«Jurassic World», ce produit cloné qui déçoit

CinémaPlus de vingt ans après «Jurassic Park», voici le quatrième volet.

Notre critique Pascal Gavillet n'est pas emballé.
Vidéo: DR

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Le monde s’est développé, les dinosaures ont muté. Clonées à partir de leur ADN, les bestioles ont engendré des petits et s’épanouissent sur une île redevenue un parc d’attractions maousse. Touristes et familles s’y ruent en file indienne pour admirer de massifs mais inoffensifs brachiosaures, un mosasaure vorace et aquatique ou de charmants vélociraptors qu’il vaut mieux ne pas approcher pour éviter l’amputation ou pire. Tout cela est bien sûr parfaitement contrôlé. Derrière ses vitres et écrans de surveillance, une armée somnole pour vérifier que tout se passe bien et veiller au grain en cas de pépin. L’incident, on s’en doute, est l’élément déclencheur de Jurassic World. Il a pour nom Indominus Rex. Spécimen de dinosaure qui n’a jamais existé et a été inventé spécialement pour la circonstance. Malins, les scientifiques en ont même créé deux exemplaires. Moins malins, ils n’ont pas imaginé que les animaux pourraient se bouffer entre eux.

Carence scénaristique

Et c’est malheureusement ce qui se produit. Le plus méchant des Indominus mange son binôme et s’évade de son gigantesque enclos. Problème: sa seule activité, c’est tuer et massacrer. Et pendant ce temps-là, des centaines de touristes continuent d’affluer. On vous fait grâce de la suite, tout aussi caricaturale, elle n’est pas si compliquée à imaginer. Et franchement insuffisante, on vous l’accorde. Mais pour pallier ce manque scénaristique, la surenchère était-elle nécessaire? Plus de monstres, plus d’animation et d’effets, plus de moyens, de la 3D, de l’IMAX et un rouleau compresseur. Hélas, cette accumulation est contre-productive. Et inapte à masquer les carences d’un blockbuster qui court après son public en tentant de lui en mettre plein la vue. Histoire qu’il oublie, sans doute, que le scénario tient sur trois pages et que les comédiens, filmés en green box les trois quarts du temps, gesticulent comme des pantins sans âme ni substance. Tout cela est vraiment trop léger. Non pas à cause du rythme, correct – Jurassic World est mené à cent à l’heure, pas plus – mais en raison du contenu, proche du vide, et d’un défaut basique dans la gestion de l’espace. A aucun moment l’île où se déroule le film n’est en effet perçue comme une entité en tant que telle. Les vues d’ensemble du début en donnent une trop vague idée et les différents décors qui se succèdent ensuite ne proposent aucune continuité topologique. Dans ce parc à thème, tout est à la fois trop proche et trop éloigné. Trop espacé et trop confiné. Contradictions, confusions, maladresses. La liste s’allonge.

Alors, après trois volets d’inégal intérêt (lire ci-contre), Jurassic World n’était-il pas le film de trop? Le plat réchauffé qu’un marketing agressif autoproclame blockbuster de l’année (du calme, il y en a environ un par mois) et vend à grands coups de teasers et de trailers sur le Net ou en salle? La séquelle superflue qui tente en vain de faire du neuf avec de l’ancien et de nous refiler de l’inédit avec un lifting exécuté à la diable? C’est bien ce qu’on finit par conclure au terme d’un produit avare en surprises et en scènes-chocs. Un film peu séduisant, plutôt pauvre visuellement malgré la volonté technique présidant à sa fabrication. Devant la caméra, on l’a dit, les comédiens ne brillent pas par leur charisme, les stégosaures et autres diplodocus leur volant la vedette sans grand effort. Au cœur d’un casting peu attrayant – Chris Pratt monolithique, Bryce Dallas Howard monoexpressive, Vincent D’Onofrio regrettant encore Kubrick – on retrouve Omar Sy, qui ne sert à rien. Et aux commandes de cet engin moins survitaminé qu’on ne le voudrait, un quasi inconnu au bataillon, Colin Trevorrow, qu’on soupçonne meilleur gestionnaire que cinéaste. Coproduit par Amblin Entertainment (Spielberg & Co), Universal et Legendary Pictures, Jurassic World est programmé pour caracoler au box-office et séduire une génération qui n’a pas forcément connu Jurassic Park, sorti en 1993, donc il y a plus de vingt ans! Le film va probablement tout défoncer. Quelle déprime! (TDG)

Créé: 09.06.2015, 17h45

Un record historique

D’abord il y eut un best-seller. Rédigé par le prolifique Michael Crichton (décédé en 2008) et publié en 1990. Jurassic Park, résurgence de monstres préhistoriques dans le monde d’aujourd’hui où tout se recrée grâce aux expérimentations sur l’ADN. Mise en garde sur les dérives des manipulations génétiques sous couvert
de science-fiction et de distraction. Autant d’ingrédients susceptibles d’intéresser Spielberg, qui adapte le roman en 1993 et signe un film battant tous les records de recettes avec un box-office mondial de plus de 900 millions de dollars. Jurassic Park reste aujourd’hui le plus gros succès financier jamais réalisé. Dans cette logique commerciale, un second volet voit le jour, Le monde perdu: Jurassic Park, en 1997. Il se concentre davantage sur les conflits entre scientifiques et se conclut par une image – un danger venant du ciel – annonçant une autre suite. Spielberg, cette fois, ne la réalisera pas, en confiant les commandes à l’efficace et impersonnel Joe Johnston. Mais Jurassic Park 3, sorti en 2001, déçoit et reste le moins intéressant volet de la série. Des débats sur la véracité de ce qu’on y montre surgissent comme à chaque fois. Tout aurait pu en rester là et le tyrannosaure retourner aux oubliettes. Sauf qu’un quatrième volet est mis en chantier treize ans plus tard. Avec comme objectif la création du dinosaure le plus effrayant jamais conçu, l’Indominus Rex. Pour crédibiliser l’affaire, le paléontologue Jack Horner est à nouveau conseiller sur ce projet. Jurassic World a été tourné entre avril et août 2014.

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