Karine Tuil amorce la rentrée littéraire avec un livre phare

Roman A travers «L’insouciance», l'auteure parisienne revient sur l’un de ses thèmes favoris: l’identité.

Photo d'illustration.

Photo d'illustration. Image: Georges Cabrera

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

On reproche souvent aux écrivains français de s’intéresser davantage à leur nombril qu’au reste du monde. Ce n’est pas faux. Mais avec Karine Tuil, au contraire, nous sommes happés à la fois par le romanesque et les problèmes de société qu’elle soulève. Elle publie L’insouciance, son dixième roman, dans lequel elle s’interroge sur l’amour, la religion, la politique… Un livre qui s’annonce déjà comme l’un des phares de cet automne.

Quel a été le point de départ de «L’insouciance»?

La thématique de la guerre m’a toujours intéressée. Comment réagit-on dans des situations extrêmes et quels sont ses effets intimes sur les vies des soldats. Je me souviens qu’en 2008, au mois d’août, dix Français avaient été assassinés par des talibans dans une embuscade en Afghanistan. Tout le monde était en vacances, et on en avait très peu parlé. J’ai alors pensé que nous ne connaissions rien de ce conflit. Je me suis mise à regarder des films, lire des ouvrages sur le syndrome de stress post-traumatique, mais beaucoup avaient été tournés ou écrits par des Américains, hantés par la guerre du Vietnam… Puis un psychiatre m’a mise en relation avec des soldats de retour d’Afghanistan qui tentaient de se reconstruire par le sport. Et j’ai commencé à écrire une histoire.

Vos personnages sont tous assez ambigus.

Oui, on peut les aimer ou les détester, mais ils occupent tous une place particulière. Je voulais par exemple que Marion, la reporter, soit un peu mystérieuse. Je désirais aussi étudier les conséquences de nos actes, et en ce qui concerne Marion et son mari, François, imaginer comment il est possible de construire son couple sur un désastre, c’est-à-dire le suicide de l’ex-femme de François.

Dans votre livre précédent, un homme se faisait passer pour juif afin d’entrer dans une prestigieuse étude d’avocats. Cette fois, l’un de vos personnages est juif, mais son père a changé le nom de Levy en Vely et s’est fait baptiser. C’est compliqué tout ça!

J’ai vu beaucoup de personnes de la bourgeoisie juive assimilée renvoyées à leur judéité d’une manière ou d’une autre. Regardez Laurent Fabius par exemple, dont la famille s’est convertie au catholicisme… Lorsque j’étais enfant, il me semble que la religion était une question secondaire. Mais aujourd’hui, on est de plus en plus enfermé dans un carcan identitaire.

Pour vous, le roman est-il le meilleur moyen de raconter le monde?

J’aime la fiction, j’aime les romans, j’aime être emportée par une histoire. Je pense que l’on peut divertir en posant des questions et en parlant de morale et de philosophie. Vargas Llosa dit que «dans toute fiction flamboie une protestation». Mais je me suis aussi aperçue que travailler sur un tel sujet, avec la guerre en toile de fond, est très éprouvant. Et je pense que ce roman, je n’aurais pas pu l’écrire il y a dix ans.

Construisez-vous votre histoire, suivez-vous un plan?

Je ne sais jamais très bien où tout cela va me mener, mais je suis certaine en revanche que ce livre est né de mes peurs. J’ai beaucoup écrit pendant l’année 2015, je me sentais, comme de nombreux Français, très fragile. Ce livre est aussi une réflexion sur le moyen de surmonter les épreuves.

Peut-on dire que «L’insouciance» s’inscrit dans la lignée de votre roman précédent, «L’invention de nos vies»?

Je pense que depuis mon premier livre, je m’intéresse à la duplicité, aux apparences, à l’identité… C’est dans Douce France, paru en 2007, que j’ai commencé à traiter des questions sociales et politiques. Dans ce nouveau roman, je privilégie le thème de l’épreuve.

Mais vous avez passé un cap en termes de popularité avec «L’invention de nos vies»…

C’était la première fois que je m’étais vraiment donné du temps. L’écriture ressemble à l’exercice physique, c’est une question d’endurance. Avec L’invention de nos vies, j’ai effectivement conquis de nouveaux lecteurs, sans perdre ceux qui me suivaient depuis le début… Et puis surtout j’ai été traduite à l’étranger, dans sept langues. Aujourd’hui, je viens de changer de maison d’édition, c’est un nouveau défi.

«L’insouciance», Karine Tuil (Ed. Gallimard, 524 p.)

(TDG)

Créé: 19.08.2016, 16h51

Bluffante!

Une fois de plus, Karine Tuil nous bluffe et fait souffler un vent de romanesque sur la littérature française. Nous y retrouvons l’un de ses thèmes de prédilection, l’identité.
Qui sommes-nous vraiment? Peut-on se libérer des cases
(et des classes) dans lesquelles la société nous emprisonne?

Ils formaient une équipe de copains qui ont grandi en banlieue: Romain s’est engagé en Afghanistan, où il a vu ses amis mourir les uns après les autres. Désormais, ses nuits sont peuplées de cauchemars et au moindre bouchon de champagne qui claque, il croit sauter sur une mine. Osman est devenu le Noir alibi du gouvernement.
Issa traficote toutes sortes de choses; il est en passe de se radicaliser… Romain tombe fou amoureux de Marion, elle-même mariée à François. Le décor est posé: Karine Tuil balaie les grandes questions de notre siècle, s’inscrit dans l’actualité, et si les conflits intérieurs ne sont pas absents de son roman, elle les intègre dans des combats qui dépassent de loin les drames personnels.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.