Le Cirque du Soleil brille sans trop éblouir

Première«Totem» survole l’évolution de l’homme avec un show aux performances physiques bluffantes.

Sur une trame narrative élastique, «Totem» propose un spectacle au rythme enlevé.

Sur une trame narrative élastique, «Totem» propose un spectacle au rythme enlevé. Image: GEORGES CABRERA

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Waow! D’un coup d’un seul, le public s’est levé. Parmi les 2500 spectateurs enthousiastes, Joël Dicker, Darius Rochebin, Laurent Deshusses et Sonia Grimm. Standing-ovation pour les artistes du Cirque du Soleil. Sous le grand chapiteau blanc dressé au milieu de la plaine de Plainpalais, les applaudissements fusent. Les vivats aussi. Première réussie pour «Totem», jeudi soir. À n’en pas douter, le bouche-à-oreille va fonctionner pour ce show aux performances physiques bluffantes. Techniquement, c’est parfait, virtuose souvent. Un peu décousu aussi. Et l’on reste parfois assez loin du thème original, l’évolution de l’homme.

Histoire de commencer par une image forte, le spectacle imaginé par le Canadien Robert Lepage voit surgir des cintres «l’homme de cristal», un acrobate en costume à paillettes qui plonge en tournoyant sur le centre de la scène. Le décor? Une carapace de tortue représentant une île. Sous cette structure se dissimule un monde semi-aquatique, au sein duquel une dizaine d’artistes grimés en batraciens bondissent d’une barre parallèle à l’autre. Les premiers balbutiements de la vie dans un milieu aqueux sont suggérés par des projections vidéo. Un véritable marécage virtuel qui se transformera plus tard en lac, en océan, en île volcanique ou en étang desséché. Merveille de la technologie, les images interagissent en temps réel avec les mouvements des artistes, qui parviennent à simuler ondulations et éclaboussures. À l’image du clown Misha, qui donne l’illusion d’évoluer en barque sur un plan d’eau. Ce faux maladroit aux allures d’ahuri se révèle un redoutable jongleur. Et un habile magicien, lui qui transforme en deux temps trois mouvements un simple sac plastique en un oiseau gracieux.

Pour la touche d’humour, on peut aussi compter sur Valentino, étiqueté macho de service, un physique de crevette mais une tchatche d’enfer. Dans un sabir italo-français, l’homme en fait des caisses en touriste dragueur, arrogant et pollueur. Lunettes fumées également, mais corps d’Apollon sculpté en V, deux bellâtres en bermuda semblent se pointer pour faire admirer leurs pectoraux. Du pipeau. Leur air dilettante dissimule une coordination sans faille et une puissance impressionnante aux anneaux. Au son d’une musique bollywoodienne, nos deux larrons encadrent une «pink lady» aux allures de pin-up, elle aussi d’une adresse confondante.

Le rapport avec l’évolution de l’espèce humaine, prétendument au centre du spectacle? Il faut le chercher dans cette scène amusante qui voit un businessman en complet cravate compléter une lignée de primates, d’hommes de Cro-Magnon et de Néandertaliens. Pour le reste, c’est plutôt ténu, comme ce tableau au cours duquel cinq charmantes monocyclistes asiatiques parfaitement synchronisées se balancent des bols avec les pieds tout en pédalant sur une seule jambe. Ou ce duo au trapèze fixe se défiant comme chien et chat dans une suite de portés acrobatiques.

Mélangeant ambiance ethno et pure prouesse circassienne, le show évolue sur une trame narrative élastique. Une impression de melting-pot qu’a ressentie Vanessa Pahud, directrice de l’école de cirque de Confignon. Invitée avec une centaine de personnes (élèves moniteurs et bénévoles) dans le cadre de l’engagement communautaire du Cirque du Soleil, la Genevoise a passé une belle soirée. Son regard de spécialiste a toutefois davantage vu un amalgame de numéros entrecoupés d’intermèdes qu’un ensemble parfaitement cohérent. «C’est lisse, coulé, tout s’enchaîne bien. Reste que le thème central est très survolé. On aurait pu montrer davantage de finesse dans le traitement du sujet.» Déjà présenté avec succès dans une quarantaine de villes depuis 2010, «Totem» s’avère brillant. Mais il n’éblouit pas totalement.

Cirque du Soleil, «Totem». Plaine de Plainpalais, jusqu’au 16 juin. Billets sur www.ticketcorner.ch et www.cirquedusoleil.com

Créé: 10.05.2019, 15h14

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