«Juste la fin du monde», le casting cinq étoiles de Xavier Dolan

Cinéma Son film, presque uniquement composé de gros plans, avait fait l’événement mais aussi divisé à Cannes.

Tous les comédiens du film - on reconnaît Gaspard Ulliel, Léa Seydoux et Nathalie Baye - réunis devant la caméra de Xavier Dolan.

Tous les comédiens du film - on reconnaît Gaspard Ulliel, Léa Seydoux et Nathalie Baye - réunis devant la caméra de Xavier Dolan. Image: DR

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Tout tout de suite. Son urgence à tourner fait partie de son style. Mais qu’est-ce qui fait courir Xavier Dolan? En à peine six films, le cinéaste canadien de 27 ans s’est imposé comme un auteur majeur et trendy, multisélectionné à Cannes, primé à plusieurs reprises (sans toutefois obtenir la Palme d’or), et adulé aussi bien par une presse souvent dithyrambique que par un public dopé au jeunisme ambiant. Chacun de ses projets semble placer la barre plus haut. Et depuis Mommy, sensation de Cannes 2014 et prix du jury ex aequo avec Godard cette année-là, il semble avoir revu ses ambitions à la hausse.

La preuve, son prochain film, The Death and Life of John F. Donovan, met en scène des stars hollywoodiennes telles Jessica Chastain ou Susan Sarandon. Mais il ne sera pas à Cannes en 2017, comme l’a déjà communiqué son auteur, visiblement échaudé par l’accueil réservé à Juste la fin du monde, cette année sur la Croisette.

Parti pris stylistique

Juste la fin du monde, donc, l’un des titres les plus attendus de la sélection cannoise 2016, rassemble une brochette de stars que peu de metteurs en scène peuvent se targuer de réunir. Marion Cotillard, Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel. Tiré de la pièce homonyme de Jean-Luc Lagarce, le film se focalise autour du personnage de Louis (Ulliel), qui vient trouver cette famille qu’il ne voit plus depuis plusieurs années pour lui annoncer sa mort prochaine. Marqué du sceau de la tragédie, ce drame, sur lequel plane le spectre du sida, se joue les trois quarts du temps en huis clos et est constamment filmé en gros plan. Loin de faire débat, ce parti pris stylistique, accentué par une direction d’acteurs à tendance hystérique, crée un objet aux contours formels audacieux. L’approche devient immersive et l’étouffement palpable, quitte à ce que Dolan en rajoute dans la théâtralité, sans doute pour mieux la gommer.

En même temps, Juste la fin du monde est un film de fractures. Cette famille ingrate, ce fils qui revient sur le tard, ces tensions larvées qui ne demandent qu’à éclater, ces regards et ces non-dits sclérosant l’espace ambiant, sont autant d’accumulations dénotant un mal-être se nichant à plusieurs niveaux. On peut ne pas aimer le film, ou ne pas se sentir concerné par ce qu’il raconte, il n’en ressort pas moins une sensation très forte, due justement à la manière dont Dolan s’empare des corps, ou plus exactement des visages, pour occuper l’entier de l’écran et les imposer à notre confort supposé de spectateur lambda.

A Cannes, le film a divisé. Agacés par le côté jeune prodige du personnage Dolan, qui pourtant, malgré tout ce qu’on pense, reste relativement naturel et peu fabriqué, certains n’ont vu que coquetteries dans Juste la fin du monde, préférant disséquer les petites phrases du réalisateur et d’une de ses comédiennes, Léa Seydoux, qui a fait le buzz en déclarant «venir de l’école de la vie».

«Apparemment, je vais effrayer l’audience», déclarait l’intéressé lors d’une des rares tables rondes accordées à une presse réduite à mendier ses entretiens. Effrayer est le mot juste. L’assurance, et quelque part l’arrogance du bonhomme - et on le serait à moins -, peuvent irriter. Il n’empêche que Juste la fin du monde reste une œuvre de pur cinéma, dans le sens où le style et les images racontent d’abord leur histoire, parlent pour eux-mêmes avant que le scénario ne se charge de les lier.

Cette conscience du cinéma, de son pouvoir, de son immanence, est depuis toujours la principale qualité de Dolan. Elle éclate dans Juste la fin du monde. Sans les fulgurances poseuses de Laurence Anyways et loin des logorrhées hystériques de Mommy, Juste la fin du monde impose sa vision, quitte à ce qu’on la rejette. «Le langage de Jean-Luc Lagarce est à la fois spécial et spatial. Pour le filmer, il faut adapter son langage au cinéma et en somme le réinventer», précise Dolan. «On ne peut pas contourner certaines règles. Dans mon travail avec les acteurs, je pense que mes films ont quelque chose à voir avec le théâtre. Je suis la même voie dans chaque réalisation, si vous regardez bien. Certes, Tom à la ferme avait quelque part les apparences du film de genre. Mais je ne pense pas qu’il soit si différent de Juste la fin du monde. Sauf pour les gros plans, que j’ai voulu accumuler, additionner jusqu’à l’excès, afin qu’ils remplissent tout ici.»

Dynamique familiale

Plus curieux, le thème des conflits familiaux, si présent dans toute la filmographie de Dolan, n’est pas une projection personnelle. «Je n’en ai pour ma part jamais vécu. J’imagine seulement ce que ça peut être. Et j’aime en parler avec ma propre famille afin de me réapproprier cette dynamique». De telles réappropriations, on veut bien en voir tous les jours.

Salles Cote: ***

(TDG)

Créé: 20.09.2016, 18h51

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