LaToya Ruby Frazier narre la condition ouvrière après la désindustrialisation

ImagesLe Centre de la photographie de Genève offre à l'artiste afro-américaine sa première exposition en Suisse, en trois séries.

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Nombreux sont les clichés qui ont documenté les réalités industrielles et sombres de Pittsburgh. Cette cité de l’État de Pennsylvanie fut longtemps un haut lieu de la sidérurgie avant de subir les ravages économiques de la désindustrialisation. C’est là, dans le quartier ouvrier de Braddock, que LaToya Ruby Frazier a vu le jour en 1982. Dès l’adolescence, elle empoigne l’objectif pour immortaliser son quotidien dans l’intimité de son cercle familial, point de départ d’une exploration plus large de vies contraintes par la crise économique et la pollution.

En collaboration avec le Mudam Luxembourg, le Centre de la photographie (CPG) montre trois séries en noir et blanc de l’artiste afro-américaine, qui s’est imposée comme l’une des plus influentes de sa génération. Mettant en lumière des personnes, des lieux ou des problématiques habituellement condamnés à l’ombre, LaToya Frazier traite des discriminations raciales ou de la marginalisation de certaines communautés comme l’ont fait avant elle ceux dont les images ont constitué le style documentaire au cours du XXe siècle.

Intitulé «The Notion of Family», le premier ensemble a été réalisé entre 2001 et 2014. La photographe y part à la découverte d’elle-même, au travers d’un album de famille presque exclusivement féminin: LaToya, sa mère et la grand-mère qui l’a élevée. Elle explique que «grandir au milieu de toute cette absence», sans père, sans perspective, entre une voie ferrée et une rivière polluée, l’a amenée à se tourner vers l’art.

Par cercles concentriques

À partir de ce noyau domestique, elle progresse par cercles concentriques, arpentant les rues de sa banlieue dévastée et fantôme, où les usines crachent de lourdes fumées, suivant les manifestations provoquées par la fermeture de l’hôpital, qui biffe à la fois des emplois et l’accès aux soins, puis élargissant son regard sur Pittsburgh et ses environs. «Cette série réinjecte le politique au cœur de la cellule familiale, explique Joerg Bader, directeur du CPG. En ce sens, elle prend le contre-pied de «The Family of Man», l’immense exposition photographique itinérante organisée en 1955 par Edward Steichen, qui dépolitisait la vie humaine.»

LaToya Ruby Frazier a conçu «Et des terrils un arbre s’éleva» lors d’une résidence au Centre d’art contemporain du Grand Hornu, sis dans la région du Borinage belge, l’un des principaux sites d’extraction de charbon jusqu’au milieu du XXesiècle. Elle y a investigué les paysages modelés par l’industrie houillère et fait des rencontres poignantes avec d’anciens mineurs. Enfin, la troisième série revient à Braddock pour raconter Sandra Gould Ford, écrivaine afro-américaine qui œuvra dans l’aciérie. Outre des portraits, l’accrochage inclut des archives collectées par l’auteure et reproduits par cyanotype.

L’exposition, qui occupe le rez du Commun, trouve un bel écho au premier étage, où se déploie «Photographie, arme de classe», conçue par le Centre Pompidou (voir notre édition du 21 février).Irène Languin

LaToya Ruby Frazier Jusqu’au 18 mars au CPG, 28, rue des Bains. centrephotogeneve.ch

Créé: 25.02.2020, 18h24

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