Pool: «J’ai peu de souvenirs de Genève. J’y suis née et n’y ai vécu que cinq ans.» Image: GEORGES CABRERA

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Léa Pool réalise des films depuis le début des années 80. De La femme de l’hôtel (1984) à Maman est chez le coiffeur (2008), elle observe ceux et surtout celles qui sont en marge des normes. Obsédée par l’identité féminine et par l’émancipation des femmes – presque tous ses films ne parlent que de cela –, elle vient de réaliser La passion d’Augustine, qui dépeint la vie dans un couvent où une religieuse passionnée de musique se heurte au rigorisme d’une institution corsetée. Nous sommes dans les années 60, au Québec, et les faits se basent sur une histoire vraie. Si Léa Pool a toujours travaillé au Canada, ce qu’on sait moins, c’est qu’elle est en réalité née à Genève il y a 65 ans.

Quels souvenirs gardez-vous de Genève?

J’en ai très peu, car je n’y ai vécu que cinq ans. Puis je suis partie à Lausanne et ensuite à Montréal, à l’âge de 25 ans. Je ne pensais y rester qu’une année. Mes attaches avec la Suisse sont une maison de production, à Zurich et Lausanne.

D’où l’idée vous est-elle venue de raconter une histoire aussi singulière que celle de «La passion d’Augustine»?

C’était une idée de ma coscénariste. Le sujet est à la croisée de tout ce qui m’intéresse. Le rôle des femmes dans la société, l’histoire du Québec, et bien sûr la musique. J’aime les films qui racontent la grande histoire à travers la petite. C’est le cas ici. A travers l’histoire de ce groupe de sœurs musiciennes, je peux parler de l’évolution des mœurs au Québec.

Le film se déroule au Québec mais il a une portée universelle.

Il montre que le sens de la communauté et que le vivre ensemble se perdent de plus en plus. Il dit également l’importance d’avoir une passion. Qu’elle soit musicale ou non.

Vous êtes-vous inspirée d’autres films tournés dans des couvents?

J’ai revu Thérèse d’Alain Cavalier. Et j’avais Jeunes filles en uniforme en tête. Mais ce sont surtout des documents dénichés à l’OFC (ndlr: Office du film canadien) qui m’ont permis une incursion dans ce monde-là. Et pour les paysages, je me suis inspirée d’un peintre, Jean-Paul Lemieux. Dans La passion d’Augustine, je voulais une écriture très classique. Je désirais aussi qu’on ressente le passage des saisons. Pour cela, j’ai dû me battre avec la production, car tourner en fonction de cela coûte cher. Enfin, j’ai eu un gros travail à effectuer sur la musique.

Les comédiennes sont toutes très vite identifiables. Le casting a-t-il été compliqué?

Oui, car j’avais besoin de jeunes comédiennes qui sachent aussi jouer du piano. Je ne voulais pas tricher en filmant par exemple les mains d’une autre pour les séquences. Mon deuxième défi était de trouver des actrices typées. La moitié du film repose sur leurs visages, donc c’était fondamental. Mais la plupart de celles qu’on voit dans le film sont un peu connues au Québec.

Les lieux sont également très reconnaissables. Les repérages ont-ils été compliqués?

Non, mais tout a été tourné dans le désordre et dans des lieux différents. Le couvent et la chapelle étaient au bord de la rivière Richelieu. Tous les intérieurs sont ailleurs. Le plus dur, sur le tournage, ça a été le froid. Pour certains extérieurs, il a fait jusqu’à moins 25 degrés.

Et les scènes de dévoilement, qui sont magnifiques?

On les a tournées à la fin. J’ai juste demandé aux comédiennes de penser à l’émotion de cet instant-là. L’une m’a dit que c’était comme si on lui arrachait la peau.

Est-ce que chacun de vos films vous apporte quelque chose?

Je remarque surtout que je suis de plus en plus à l’aise avec la direction d’acteurs. J’ai de moins en moins le sentiment d’être une usurpatrice et commence enfin à maîtriser mon métier. Il serait temps, après trente ans de films.

Auriez-vous envie de tourner des films aux Etats-Unis?

Pas forcément. Je n’ai pas d’ambition particulière. Même si je préfère le français, j’ai déjà tourné en anglais. Et puis je ne sais pas si j’aimerais faire une grosse production. La passion d’Augustine a coûté environ 4 millions de dollars canadiens. Cela me convient.

(TDG)

Créé: 18.10.2015, 19h17

La critique

Classique et attachant

Les films se déroulant en milieu religieux possèdent souvent leurs règles internes. La passion d’Augustine n’y fait pas exception. Pourtant, son sujet décloisonne l’ascèse inhérente au contexte. Simone Beaulieu dirige un couvent sur le bord du Richelieu. Mais sa passion, c’est la musique. Et elle va tenter de l’inculquer à ses élèves, au grand dam d’instances supérieures qui feront tout pour l’abattre. Porté par une comédienne magnifique, Céline Bonnier, le film est riche en émotions et instants de grâce. Classique mais terriblement attachant.

Dès mercredi en salles à Genève.

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