Lausanne pourrait couper dans le budget de la Culture

Culture Monsieur Culture lausannoise depuis deux mois, Michael Kinzer a lancé un programme d’évaluation afin de mieux définir son action.

Le nouveau chef de la Culture lausannoise Michael Kinzer a pris ses fonctions en janvier. «J’ai été accueilli avec beaucoup de bienveillance»

Le nouveau chef de la Culture lausannoise Michael Kinzer a pris ses fonctions en janvier. «J’ai été accueilli avec beaucoup de bienveillance»

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«Je sais que mon capital de sympathie se fissurera sans doute auprès de quelques-uns quand certaines décisions seront prises.» Même quand il s’agit de se lancer une vanne, Michael Kinzer garde le sourire. Arrivé comme le Messie à la tête du service culturel de la Ville de Lausanne, l’ancien directeur du Festival de la Cité table pourtant moins sur son charisme que sur son travail et son expérience. A un poste sous tutelle du municipal en charge de la culture et syndic Grégoire Junod, l’enfant prodigue Kinzer, dynamique moteur de la scène romande depuis vingt ans, croit en une confiance réciproque pour soigner sa marge de manœuvre. Parmi ses premières mesures: une vaste opération d’évaluation des acteurs et institutions culturels soutenus par la Ville. Avec, au final, l’encouragement de nouvelles pratiques collectives et de synergies. L’aimable Kinzer va-t-il sortir une hache?

La Ville met l’accent sur les mesures d’économie à réaliser. L’offre culturelle lausannoise est-elle trop importante?

Tout est une question de rôles et de missions. Si chaque acteur est complémentaire et trouve son public, si chacun fonctionne comme un tout, alors il n’y a jamais trop. Les périodes d’économie ne sont jamais les plus stimulantes en termes de créations de nouveaux projets. Elles peuvent nous permettre en revanche de réfléchir sur ce qui est important, améliorable, en fonction des rôles et de leur impact pour la collectivité.

Votre mission sera-t-elle de faire le tri?

Le mot est trop fort. Plutôt une évaluation du travail de chacun et peut-être une réévaluation de certains acquis.

Comment s’opère cette évaluation?

Ce sont des réflexions que nous menons principalement à l’interne. En ce qui concerne les musiques actuelles, dont la dématérialisation induit des pratiques globalisées et inédites, nous avons mandaté un collectif londonien et berlinois pour réaliser un état des lieux de la situation lausannoise — une sorte de cartographie globale regroupant lieux de diffusion, artistes, entourages professionnels, etc. Cela afin de développer un plan d'action et une stratégie cohérente dans le domaine.

Ce scanner va-t-il impliquer des changements structurels dans la politique de subvention?

Certainement des évolutions.

Des coupes?

Il est possible que dans le programme d'économie, des coupes doivent intervenir. Mais nous ne voulons pas de coupes linéaires, qui seraient un non-choix comme beaucoup de villes l’ont trop souvent fait dans le passé. Couper de façon ciblée, concertée, a un sens si cela s'inscrit dans une réflexion constructive et cohérente. Pour certains lieux, cela peut permettre de partir avec un budget plus modeste mais avec un avenir plus affirmé et clair.

Les acteurs culturels doivent-ils s’inquiéter?

Un acteur culturel ne devrait jamais avoir peur de son futur dans l’absolu. Si on défend des valeurs claires, on peut travailler dans un rapport de confiance. Ceux qui peuvent avoir peur sont ceux qui ne savent pas très bien où ils se situent. Nous ne sommes pas là pour sanctionner mais pour construire des solutions, trouver d’autres angles, encourager les idées nouvelles.

Si vous deviez définir une boussole pour guider votre action, quelle serait-elle?

Très certainement le fait que de nombreux artistes locaux vivent avec une réelle difficulté financière, voire dans des conditions de grande précarité. Une ville a l’obligation de gérer cela avant tout. Pour aller à l’extrême, je dirais que le rayonnement international est l’aspect le plus éloigné de ce que devrait être une politique culturelle. Aider les gens à vivre de leur art, accompagner les plus talentueux, leur donner des écoles puis des lieux d’expression et un cadre professionnel, c’est là tout un chemin à soigner. Le meilleur message à donner par rapport à une ville comme Lausanne est d’encourager les artistes à venir y vivre. Le rayonnement en est une conséquence.

La Ville n’est plus à la recherche du nouveau Béjart à séduire?

La notion de rayonnement n’est plus la même qu’il y a trente ans. Les canaux de diffusion ont changé, des choses plus petites et plus immédiates contribuent au rayonnement d’une ville. Les forces collectives de petites entités peuvent rayonner autant que pouvait l’être une grande institution. Bien sûr, le glamour, la notoriété restent importants. La venue de Béjart avait suscité une émulation dingue au niveau de la scène locale.

Plutôt que de réduire l’offre, une réflexion sur la participation financière des communes et/ou du canton est-elle toujours d’actualité?

C’est en grande partie un dossier plus politique que culturel, qui dépasse ma fonction. Cela dit, je constate une excellente collaboration avec le canton, dans un esprit positif et des discussions régulières — ça n'a pas toujours été le cas. Il y a aussi d’excellents exemples de collaborations multipartites, comme le Théâtre Kléber-Méleau pour lequel dix communes participent à hauteur de leur population. C’est là une vision juste et intelligente d'un projet culturel. Nous pouvons aussi pousser plus avant le développement de synergies, comme avec Genève pour la Cie Dorian Rossel ou Pully et le Canton de Vaud pour la Cie Linga. Des constellations variables de financement sont à développer.

Espérez-vous laisser une trace?

Je n'ai jamais travaillé avec un objectif personnel mais toujours dans l'intérêt de la fonction. J’ai aimé être dans l'ombre comme dans la lumière, mais je ne la recherche pas absolument. L’avenir montrera si des décisions et des projets ont marqué l'époque – ce ne seront pas les miens propres mais ceux de la Ville et des acteurs culturels qui les ont apportés.

(TDG)

Créé: 24.03.2017, 18h48

Bio

1972 Naissance à Vienne, en Autriche. Son père, ingénieur, s’installe à Genève deux ans après
1988 Internat au Pays de Galles
1993 Etudie le droit et l’économie à Fribourg.
1996 Programmateur du Fri-Son
1999 Coordinateur général de la programmation à Expo.02
2004 Directeur administratif de l’espace culturel L’Heure bleue et du Théâtre populaire romand, à La Chaux-de-Fonds. Agent d’artistes
2008 Directeur du Festival de la Cité, à Lausanne
2016 Chef du service de la culture de la Ville de Lausanne

Les dossiers en cours

Chantiers:
Plateforme 10, le pôle muséal en construction du côté de la gare, devrait accueillir dès l’automne 2019 le Musée cantonal des beaux-arts, puis celui de l’Elysée et le Musée de design et d’arts appliqués (Mudac). La Maison du Livre devrait se réaliser dans la deuxième partie de cette magistrature, ainsi que la rénovation du Théâtre de Vidy.

Arts de la scène:
En novembre dernier dans 24 heures, Grégoire Junod souhaitait que «la Ville veille à la diversité des expressions esthétiques dans chaque discipline. Il sera utile de repréciser les missions et cahiers des charges des différentes scènes […] en dialogue avec les directeurs de salles».

Ecoles de musique:
La Ville a pour projet le rapprochement de l’EJMA, de la Haute école de musique (HEMU) et du Conservatoire. Egalement la création d’un espace regroupant musiciens, producteurs et promoteurs «pour dégager des forces collectives, notamment sur le Net».

Patrimoine historique:
Un effort sur sa promotion et sa valorisation est souhaité.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Grève des travailleurs du bâtiment
Plus...