Lara Fabian se dévoile sous les spotlights

La rencontreLa chanteuse a retrouvé une joie de vivre communicative après son grave accident auditif, suivi d’un album très personnel. Elle revient avec un étonnant disque electropop.

Lumineuse et sexy, Lara Fabian part à la conquête des dancefloors.

Lumineuse et sexy, Lara Fabian part à la conquête des dancefloors. Image: Mehmet Turgut

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La zone a beau être industrielle, la chambre d’hôtel zurichoise est lumineuse. Tout comme Lara Fabian (48 ans), qui reçoit en mode bonne copine sur un confortable canapé pour promouvoir son tout nouvel album Camouflage, un disque electro en anglais.

Yeux bruns énormes aux interminables cils de biche, petit T-shirt noir et jeans, la Belgo-Québecoise est d’humeur loquace. Sa voix est douce, à des années-lumière de l’image de la chanteuse qui hurle véhiculée à l’époque des Guignols de l’info de Canal+ et de son single Je t’aime. Même ses fréquents éclats de rire sont silencieux, hormis le «clap» de ses deux mains qui se rejoignent quand elle laisse librement basculer sa tête en arrière.

D’un geste mécanique, elle remet du gloss rose nacré sur sa bouche. «Je sais que c’est une interview de presse écrite, mais je parle tellement que j’en ai les lèvres sèches. Et ces trucs sont aromatisés, ce qui fait qu’on les lèche et il faut répéter sans cesse le geste! Ah, dur d’être une fille!» soupire-t-elle avec un sourire aussi provocateur que complice.

Après un passage difficile et un album très perso en 2015, dont le but était de remercier des proches, on vous sent un peu comme la Reine des Neiges: libérée, délivrée?

(Eclat de rire) Voilà, maintenant je l’ai dans la tête pour la journée! C’est vrai que ma musique me reflète à chaque moment de ma vie. Même si Camouflage est un album qui entre en résonance avec la période difficile que l’on traverse, avec des titres comme We are the Storm ou Communify, c’est un disque qui a pris les choses avec un peu de distance, de hauteur. Prendre du recul pour évoquer le monde tel qu’il est, mais avec un élan de joie. Je suis donc passée de quelque chose d’extrêmement personnel à une notion plus universelle. Je ne suis plus en train de parler de mon mari, de ma fille, de la maladie de ma maman ou de ma meilleure amie, mais d’un sentiment plus général. Partageons cette faculté que nous avons à profiter de la vie, malgré cette souffrance.

Même si les paroles de ce 13e album ne sont pas toujours positives, l’impression générale est colorée, festive, la couverture sexy. Vous vous êtes enfin trouvée, Lara Fabian?

Oui, je crois! C’est le moment, non? Je n’ai pas loin de 50 ans et le processus a commencé autour de la quarantaine. Il y a des petites choses qui se décollent de nous, celles que l’on n’aime pas et que l’on accepte d’abandonner, et à leur place viennent se coller d’autres petites choses que l’on apprécie. On nous éduque à toujours vouloir briller dans le regard des autres. Ce n’est pas induit par nous. Le système de punition-récompense est terrible dans ce sens. Je pense en effet que la liberté ultime est de se détacher du regard des autres, de suivre son instinct et d’assumer. Il y a d’ailleurs cette phrase dans le magnifique film La Grande Bellezza: «Je n’ai pas le temps ni le luxe de faire ce que je n’aime pas.» Pour moi, ça résume tout.

Cette joie de vivre et ces couleurs ne viennent-elles pas aussi de votre déménagement avec votre mari magicien, Gabriel, et votre fille Lou (9 ans) en Espagne?

Ah ben, la lumière, ça change une vie! Quand on troque 360 jours de pluie contre 360 jours de soleil, plus rien n’est pareil. Vous savez, je me demande vraiment pourquoi j’ai tant tardé avant de faire ce choix de vie! La seule explication, c’est la famille, les amis, qui sont tous en Belgique. Mais à un moment donné, on s’est dit: allez, on fonce pied au plancher, on met tout dans la voiture et on part. Une excellente décision!

Vous abandonnez un son organique au profit d’arrangements électroniques, mais la voix trouve toujours sa place, bien au centre…

Oui, elle n’est pas noyée par les arrangements. Au contraire, je trouve que parfois je suis même encore plus frontale dans mon approche vocale. Le producteur Moh Denebi voulait utiliser ma voix comme un instrument supplémentaire et j’adore ce qu’il a fait.

Il m’a fait chanter assise, tranquille, en me mettant simplement un micro devant le visage et en disant «Just sing». Ça m’a quand même déstabilisée dans mes habitudes de chanteuse à formation lyrique. C’était très intéressant de me mettre en danger. J’y suis donc allée, sans trop me poser de questions et c’est sans doute grâce à ça que vous percevez la légèreté et les couleurs.

Vous avez un public extrêmement fidèle, notamment dans les pays de l’Est. Un album comme «Camouflage» peut vous exposer à un autre public, non?

Je crois que c’est déjà en train de se passer. J’entends des gens qui disent que Lara Fabian, c’était pas leur tasse de thé, mais que maintenant c’est différent. Mes nouvelles chansons parlent à d’autres personnes. Elles sont d’ailleurs diffusées sur d’autres radios, dans d’autres lieux. C’est surtout chouette parce que ce n’était pas l’objectif. Je ne me suis pas réveillée un jour en me disant «tiens, je vais faire une petite étude de marché». Et, à mon âge, le seul moyen d’entrer encore en boîte de nuit, c’est d’y être diffusée par les haut-parleurs!

Vous chantez à nouveau en anglais. Une langue qui vous paraît moins torturée que le français?

Pas forcément. Mais c’est une langue très musicale, qui swingue (elle claque des doigts) , une langue très pop. D’ailleurs le son de ce mot, pop, est tellement juste. Il est joyeux et festif, il représente le bruit du bouchon de la bouteille de champagne que l’on fait sauter. Mais la coloration dont vous parlez vient plus des arrangements que de la langue. On a ensuite suivi toute cette ambiance avec la pochette, les photos… Il y a une sorte de rupture, je suis d’accord, sauf que je suis toujours la même Lara, mais à un tournant de ma vie.

La scène, que vous retrouverez en février (seule date suisse en avril à Zurich), c’est quoi pour vous?

Des capsules de bonne humeur. A chaque fois je me dis «Tu sais quoi? T’as une sacrée chance d’être là!» J’avoue que chaque soir je me cache derrière le rideau ou le décor et je regarde les gens sans qu’ils me voient. Parfois ils sont jusqu’à 7000! C’est le moment où je redeviens la petite fille avant le spectacle de son école. Lors du concert, l’énergie circule de manière si intense. Si ça vous dit de venir, même si vous avez vu tellement de concerts, je vous promets que vous serez scotchée par ce que les gens donnent. Ils rient, ils pleurent. Pour être bousculé, il faut être d’accord, et ils acceptent ces émotions. C’est incroyablement puissant.

(TDG)

Créé: 07.10.2017, 10h28

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Qu’est-ce qui vous endort?


J’ai presque envie d’être cynique et de vous répondre au premier degré: une très très bonne berceuse. Ça va, ça?

Un plat que vous ne mangerez jamais?

Un plat vide! Oui, je l’avoue, j’aime bien manger.

Quel défaut avez-vous hérité de vos parents?

L’impulsivité et l’impatience. Bon, et le perfectionnisme aussi; même si je ne pense pas qu’il s’agisse d’un défaut en soi, ça le devient. C’est une réelle souffrance.

De quel personnage auriez-vous voulu vivre la vie?

Je ne sais pas si j’aurais voulu vivre sa vie, mais j’aurais voulu pouvoir contribuer à ce point-là à changer l’humanité, alors je vais vous répondre Marie Curie. Une femme passionnante, fascinante. Et je ne suis pas du tout féministe. Je considère le féminisme comme une autre forme d’enfermement. Je suis une amoureuse des femmes.

En vacances, vous êtes plutôt farniente, Scrabble, varappe?

Très important: moi, en vacances, je suis «gougounes et pince à connasse». Je vous traduis du québécois: les gougounes c’est les tongs, et les pinces à connasse c’est ce truc en plastique moche qui permet d’attacher tous ses cheveux à la fois. J’emmène une trentaine de T-shirts, un short et basta. Je me fiche totalement de mon apparence. Et partout avec moi j’emmène un supergros sac avec une crème solaire, une bouteille d’eau, une pomme, une liseuse avec toutes sortes de trucs, un maillot et une serviette. J’arrête de réfléchir; je ne sais pas où je vais mais je sais où je suis!

Bio express

1970 Lara Crokaert naît le 9 janvier à Bruxelles. Son papa est le guitariste de Petula Clark. A 8 ans, elle reçoit un piano.

1986 Remporte son 1er concours de chant. Enregistre L’Aziza est en pleurs en hommage à Balavoine.

1990 Coup de foudre personnel et professionnel pour Rick Allison. Le couple s’envole pour le Québec.

1997 Retour en Europe et sortie de Pure, l’album de ses plus grands succès.

2013 Un accident à la télévision lui fait perdre l’ouïe.

2017 Est nommée coach de The Voice au Québec. Sortie vendredi de Camouflage, son 13e album.

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